The Dream Machine ne chôment pas. À peine un an après Small Time Monsters, qui marquait un beau pas en avant pour le quintet liverpuldien, les voilà de retour avec Fort Perch Rock, leur troisième album. Et cette fois, pas de filet de sécurité : le groupe a décidé de tout produire lui-même, s'affranchissant de la tutelle de James Skelly de The Coral qui avait supervisé leurs précédents enregistrements.
Malheureusement, l'expérience tourne au pari risqué. En voulant renouer avec les racines du garage rock sixties - celui des Them, des Count Five ou de ces pépites oubliées qu'on déniche dans les compilations Nuggets - The Dream Machine se sont un peu perdus en chemin. Exit les arrangements soignés et les mélodies solaires de Small Time Monsters, place à un rock brut et direct, certes, mais aussi approximatif et monolithique.
Fort Perch Rock, le titre éponyme qui ouvre l'album, donne le ton : guitares tourbillonnantes, batterie nerveuse, production volontairement crue. Le morceau fait référence à ce fort côtier qui trône à New Brighton, face à Liverpool. Zak McDonnell, leader du groupe, le décrit comme "un instantané d'un groupe jouant à plein volume", mêlant imagerie rétro des stations balnéaires britanniques des années 1950-60 et quelque chose de plus brut. Car c'est bien là que le bât blesse : l'autoproduction accouche d'un son un peu brouillon qui manque cruellement de clarté. L'ensemble peine à respirer. Là où James Skelly savait sculpter l'espace sonore et faire ressortir les mélodies, The Dream Machine livrent ici un mur sonore compact, aux aigus agressifs et usant sur la durée.
Autre problème, et pas des moindres : la voix de Zak McDonnell. Singulière, à la limite de la justesse souvent, elle a surtout cette fâcheuse tendance à étirer les syllabes en longueur. C’est une signature vocale, certes, mais le tic peut devenir lassant sur la durée d'un album où certaines lignes vocales semblent tirer sur la corde.
Les morceaux les plus garage comme Forth Perch Rock, Julie On The Rock ou encore Duck Bone Fever pâtissent d’un son qui manque d'espace et de respiration. Les morceaux s’enchaînent avec une énergie certaine mais peinent à laisser une empreinte auditive durable et à retrouver le charme de leur album précédent. Quand le groupe baisse le tempo, comme sur If I Had A Friend, Joe ou Night Owl, la sauce peine à prendre.
Quelques éclairs laissent pourtant entrevoir ce que l'album aurait pu être. Angel Heart propose une mélodie angulaire vraiment intéressante. If I Could Be King est un beau mid-tempo au refrain immédiat. Best Days Of Our Lives, en conclusion plus apaisée, rappelle leur talent pour les jolies mélodies vintage après l'épopée psychédélique de The First Bird. Mais ces moments restent trop isolés pour vraiment sauver l'ensemble. Fort Perch Rock sonne ainsi comme un faux pas, une prise d'autonomie un peu précipitée qui aurait mérité davantage de recul. Le fort vacille sur son rocher, fragilisé par une production manquant de punch qui étouffe le potentiel des chansons.
Espérons que le groupe retrouve rapidement le chemin qui l'avait mené aux belles réussites de Small Time Monsters.