Ancienne moitié de Big Deal, Alice Costelloe surprend sur son premier album Move On With The Year. La londonienne s’était déjà signalée en solo avec plusieurs EPs d’une indie pop cute mais un peu inoffensive. L’émouvant Move On With The Year marque un immense pas en avant.
Pour ce disque, Alice Costelloe s'est réfugiée dans le studio de Margate de Mike Lindsay (maître à penser de la folktronica de Tunng et créateur de LUMP avec Laura Marling). Là-bas, entourée de mellotrons et d’une multitude de synthés vintages, elle a pu explorer librement et creuser en elle pour en remonter des chansons marquantes arrangées de façon méticuleuse.
L'album s'attaque à un sujet lourd : l'addiction de son père et les cicatrices que cela a laissées. Les chansons égrènent des souvenirs d'enfance et des blessures d’adulte liées à cette terrible condition. Pour mener à bien ce projet confessionnel, Alice avoue s'être inspirée notamment de Plastic Ono Band de John Lennon, grand album écorché où l’ex-Beatles explorait son propre trauma familial après une thérapie primale.
Si les paroles sont sombres, musicalement, les chansons cherchent la lumière. L’album est hanté par une poésie fragile, délicate et mélancolique, comme une bougie qui vacille dans l’averse. L'arsenal de synthés vintage qui tapisse ces morceaux leur donne un vernis nostalgique et une élégance rare. Les nombreuses flûtes apportent un côté pastoral, presque enfantin, qui résonne avec les souvenirs évoqués.
L'album démarre très fort avec la mystérieuse Anywhere Else et sa basse gainsbourienne, suivie de la propulsive How Can I qui lorgne du côté de Baxter Dury période Happy Soup. Sur ce titre, Alice pose la question « How can I still adore you ? » avant de s'auto-affirmer avec des mantras nécessaires, « I am surrounded by love ».
La voix d'Alice Costelloe, délicate, élégante et suspendue, nous garde captivés à travers ces récits de rêves abîmés. Les mélodies restent quant à elles souvent upbeat, créant un contraste saisissant - comme sur Damned If You Do, au charme quasi girl group, la magnifique ballade qui donne son titre à l'album ou Every Time qui revendique la liberté de s’affranchir du poids de l’héritage paternel.
Un peu comme le récent et très réussi West End Girl de Lily Allen, l'album fonctionne comme un tout cathartique où dire adieu devient paradoxalement un acte de progrès. Move On With The Year se conclut ainsi avec l'adieu déchirant Is There Something (Goodbye), enregistré en une prise le dernier jour en studio, voix tremblante, avant de se noyer dans un long feedback.