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Saccades

Golden Days

Saccades - Golden Days
Chronique Album
Date de sortie : 02.10.2026
Label : Unlimited Dream Records
4
Publié par Quentin Perriault, le 28 septembre 2026
Le nouvel album de Saccades, projet solo de Nicolas Wood échappé de son duo The KVB, porte en lui une contradiction, voulue, certes, mais qui en rend la perception difficile au premier abord.

Ce qui saute immédiatement aux oreilles est l'orientation sonore centrée sur les médiums. On se retrouve immédiatement en face de ce que l'on pourrait appeler de la « musique d'ingé son », tant le mixage devient un instrument à part entière et le dispositif fait partie intégrante de l'expérience. Ce choix esthétique aboutit à une clarté exceptionnelle, mais induit aussi une sorte de manque volontaire, comme un mot que l'on a sur le bout de langue et qui, une fois revenu, ne comble pas tout à fait la sensation de ne pas être complet. Cette impression brumeuse est un trait propre à la hauntologie, que l'album revendique, et qui donne à entendre ce qui aurait pu être, plutôt que ce qui est.

La contradiction se cristallise dans le style musical d'où découle cette impression vague : de la musique de vagues, justement, une pop balnéaire rétro. Avec ses percussions world et ses guitares acoustiques exotiques aux rythmes entêtants, Golden Days nous emmène sur un ersatz de bord de mer. Un ersatz seulement, car les effets de détériorations de bande magnétique donnent des indices sur la plage en question : il s'agirait plutôt de la musique diffusée par haut parleur sur un plateau de tournage, sur lequel une publicité estivale aurait été tournée il y a plusieurs décennies.


Slacker nous accueille sur le plateau avec un sample de congas visiblement étiré, dont les artefacts sonores et les échos parasites qui en découlent (mais fait exprès, vous suivez ?) finissent par se mêler à une boîte à rythmes, avant l'arrivée d'une basse et d'un clavier typé années 80 qui charrie le crépitement du vinyle dont il pourrait être samplé (mais en fait peut-être pas, vous suivez toujours ?). Viennent ensuite une guitare acoustique et des « pa-parapapa » tout droit sortis d'un album de musiques libre de droits (bien qu'ils soient probablement enregistrés en studio... vous avez compris).

La grande unité et cohérence des chansons entre elles en font un bel album de soft-rock lo-fi dont le temps aurait progressivement enlevé une partie des couleurs. Une partie seulement, à l'image de Solipsism ou Greek Fire, moins délavées, plus compactes, modernes et enlevées, à la coolitude et au potentiel dansable immédiat. La patine étrangement vaporeuse tient donc tout du long car les chansons sont belles, légèrement psychédéliques et riches en superpositions malines d'instruments. Ze Roberto, avec ses solos de guitare et de synthétiseurs noyés dans la réverbération de pédales vintages dialoguant avec la voix soufflée de Nicolas Wood, pourrait aisément se retrouver sur des playlists de « summer chill ». Le groove de la basse associée aux claviers de Kind Of, la voix fantomatique résolument détendue et laid-back qui parcourt cet album à l'effet apaisant et paradoxalement puissant feront pâlir de jalousie les ex-hipsters sonophiles. Une piste instrumentale comme An Analogy démontre tout le talent musical de son auteur pour entrelacer différents instruments, renouvelant facilement l'écoute pour les oreilles sensibles et curieuses.


Les guitares électrifiées font le pont entre la musique surf des années 60 où l'on rêvait des années 2020 comme d'un havre de paix technologique et les musiques de 2020 rêvant à la pureté hippie et analogique des années 60. Un serpent qui se mord la queue très représentatif de cet album, qui ne « va » nulle part, car il « vient » de quelque part qui, soit perdu soit fantasmé, n'existe pas vraiment. Un apparat bizarre et presque métaphysique, qu'il faudra aller chercher au-delà de la musique en elle-même, comme un geste artistique.

Mine de rien, Nicolas Wood propose au fur et à mesure du temps un corpus de plus en plus confidentiel mais relativement passionnant. Golden Days est un album de dream pop hanté qui vaut donc le détour, que vous soyez ingénieur du son, ex-hipster, ou explorateur d'un présent n'existant pas (comme un monde sans Sound Of Violence, qui ne pourrait même pas vous faire découvrir ces petites pépites semaines après semaines !).
tracklisting
    01. SLACKER
  • 02. GOLDEN DAYS
  • 03. IT DOESN’T MATTER
  • 04. THINKING OF YOU
  • 05. LAID BACK
  • 06. KIND OF
  • 07. AN ANALOGY
  • 08. SOLIPSISM
  • 09. GREEK FIRE
  • 10. ALMOST SHANGRI-LA
  • 11. ZE ROBERTO
  • 12. SOMEWHERE ELSE
titres conseillés
    Golden Days, Ze Roberto, Solipsism
notes des lecteurs
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