logo SOV

Villagers

That Golden Time

Villagers - That Golden Time
Chronique Album
Date de sortie : 10.05.2024
Label : Domino Records
45
Rédigé par Laetitia Mavrel, le 6 mai 2024
Bookmark and Share
C'est le printemps (entre deux averses), les oiseaux chantent, les métros sont au repos forcé en amont des Jeux Olympiques et le nouvel album de Villagers, That Golden Time, arrive à point nommé pour illustrer cette douce euphorie. Pour celles et ceux l'ignorant encore, derrière Villagers se cache Conor O'Brien, auteur-compositeur irlandais qui nous propose depuis maintenant une bonne décennie des albums pop très mélodieux, à la production toujours extrêmement soignée et qui, selon les sorties, se parent de différentes notes tendant vers la folk douce, le jazz élégant et l'électro chic, mettant en exergue la grande érudition du musicien.

Depuis son entrée fracassante sur scène en 2010 avec Becoming A Jackal, un des albums les plus élégants parus cette année-là, Conor O'Brien n'a eu de cesse de se perfectionner, ne tombant jamais dans l'écueil de la facilité, où un jeune musicien de talent à la plume assez romantique peut rapidement glisser vers la chanson sirupeuse pleine de bons sentiments. Ne rigolez pas, nombre de jeunes pousses prometteuses se sont laissé aller à ce petit jeu dangereux, en remplissant depuis des stades et en squattant le haut des charts à chaque sortie de disques aussi creux que superfétatoires. Comment cela, j'en veux toujours à Chris Martin ? Et pourquoi pointez-vous du doigt mon live report du dernier Stade de France de Coldplay ? Non vraiment rien à voir, je réfute ces accusations Monsieur le Juge...


Revenons à la belle île verdoyante d'Irlande et à son prodige Conor O'Brien qui, lui, a su exploiter son talent de la meilleure façon qui soit depuis ces années. En évitant toujours la redite, Villagers a réussi à exprimer toutes ses affinités au travers d'albums teintés de nombreuses références, avec néanmoins en fil conducteur une écriture sensible et très éclairée s'agissant de dépeindre les sentiments humains. Insatiablement curieux, Conor nous avait, avec Fever Dreams en 2021, proposé un disque paré de très beaux ornements jazzy comme synthétiques. Sa suite se recentre quant à elle sur une pop folk plus classique, la guitare acoustique dominant sur tous les titres, créant une atmosphère très aérienne portée par de nombreux samples aux textures vaporeuses.

C'est un disque de Villagers plus épuré musicalement parlant mais tout aussi profond dans ses messages qui nous régale de morceaux entre ombre et lumière, telle la très belle piste d'ouverture Truly Alone qui, malgré son titre trompeur, aspire de temps en temps à un recueillement et à une solitude bénéfiques à tous et la finesse de I Want What I Don't Need, aux arpèges enchantés et doté de très belles envolées de violons. Le single éponyme That Golden Time porte en lui seul tout l'univers de ce nouveau Villagers. Le chant légèrement autotuné pour lui donner de l'ampleur, la tension subtile montant crescendo tout du long, la guitare et le clavier doux et fermes à la fois, le morceau inspire à son auditeur des envies d'échappées loin de tout et de tout le monde, pour un petit moment introspectif fort délectable. C'est avec ses allures de gentil garçon sage que Conor O'Brien délivre malicieusement des morceaux plus complexes qu'ils n'y paraîssent, avec des thèmes qui expriment bien souvent une dualité de sentiments, à l'image de cette mite qui dans le vidéo clip se dirige candidement vers cette flamme contre laquelle elle va rapidement se brûler, tout comme lorsque l'on se retrouve confrontés à des réalités que nous avions faussement décodées.


Ce retour à un registre plus classique s'exprime en particulier sur le second single You Lucky One : c'est ici du Villagers « pur jus », au chant qui se place parfaitement sur les notes de piano intenses, avec toujours cette petite ambiance de club de jazz stylée. On retrouve également cette douce mélancolie sur Behind That Curtain, avec l'addition de violons sublimant le tout. Conor O'Brien restant un touche-à-tout, nous retrouvons ses expérimentations sonores dans Keepsake, un peu plus dans l'esprit de {Awayland}, qui nous avait fraîchement surpris comme second disque mais tout autant séduits. En parallèle, rappelons que Conor mène un side-project nommé Vanishing Arcs, évoqué lors de notre dernière interview, sorte de laboratoire où il y mène de drôles d'expériences instrumentales en repoussant les limites de ses synthétiseurs.
That Golden Time nous permet de nous balader dans le terrain de jeu de Villagers que nous explorons à nouveau avec délice, et ce sont les morceaux les plus profonds de ce disque comme No Drama et Money On The Mind qui nous permettent d'attester de la très haute qualité d'écriture atteinte. On y retrouve un véritable sens de la mise en scène, avec différent degrés d'intensité, et il est alors difficile de ne pas se laisser prendre au jeu des émotions que nous dévoile sans fausse pudeur l'irlandais.

Un sixième album dans une discographie est un classement un peu anecdotique, et l'on pourrait ainsi craindre qu'il ne se noie un peu dans la masse, surtout s'il se voit suivi (on l'espère) de nombreux autres. Ce ne sera pas le cas de That Golden Time, nouvel essai se caractérisant par une réelle virtuosité dans sa pratique d'une pop folk chère aux nombreux fans de Villagers, amorçant comme un petit retour aux sources, de celles qui ont alors dévoilé Conor O'Brien comme un auteur-compositeur surdoué, car doté d'un majestueux sens de la mélodie. C'est donc avec impatience que nous attendons notre prochaine rencontre à la Maroquinerie de la rue Boyer à Paris le 3 juin prochain, dans cette salle qui a vu Villagers faire ses glorieux débuts dans la capitale et qui depuis tient une place privilégiée dans le cœur de son auteur.
tracklisting
    01. Truly Alone
  • 02. First Responder
  • 03. I Want What I Don't Need
  • 04. You Lucky One
  • 05. That Golden Time
  • 06. Keepsake
  • 07. Brother Hen
  • 08. No Drama
  • 09. Behind That Curtain
  • 10. Money On The Mind
titres conseillés
    That Golden Time, Truly Alone, No Drama
notes des lecteurs
Du même artiste