Chronique Album
Date de sortie : 19.03.2012
Label : Bleeding Heart Recordings
Publié par
Amandine, le 17 avril 2012
Thomas White n'en finit plus d'enregistrer et tourner avec ses diverses formations. A seulement 27 ans, il est presque inconcevable de penser qu'entre The Electric Soft Parade, Brakes, ses participations au sein de British Sea Power ou encore ses collaborations avec Patrick Wolf, il réussisse aujourd'hui à trouver le temps de nous pondre un troisième album solo, toujours aussi déconcertant.
C'est à l'automne 2010, peu avant les révolutions du Printemps Arabe, que White décide de partir en retraite en Égypte, dans le désert du Sinaï. Contexte morose : la perte récente de sa mère et une rupture difficile, le lieu empreint de rugosité et approprié à l'introspection seront un terrain fertile pour la composition de Yalla!. En à peine deux semaines et armé de sa seule guitare acoustique, Thomas White délaisse pour un temps le glam de The Maximalist, son précédent LP, pour, a contrario, faire un retour vers le minimalisme le plus pur.
Dix compositions toutes plus personnelles les unes que les autres forment cet album acoustique d'une beauté douloureuse. L'ombre d'Elliott Smith (I'll See Her Again n'est pas sans rappeler la magnifique Angeles), des Beatles (That Heavy Sunshine Sound) et des Byrds (Dreamt I Dwelt In Marble Halls) ne sont pas loin et nous planons donc entre folk et pop 60s, dans un format globalement très court pour le style (la plupart des morceaux ne dépassent pas les deux minutes trente). Le jeune Anglais y chante son désespoir et son mal-être mais il clame aussi son mal du pays ; l'entendre, dans des harmonies vocales fantastiques, chanter sa Brighton lointaine, ses pubs, au même titre que la perte de l'amour de sa vie pourrait sembler l'anti-album d'un dimanche après-midi pluvieux. Pourtant, nous en sommes loin. Ici, la mélancolie et le désespoir se transforment en une beauté créatrice, d'une douloureuse délicatesse, qui nous transportent avec une incroyable légèreté.
Yalla! n'est probablement pas le compagnon idéal pour un moment d'amusement entre amis mais il serait cependant dommageable de passer à côté en le rangeant trop rapidement dans la rubrique des « albums de folk déprimants et sans intérêt ». Le songwriting de Thomas White est ici mis en valeur par la simplicité de l'instrumentation et il sait éviter le piège du lyrisme inhérent aux compositions acoustiques.