Chronique Album
Date de sortie : 30.01.2026
Label : LAB Records
Publié par
Jérémi Desplas, le 29 janvier 2026
Fraîchement arrivé de Dublin, Holy Show est le premier album de Big Sleep, qui s'inscrit pourtant davantage dans une lignée de pop britannique à guitare que du post-punk devenu la signature de la capitale irlandaise ces dernières années. S'il présente certaines qualités, cet album donne néanmoins l'impression regrettable de chercher à devenir une petite sensation en emballant mal sa sensibilité dans un costume branché visiblement trop grand.
Don't You Wanna, le morceau d'introduction, fonctionne sur la gouaille du chanteur typique de britpop. Le tout est enrobé dans du slacker rock sans génie ni mauvais goût, qui à défaut de réinventer la roue fait du rock cool et branché sympathique. L'inconvénient du rock indé de base, c'est que si on ne le transcende pas, ça devient vite répétitif puis lassant. C'est ce que l'on commence à constater sur Ruminate, dont le refrain est accrocheur mais l'ensemble est assez vu et revu. En revanche, le curieusement nommé Top Of The Pops est plus intéressant, doucement rêveur et dont les arpèges nous prennent par la main. On se rapproche vaguement du Mac DeMarco des débuts avant que ce dernier ne prenne l'expression « rock de branleur » un peu trop au pied de la lettre. Crude fait également dans le minimalisme mais le dose moins bien qu'espéré : malgré une progression sur la fin du morceau, les lignes jouées par les différents instruments n'ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres.
Jusqu'ici, cet album n'est ni particulièrement convaincant ni désagréable, malheureusement Doo Doo Doo Doo Doo (titre assez peu encourageant soit dit en passant, surtout quand il se retrouve dans le chant et pas de manière réussie) commence à faire pencher la balance du mauvais côté. Le morceau est pompeux et reprend les clichés du rock britannique de base, la flamboyance en moins. N'est pas Arctic Monkeys qui veut, d'autant plus que la production des plus basiques n'aide pas vraiment à relever le tout. Flatline poursuit dans cette lancée, avec les « tchac tchac » de guitares étouffées aussi vus et revus que l'expression « vu et revu » dans cette chronique et une ou deux insanités inutiles juste pour capter l'intention. C'est dommage d'ailleurs, car la dynamique qui se déploie dans le morceau n'est pas inintéressante. La suite de l'album est plus satisfaisante. Bruiser est bien construit autour d'un rythme rapide, et à défaut d'être particulièrement novateur, dit ce qu'il a à dire et le dit bien : les guitares fonctionnent très bien ensemble et les chants qui se répondent apportent une vraie plus-value. Plus calme, Long Time n'est pas particulièrement marquant mais touche par sa mélancolie amenée dans un rock indé de base très sympathique.
La conclusion de l'album est plutôt à l'image de ces chansons : sans grande originalité mais qui réussissent plutôt bien ce qu'elles sont censées faire. On est logiquement touchés par les complaintes de Be Alright, morceau plutôt bien amené et qui parvient à nous faire entendre toute sa tension, mais sans parvenir à entièrement marquer les esprits, tout comme l'acoustique Old Friend qui conclut en douceur l'album. Il n'y a en soi aucun mal à ça : le rock est assez largement une histoire de gens plus ou moins paumés racontant leurs déboires plus ou moins graves avec plus ou moins de talent, et dont l'expression par l'artiste compte davantage que la réception par l'auditeur.
C'est sans doute pour cela que le contraste avec les morceaux du milieu déçoit : un groupe est finalement meilleur lorsqu'il est conscient de ses limites pour mieux essayer de les dépasser que lorsqu'il cherche à se raccrocher à une hype artificielle.