Cela fait à peine un an que Mumford & Sons revenaient sur le devant de la scène avec RUSHMERE, album qui renouait définitivement avec le son du groupe, soit une country folk toute en harmonies. Mais cela n'était pas suffisant pour étancher la soif de nos amis, car nous voici déjà en présence du septième album de la formation, intitulé Prizefighter.
Cette productivité intense s'explique en particulier par le sentiment de sérénité qu'ont atteint Mumford & Sons depuis quelques années maintenant. Cela n'a pas été facile, notamment à la suite du départ de Winston Marshall en 2020. Durant ce laps de temps, Marcus Mumford en a profité pour s'émanciper un peu et sortir un premier album solo intelligemment nommé (self-titled). Un disque très personnel, à fleur de peau et allégé dans sa production en comparaison de ce qu'est devenu la machine Mumford & Sons. Que pouvions nous donc attendre de la suite ?
Cela s'est concrétisé avec le retour gagnant RUSHMERE et aujourd'hui, avec ce qui est une suite plus que logique. Sans fantaisie ni prises de risque, Prizefighter demeure dans l'esprit qu'a bâti le groupe dès ses débuts et qui lui a permis de côtoyer les sommets des charts tant sur ses terres qu'en Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis. En 2026, les Anglais peuvent se vanter d'un statut de stars internationales, preuve en sont les très nombreuses arénas qu'ils remplissent. Leur dernier passage parisien en novembre dernier les a vu fouler la scène de l'Adidas Arena, nouveau temple de l'entertainment à l'américaine, avec de gros moyens logistiques et notamment la présence de deux scènes.
Peu avant cela, Marcus Mumford, Ben Lovett et Ted Dwane ont présenté en exclusivité et en « catimini » dans un Elysée Montmartre plein à craquer leurs nouvelles compositions d'alors, et cette proximité était du pain béni pour les fans présents, heureux détenteurs du sésame très difficilement décroché lors de la mise en vente. Car même si l'on se sent proche de ce groupe au style intemporel depuis les premières heures, le poids de la formation de nos jours ne peut que lui permettre de se produire face à plusieurs milliers de spectateurs à la foi.
Il est donc compréhensible que Mumford & Sons sortent des albums répondant pleinement aux goûts et attentes de leurs fans fidèles. Et c'est ici la raison qui peut également nous échauder. Malgré, et comme à leur habitude, une production parfaite en tous points, des musiciens toujours aussi doués et le chant de Marcus toujours au top, Prizefighter ne réussit pas, à son tour, à nous surprendre.
Certes, et c'est aussi l'intérêt du disque, quatre collaborations sont présentes. En entrée de jeu, nous découvrons Here avec la « grosse voix » du musicien américain Chris Stapleton. Un titre répondant parfaitement aux codes de la country, tout de même un peu plus légers, ce qui crante le style folk des Anglais, pourtant eux même peu fans de cette étiquette. Nous trouvons tout de suite après le single que martèlent les radios nationales depuis déjà quelque temps, un duo avec Hozier, Rubber Band Man. A l'image de leur collègue irlandais, lui aussi pop star internationale, le titre enjoué permet aux voix de Hozier et Marcus de s'allier d'une façon parfaitement harmonieuse. Un hit, probablement LE hit de l'album, un de ceux qui leur permettra à sa seule écoute de remplir des stades.
Un peu plus loin se trouve Icarus où l'artiste américaine Gigi Perez s'unit à Marcus Mumford sur un titre un peu à part, beaucoup plus dépouillé et, à sa façon, plutôt audacieux. Enfin, c'est un autre featuring de poids qui suit, Badlands, ballade au piano très chimérique en duo avec Gracie Abrams, jeune artiste pop américaine dont le groupe avait repris un titre à l'antenne de la BBC en octobre dernier, très populaire aux Etats-Unis et pas uniquement parce que fille de J.J Abrams et compagne de Paul Mescal (joli palmarès que nous souhaitions souligner pour assouvir notre passion des magazines de salles d'attente).
Entre cela, les morceaux de Prizefighter demeurent dans l'ADN de Mumford & Sons. The Banjo Song, le titre éponyme ou le très mélodique Shadow Of A Man, des morceaux calibrés pour mettre en valeur l'énorme talent d'écriture de Marcus Mumford, qui allie toujours parfaitement douceur et dynamisme, des sentiments parfois contraires mais qui reflètent la palette de nuances de nos émotions. Ce dernier ayant déclaré dans la presse se sentir à l'apogée de sa créativité, il n'en demeure pas moins que Mumford & Sons se lancent en 2026 dans une nouvelle étape de leur carrière, leur appétit pour la composition et le live étant particulièrement féroces, pour le plus grand bonheur de leurs fans.
Prizefigter est un album impeccable, qui ne peut pas décevoir la masse imposante d'admirateurs de Mumford & Sons et leur pop folk si significative. Néanmoins, et parce que nous connaissons le potentiel de ces musiciens, nous espérons toujours qu'ils sortent de leur zone de confort pour tenter un nouveau challenge, celui de nous surprendre sans pour autant se « renier », un peu comme lors du mal aimé Wilder Mind en 2015. On souhaite alors pour la suite que Mumford & Sons soient capables d'amorcer un virage tout en maintenant au beau fixe cette relation qui dure maintenant depuis plus de quinze ans.