logo SOV

World News

In Purgatory

World News - In Purgatory
Chronique Album
Date de sortie : 16.10.2026
Label : Pie & Mash
4
Publié par Quentin Perriault, le 14 octobre 2026
Dans Classical Music, Alex Evans chante « I'm bored ». Ce mot, l'ennui, semble appartenir à une autre époque, où on lançait un album avant de dédier la prochaine heure à son écoute calme et méticuleuse. Une période où l'Atlantique servait de relais musical entre deux cultures rock indépendantes qui se nourrissaient l'une l'autre. Cette époque, c'est celle de In Purgatory, une pop-rock à guitares pré-Britpop, entre The Smiths et les débuts de U2 d'un côté, R.E.M et The Feelies de l'autre.

Au purgatoire, les structures sont protéiformes. Ce qui frappe d'emblée, c'est une espèce de manque de prise sur la musique, une sensation que nous avons presque oubliée. Pas de gros riff ou de mélodie immédiatement reconnaissable, sur laquelle chanter ou danser. Frog déblaye le passage avec un rythme soutenu, une basse bien présente, très mobile mais toujours mélodique, puis deux guitares jouent des accords avant de se lancer dans des entrelacements et motifs très mélodieux évoluant constamment pendant deux minutes, les câbles jack bien branchés à leurs pédales de chorus vintage. La chanson fait office de manifeste pour ce qui va suivre : des musiques suspendues, qui tiennent par le mouvement et l'espace créé par des guitares carillonnantes et sophistiquées. On trouve peu de structures immédiatement identifiables, chaque piste avançant par variations hypnotiques plutôt que par rupture, qui les rendent au départ difficiles à complètement comprendre ou tenir, ce qui est loin d'être un défaut ici.

La pochette, une vision du purgatoire peinte sur mesure par l'artiste Teddy Hansen, rappelle les tableaux de Pieter Bruegel l'Ancien, avec son point de vue en plongée et son foisonnement de petites histoires au sein d'un même environnement. Un prolongement direct de l'approche musicale des quatre musiciens.


Dans Classical Music, Alex Evans chante « I'm bored ». C'est peut-être cet ennui, cette fois très moderne, qui a fait de cette chanson un labyrinthe aux nombreux détours. Si elle commence comme une chanson rock'n'roll classique avec un texte mi-chanté mi-déclamé à la Lou Reed, rejoint par le riff boogie-rock par excellence pour annoncer le refrain, elle fait ensuite rugir ses guitares avant de créer un motif à deux guitares et une basse qui se répète et se renouvelle constamment pour finalement servir d'écrin à un long solo mélodique guidant un crescendo sonore jusqu'à un climax explosif... se résolvant tranquillement par un retour au troisième couplet qui, s'ennuyant déjà de lui-même, se coupe avant le refrain final attendu.

Soutenue par le producteur Tommy Bosustow (mary in the junkyard, Porridge Radio), la cohérence sonore et esthétique impressionne, malgré des chansons composées sur un laps de temps assez long et des formats très variés, entre deux minutes et trente secondes et sept minutes. Comme tous les bons groupes de prime abord très ancrés dans une période musicale précise, les influences sont nombreuses et chacun peut y retrouver tous les groupes qu'il a aimé et continue d'apprécier. On pourrait facilement sortir la carte The Stone Roses, notamment sur Everything Is Coming Up Roses (Coïncidence ? Je ne crois pas...) avec ces guitares aussi techniques que répétitives et cette voix posée tel un voile sur les instruments avant un pont plus saturé et un solo léger mais expressif.

À l'approche rock, s'ajoute l'aspect pop plus immédiatement mélodique de certaines pistes, comme The Way It Goes ou Wet, Dry, I Can't Fly, avec leurs mélodies aux atours, encore une fois, déjà familiers sans pouvoir mettre le doigt sur un morceau existant. Vinegar Swimming Pool est exactement le genre de chanson rock'n'roll proto-punk mi-The Kinks mi-The Jam qu'Oasis aurait pu repomp… rendre hommage.


Il ressort de ce mélange une sorte d'insouciance musicale typique d'un début de printemps ou d'automne, dans cet entre-deux où l'air frais se dispute au ciel bleu et aux rayons du soleil encore chauds, où les feuilles renouvellent leurs couleurs. Avec un pied dans le passé, le groupe trouve une position stable dont les références enrichissent l'écoute mais ne sont pas indispensables pour y entrer. Encore mieux, cet ensemble de chansons crée un sentiment que l'on ne connait plus : le plaisir de se laisser porter par les mouvements de la musique elle-même, plutôt que dans l'attente d'un refrain ravageur.

Dans Classical Music, Alex Evans chante « I'm bored ». Une fois l'album digéré après plusieurs écoutes, on serait tenté de réhabiliter ce mot, à la connotation négative trompeuse. Et si l'ennui n'était pas l'absence d'intérêt immédiat dans une situation donnée, mais la condition à une attention différente. Dans ce Purgatoire, on cherche en vain à s'accrocher à quelque chose et c'est, finalement, ce qui nous retient.
tracklisting
    01. FROG
  • 02. DON’T WANT TO KNOW
  • 03. EVERYTHING IS COMING UP ROSES
  • 04. VINEGAR SWIMMING POOL
  • 05. I DON’T HATE YOU
  • 06. CLASSICAL MUSIC
  • 07. SIDESTEP
  • 08. THE WAY IT GOES
  • 09. PURGATORY
  • 10. WET, DRY, I CAN’T FLY
  • 11. LOOK INSIDE MY MIND
titres conseillés
    Classical Music, Frog, Vinegar Swimming Pool
notes des lecteurs
    Vous devez être connecté au forum pour noter cet album.