Chez Gretel, tout commence comme un conte. Mais pas ceux de Perrault ou d'Andersen, plutôt ceux d'Angela Carter ou d'Edgar Allan Poe, où les monstres viennent frapper à la porte de l'innocence enfantine.
Révélée à 18 ans avec Slugeye, la musicienne britannique s'impose grâce à son écriture et des chansons nourries des rythmes viscéraux de Nick Cave ou Nirvana. Très vite, son univers s'organise autour d'une colonne vertébrale : protéger sa part d'enfant dans un monde qui nous dévore. Mais avec Squish, quelque chose se fissure.
Signée très jeune, Gretel se heurte aux mécanismes bien rodés de l'industrie : sessions d'écriture formatées, direction artistique non choisie, identité modelée. Même entourée de collaborateurs comme Mura Masa, elle sent qu'elle perd le sens de son oeuvre. Alors elle fait un choix rare : tout recommencer. Une version entière de l'album est abandonnée. La suite se joue dans l'urgence. Avec Seth Evans (ex-black midi), elle enregistre en cinq jours aux RAK Studios, en live, avec son groupe. Le résultat est à l'opposé des productions calibrées : un disque brut, traversé de guitares grunge et de nappes shoegaze, quelque part entre Wolf Alice (son inspiration d'ado) et une scène londonienne plus abrasive.
Seulement, Squish n'est pas qu'un virage sonore. C'est surtout un album sur ce que Gretel appelle « a dangerous new world of girlhood ». Un territoire instable, où désir, jalousie et violence coexistent. Sur The Perfect Body, elle évoque frontalement ses troubles alimentaires et les injonctions contradictoires faites aux femmes. Ailleurs, elle capture l'énergie chaotique de la jeunesse (Nervous Driver, Drunk On The Ballroom Floor) ou laisse apparaître une tendresse plus planante (Maybelline, Laurali).
Côté paysage sonore, parfois on se perd dans les landes des soeurs Brontë, sa voix similaire à Nico époque These Days sur Squish Body, puis sur une plage californienne sur Pick Your Heart Up pour
finir dans une cave Londonienne sur Maybelline.
En refusant les formes trop lisses, en choisissant de suivre son instinct, Gretel signe un premier album à la fois fragile et radical. Un disque qui tient presque du miracle — comme cet enregistrement de Unbloom, capturé lors d'une panne de courant qui a plongé Londres dans le noir... sauf le studio où
elle enregistrait.