Gorillaz fête ses 25 ans, pas mal pour un projet qui a commencé comme une blague entre un musicien au bord du burn-out et un graphiste. D'autant que Damon Albarn a finalement passé plus de temps dans ce groupe que dans Blur si on compte les nombreux hiatus de ces derniers.
Les premières notes à la flûte indienne dans une ambiance hollywoodienne font un peu peur au néophyte du genre que je suis, ma seule expérience en la matière étant celle du fiancé foireux dans Serendipity (ndlr : le film avec le disquaire de High Fidelity). Très vite la mélodie prend le dessus avec des accents pop, puis hip-hop, et je comprends qu'il faut lâcher prise et se laisser porter dans le délire du groupe. Damon Albarn écoute de la musique indienne depuis qu'il est enfant, et au fil des années Gorillaz est devenu un festival improbable où se croisent des artistes chantant en cinq langues différentes : des musiciens de musique folklorique indienne, des chanteurs punks, post-punks, de disco new wave, et même des morts !
Projet d'artistes hyper actifs, cet album est difficile à aborder, c'est bien une montagne qu'il faut gravir pour en mesurer l'ampleur. Enregistré en partie à la maison et en partie en Inde et aux Etats-Unis, il a fallu quatre producteurs (dont James Ford) en plus des membres du collectif pour accoucher de The Mountain. Les couleurs se confondent, tandis qu'un voile de mélancolie flotte sur l'ensemble des chansons. Écrit alors que les protagonistes avaient perdu des parents et des amis, il est le fruit d'une recherche quasi métaphysique sur la vie et la mort. Pour célébrer son quart de siècle d'existence, le groupe a aussi voulu faire redonner une voix à d'anciens invités aujourd'hui disparus (Mark E. Smith de The Fall, l'acteur Dennis Hopper ou le légendaire batteur Tony Allen).
On ne peut pas reprocher au groupe de faire les choses en grand : gorilles, montagnes, visuel, production, featurings XXL et VIP, tout est dans l'ADN même de ce projet, que Damon Albarn et le graphiste Jamie Hewlett font évoluer depuis un quart de siècle. D'autant qu'ils le font très bien et savent tirer le meilleur parti de leurs invités. Les Sparks sont parfaits en dictateurs joyeux avec leur mélange unique d'humour noir et d'esthétique kitsch. The Empty Dream Machine est une superbe chanson où se rencontrent le rap de Black Thought, la sitar d'Anoushka Shankar et la pop de Johnny Marr. Et quel plaisir de réentendre le chanteur de The Fall pour un Delirium qui lui va si bien.
Chaque chanson est une histoire en elle-même et toutes forment un album épique qu'il faut pouvoir encaisser.
tracklisting
01. The Mountain (feat. Dennis Hopper, Ajay Prasanna, Anoushka Shankar, Amaan Ali Bangash and Ayaan Ali Bangash)
02. The Moon Cave (feat. Asha Puthli, Bobby Womack, Dave Jolicoeur, Jalen Ngonda and Black Thought)
03. The Happy Dictator (feat. Sparks)
04. The Hardest Thing (feat. Tony Allen)
05. Orange County (feat. Bizarrap, Kara Jackson and Anoushka Shankar)
06. The God of Lying (feat. IDLES)
07. The Empty Dream Machine (feat. Black Thought, Johnny Marr and Anoushka Shankar)
08. The Manifesto (feat. Trueno and Proof)
09. The Plastic Guru (feat. Johnny Marr and Anoushka Shankar)
10. Delirium (feat. Mark E. Smith)
11. Damascus (feat. Omar Souleyman and Yasiin Bey)
12. The Shadowy Light (feat. Asha Bhosle, Gruff Rhys, Ajay Prasanna, Amaan Ali Bangash and Ayaan Ali Bangash)
13. Casablanca (feat. Paul Simonon and Johnny Marr)
14. The Sweet Prince (feat. Ajay Prasanna, Johnny Marr and Anoushka Shankar)
15. The Sad God (feat. Black Thought, Ajay Prasanna and Anoushka Shankar)
titres conseillés
The Happy Dictator - The God Of Lying - The Empty Dream Machineb