Le mouvement punk a cassé les codes et inventé une nouvelle esthétique. Les punks méprisaient tout ce qui était commercial et, dans le lot, ils auraient probablement jeté les groupes de greatest hits et détesté l'idée de faire de la musique à cinquante ans. Ne parlons même pas de cinquante ans... de carrière. Alors pour rester fidèles à leur idéaux de jeunesse, les Buzzcocks refusent la facilité de vivre sur leur impressionnant back catalogue, et continuent à sortir des albums.
Attitude Adjustment procure différents sentiments conflictuels, ce qui en soi est le signe d'une œuvre d'art intéressante. Tout d'abord, c'est le sentiment réconfortant d'être en terrain connu, doublé d'une douce nostalgie quand on reconnaît le son caractéristique de la guitare de Steve Diggle (
Queen Of The Scene,
Just A Dream I Followed) : des riffs saturés aux accords clairs qui laissent la musique vous emporter avec vigueur mais sans violence. Il y a aussi cette voix un peu nasillarde et ces mélodies pop douces amères sur une rythmique punk qui sont la signature du groupe depuis 1976.
Cette première accroche donne envie de se plonger davantage dans les chansons, et c'est là que les choses se compliquent. C'est l'impression d'écouter des démos inachevées qui l'emporte quand le premier titre finit sur un fade out de trente secondes de la même phrase “try to go to heaven in a suicide machine” (ndlr : essaie d'entrer au paradis dans une machine à suicide). L'intention est louable et peut remettre en cause la position de l'Eglise qui a longtemps refusé un enterrement religieux aux suicidés. Pour rester dans le blasphématoire, sur
Jesus At The Wheel, c'est carrément un tiers de la chanson qui est la répétition du titre sur un fade out interminable.
One Of the Universe, découpé en deux parties, masque à peine que c'est une démo que le groupe n'a pas réussi à terminer.
Auteur de centaines de chansons, il est étonnant que le groupe n'arrive plus à écrire assez de paroles et ne sache plus comment terminer un morceau, même si, avec le décès de Pete Shelley en 2018, il a certes perdu un de ses principaux auteurs compositeurs.
Sonics In The Soul, sorti en 2022, avait eu un effet cathartique sur le groupe, mais ne nous avait déjà que moyennement convaincu, tout comme le reste de sa discographie depuis leur reformation en 1989.
Cette faiblesse dans les paroles est d'autant plus regrettable que les compositions ne manquent pas de charme, certes un peu désuet mais très cohérent avec la ligne artistique du groupe. La production est également plus solide et le poids des années se fait à peine sentir. Le tempo a légèrement ralenti mais, autour des 160 BPM, il reste tout à fait honorable. La voix de Steve s'est épaissie, et est peut-être plus assumée. À soixante-dix ans, il n'a rien perdu de sa détermination, et il ne cherche pas à masquer son âge. Son expérience fait partie de son identité et, fidèle à leur éthique punk, il ne cherche pas à la maquiller en studio. De toute façon, leur envie de partir en tournée est restée intacte et il est hors de question de tricher sur scène. Le feu adolescent, a été remplacé par celui des survivants, qui ont vu plus qu'ils ne le pensaient possible et ont perdu quelques amis sur la route.
Si on considère le décès de leur chanteur comme un nouveau départ, ce deuxième, et non douzième, album, va dans la bonne direction et serait celui d'un groupe qui se (re)découvre. Les Buzzcocks évitent les clichés poussiéreux du rock'n'roll et, en forçant leur naturel doux amer, apportent une touche gothique à la The Damned qui permet au groupe de se renouveler un peu en assumant l'héritage punk qu'ils ont contribués à construire. Avec
Heavy Streets, ils montrent qu'ils sont capables d'écrire des chansons qui peuvent vous secouer les tripes avec des riffs de guitares chaotiques.