Chronique Album
Date de sortie : 04.06.2012
Label : Sweatshop Records/One Little Indian
Publié par
Jeremy Leclerc, le 26 mai 2012
Un peu de violence dans la vie n’a jamais fait de mal à personne. Il en faut pour avoir une vie meilleure. C’est ce qui pourrait être sous-entendu par Flats, groupe de l’Est londonien, au travers de son premier album Better Living. Un style sans compromis, rébarbatif à première vue, à l’image de Mambo, entre le punk hardcore, le grunge, le doom et le speed metal. Une musique viscérale, née de l’instinct pour nourrir l’instinct. De la poussière à la poussière. Au royaume des damnés, vous danseriez bien une petite gigue ?
On va faire bref : si écouter les hurlements d’un fou en camisole fait partie de vos passe-temps favoris, alors vous avez frappé à la bonne église. Sauf qu’ici l’église est en feu, et personne ne semble pressé d’éteindre l’incendie. Malheur à celui qui osera apporter un seau d’eau, il finira en grand brûlé. Un sort réservé à Daniel Devine, coincé dans sa camisole de force, inextricable piège aussi pervers que jouissif pour celui qui assiste à ce spectacle démentiel.
On ne sait plus vraiment ce qui lui est arrivé. Volonté de sauver les icônes de ce lieu de culte en perdition ou illumination soudaine d’un impie en soif de mystique ? On ne connaîtra jamais la réponse, et pour cause, les cordes vocales tendues et acérées balancent des salves lyriques incompréhensibles, noyées sous un flot de vomi nourri à la bile. Qu’il nous parle de ses résultats d’examen d’urine ou qu’il cite la Bible n’a aucune espèce d’importance. Celui qui parle différemment passe pour un illuminé. Incompris, il a de quoi devenir fou. Ses vociférations ne peuvent pas mieux marquer l’urgence de chaque pas sur le sol de charbons ardents, attisés par le feu d’une musique oppressante, une masse quasi-christique surplombant un lieu de paix devenu chaos. L’orage gronde au-dessus de la tête dénudée du martyr.
Pour celui qui est peu habitué à ce genre de gesticulations, il s’agit d’une représentation parfaite du cliché de l’Enfer, lieu malfamé, tenu par des personnes de petites vertus mal rasées, mal habillées, passant leur journée à écouter du bruit. Un cliché bien aidé par des chansons comme Macabre Unit ou Crucifixion, reprise du groupe de black metal Hellhammer. Oui mais voilà, la force qui se dégage de leur musique attire comme un aimant, elle témoigne d’une unité séduisante quoique un peu répétitive en fin d’album. Il n’empêche que jamais l’adage « méfiez-vous des apparences » n’aura été si juste !
Je cours ventre à terre vers cet Enfer-là, et ce n’est pas votre Paradis qui me fera changer d’avis. Si au début du mois de mai on fête au travers de l’Ascension l’élévation au ciel de Jésus de Nazareth, on devrait fêter son exact opposé dès la fin du mois de mai : Flats.