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Charli XCX - BRAT
Chronique Album
Date de sortie : 07.06.2024
Label : Atlantic Records
45
Rédigé par Franck Narquin, le 7 juin 2024
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Annoncé depuis des mois, BRAT, le sixième album de Charli XCX, est attendu (par certains) comme le messie. Après dix-huit années de carrière et un dernier disque sorti il y a tout juste deux ans, pourquoi cette sortie suscite-t-elle un tel engouement ? Quoi, vous n'étiez pas au courant ? Il est vrai qu'en France, ce genre de pop peine à rencontrer son public que ce soit dans son versant top of the pops (Carly Rae Jepsen par exemple) ou Pitchfork (Caroline Polachek pour n'en citer qu'une). Je ne parle même pas des lecteurs de Sound of Violence dont la plupart doivent s'étonner que nous parlions d'un album de Charli XCX, voire de notre rédaction où certains m'ont regardé avec la même perplexité désabusée que si je leur annonçais que je chroniquais un album de didjeridoo de Lara Fabian. Pour autant, l'engouement autour du disque est bien réel, dopé par la petite polémique sur sa pochette et un marketing 2.0 exécuté avec brio. Je sais, vous n'y croyez pas trop. Alors on rentre directement dans le vif du sujet pour analyser les huit moments clés de BRAT. Vous pouvez même vous autoriser à écouter le disque car la musique change et ce n'est pas sale.

360 : le hareng rouge
En bonne sale gosse, Charli XCX ouvre l'album avec 360, titre poppy assez inoffensif, afin d'une part de rassurer et de ne pas perdre son public mainstream et d'autre part de lancer avec pas mal d'ironie et d'autodérision une sacrée fausse piste aux auditeurs. Si son précédent disque, CRASH, était une insipide machine à tubes préformatés, BRAT renoue avec la veine avant-gardiste de Pop 2 grâce notamment à la participation de quelques pontes de la production, tels que son habituel collaborateur A.G. Cook, patron du label PC Music et tête de file de la scène hyperpop, Hudson Mohawke, le sorcier des platines de l'écurie Warp que s'arrachent les plus gros rappeurs US de Kanye West à Lil Wayne, ou encore Gesaffelstein, le beau-gosse lyonnais et petit prince de l'électro-dark. Alors cessez de faire la grimace et laissez tomber vos a priori car nous sommes en présence d'un disque qui pense autant qu'il danse. Quoiqu'il en soit, Charli s'en fout car pour elle « If you like it, if you hate it, I don't fucking care what you think ».

Club Classics : Rave on !
Charli présente BRAT comme un album club en hommage à la scène rave londonienne où elle a débuté à tout juste quatorze ans. Produit par George Daniel du groupe The 1975 et monsieur XCX à la ville ainsi que par A.G. Cook, Club Classics donne le ton. Celui-ci sera festif, dansant et ultra-créatif tout en étant en infusé par une persistante mélancolie. Plutôt que de citer de manière révérencieuse les pionniers du genre à la manière de Daft Punk sur le mythique Teachers, ses clubs classics se nomment Charli XCX (« I wanna dance to me »), George, A.G, SOPHIE et HudMo, soit sa propre équipe. Mais quelle brat !

I Might Say Something Stupid : pop à l'os
I Might Say Something Stupid est une touchante ballade toute en retenue et d'où l'émotion émane de son utilisation subtile de l'auto-tune. Alors que cet outil sert généralement à lisser la voix, il vient ici au contraire apporter une fêlure dans le chant. On pourrait rapprocher ce morceau à ceux du dernier album de mui zyu, mais là où l'une a du se délester de ses manies underground et arty, l'autre a dû abandonner ses effets de manche pompiers pour au final arriver à ces chansons de pop à l'os, sans fioritures mais magnifiée par une production précise et moderne.

Talk Talk : revival French Touch
Comme le disait le célèbre philosophe bavarois Franck Ribéry, la routourne tourne. Ainsi après le grand retour du shoegaze, du grunge et celui encore balbutiant de la Britpop, on se dirige tout droit vers le retour de la French Touch et de sa house filtrée. Si Talk Talk ne devrait pas marquer pas l'histoire de la musique, il a le mérite de capter par avance l'air du temps. Même dans le revival, on préféra toujours les précurseurs aux suiveurs.

Von Dutch : let's dance
Le morceau est aussi criard que les t-shirts du même nom ? Pas faux, mais reparlons en a trois heures du matin sur le dancefloor après trois gin tonic quand vous ne pourrez plus vous arrêter de danser.

Everything Is Romantic : dance to the underground
Cette folie d'inventivité ne sacrifie rien sur l'autel de l'efficacité et impressionne autant par sa production exubérante que par son immédiateté dance. On se demande quel autre méga pop star ose de tels gestes hormis Charli XCX et Rosalia ? Je vois que comme nous, vous séchez et donnez votre langue au chat.

So I : it's okay to cry
Reprenant peu ou prou la forme du titre de SOPHIE, It's Okay To Cry to cry I, Charli XCX rend avec So Iun vibrant hommage à son amie et collaboratrice, décédée en janvier 2021 à la suite d'une chute de son balcon. On se demande si c'est à trop vouloir atteindre les cieux que nos héros électro disparaissent ainsi, de DJ Medhi à Philippe Zdar. Doux et mélancolique, ce morceau évoque la pop vénéneuse de la française OK Lou et parvient à bouleverser sans aller chercher une émotion factice. Après I Might Say Something Stupid, Charli XCX prouve une seconde fois sur cet album que même sans aucun de ses habituels artifices, elle parvient à écrire de grandes chansons.

Mean Girls : Banger !
Déjà entendu ? Banger ! Pas finaud ? Banger ! Un peu facile ? Banger ! Quoi que tu dises ? Banger ! On en reparlera peut être dans cinq ans quand on aura tous envie d'étrangler le DJ qui lancera Mean Girls pour que toutes les filles lèvent les bras en chantant « this one's for all my mean girls, this one's for all the bad girls ». En attendant, on n'a qu'une seule chose à en dire. Banger !

S'il ne cesse de casser les codes, celui de l'album de popstar bien normé et sans prise de risque ou celui de l'obligatoire pochette avec photo sexy de la chanteuse (remplacée ici par un simple fond vert avec le mot brat en lettres noires pixellisées et qui lui a valu une polémique totalement lunaire qu'elle a su transformer en manifeste féministe), BRAT respecte en revanche scrupuleusement les codes de consommation actuelle de la musique via les plateformes de streaming et les réseaux sociaux. Sur les quinze titres, onze durent moins de trois minutes et aucun ne dépasse les trois minutes et trente secondes. Ce sont les nouveaux standards de l'industrie musicale car TikTok impose des chansons des plus en plus courtes, et Spotify et consorts des albums avec de plus en plus de titres. Fort heureusement le formatage se limite ici à la simple durée des chansons.

Ce sont peut-être les a priori que l'on peut avoir sur la musique de Charli XCX qui demeurent les plus formatés. Il faut dire que sa discographie contient quelques belles purges et qu'il est arrivé à la chanteuse de livrer des prestations live calamiteuses sans même se soucier de se caller à son playback. Pourtant BRAT n'est pas non plus une totale surprise tant Charli a depuis longtemps pris l'habitude d'alterner pop mainstream prête à porter et électro-pop haute couture. Réjouissons-nous donc devant cet album conçu avant tout pour danser mais sans jamais oublier d'être exigeant et qui en plus pose la question de la représentation du corps féminin et des dictats imposés aux artistes femmes. Qu'on se le dise ce disque pourrait bien devenir le nouveau Motomami.

Les pisse-froid et les snobs feront sûrement la fine bouche mais toutes mes mean girls le savent bien, BRAT est un putain de grand album !
tracklisting
    01. 360
  • 02. Club Classics
  • 03. Sympathy Is A Knife
  • 04. I Might Say Something Stupid
  • 05. Talk Talk
  • 06. Von Dutch
  • 07. Everything Is Romantic
  • 08. Rewind
  • 09. So I
  • 10. Girl, So Confusing
  • 11. Apple
  • 12. B2b
  • 13. Mean Girls
  • 14. I Think About It All The Time
  • 15. 365
titres conseillés
    Club Classics - Everyting Is Romantic - So I
notes des lecteurs