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Eaves Wilder

Little Miss Sunshine

Eaves Wilder - Little Miss Sunshine
Chronique Album
Date de sortie : 17.04.2026
Label : Secretly Canadian
35
Publié par Jérémi Desplas, le 16 avril 2026
Dans le film Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valérie Faris, c'est en essayant de réaliser les rêves un peu naïfs d'une petite fille que la plupart des personnages découvrent que leurs propres envies et discours sont largement du « bullshit ». Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences, et dans le cas du premier album du même nom d'Eaves Wilder, ne pas s'arrêter à la voix fluette qui constitue l'élément le plus audible mais auquel il ne faut pas s'arrêter.

En effet, même en étant largement inégal, cet album sorti sur Secretly Canadian et qui revendique les influences de Wolf Alice, Mannequin Pussy et CMAT laisse transparaître une sincérité et une justesse d'interprétation qui nous renvoient avec pertinence nos propres angoisses passées ou présentes. Assez logique pour une artiste qui a fait ses débuts en enregistrant ses premières chansons à seize ans pendant le confinement, ce qui, de manière distendue, a pu contribuer à influencer ce premier album sur lequel il est temps de se pencher de plus près.

Hurricane Girl lance l'album autour d'un combo piano-guitare sèche en plein dans la bedroom pop, avant d'envoyer des riffs saturés et de réverbérer la voix pour apporter le piquant du morceau. L'ensemble n'est pas follement original mais la chanson se déroule avec suffisamment de conviction pour basculer du bon côté. A contrario, Just Say No! frise le mauvais goût d'entrée avec un riff de guitare que l'on croirait sorti d'un album de Van Halen. C'est suffisamment dilué pour servir le propos avec un son spécial plutôt que pour en faire le centre du morceau mais l'ensemble n'en est pas transcendant pour autant : match nul, on remet les compteurs à zéro pour la suite. Everybody Talks est la chanson la plus convaincante de l'album, à la fois dynamique et avec un côté dream pop, ce qui donne de bons résultats. La chanson dévoile le meilleur d'elle-même sur les refrains qui semblent répéter une profonde amertume sans sacrifier son propre enthousiasme. On regrettera en revanche le solo de guitare à l'ancienne qui ne fonctionne pas forcément très bien. C'est déjà le troisième morceau sur trois où l'on remarque ce défaut, et ce sera de nouveau le cas par la suite. Il est assez frustrant que les meilleurs et nécessaires crescendos qui font le sel de l'album ne s'accompagnent que de cette manière, ni très originale, ni très adaptée au contexte.

Mountain Sized tombe également dans ce schéma, mais c'est néanmoins une chanson pop assez accrocheuse et touchante sur la détresse de la jeunesse, ses rêves et angoisses pour l'avenir. The Great Plains continue sur cette lancée, sans guitare saturée et passant du piano à la guitare sèche pour chanter le besoin d'évasion, et ce avec une sincérité désarmante. English Tea retombe dans la dream pop voire un léger shoegaze, pour écrire sur tout en partant de petits riens. Malgré tout, après une première moitié d'album accrocheuse, la deuxième commence à s'essouffler : on sent que les morceaux s'étalent en longueur, ou bien tentent de surprendre avec des effets peu convaincants. Ropeburn quitte l'intimiste pour des effets de pop trop rôdés : on sent qu'une production lourde aurait vite fait d'envoyer la chanson sur un terrain sacrément glissant, heureusement une instrumentation modeste et une fin honorable maintiennent le morceau à flot.

La fin de l'album commence à constituer le creux de la vague, LA étant appréciable mais sans arriver à décoller, et Daisy Chain Reaction, bien qu'efficace, partant un peu dans tous les sens. Heureusement, la conclusion Summer Rolls est un des sommets du disque, avec une progression bien menée où tous les instruments se combinent parfaitement et aboutissent aux grandes envolées finales où le potentiel se révèle pleinement. Dommage qu'il ait fallu l'attendre autant.

L'écoute s'achève en laissant des sentiments contradictoires : admiration pour l'expression sans filtre et déterminée dont fait preuve Eaves Wilder, agacement pour certains choix peu optimaux, frustration envers une instrumentation un peu simpliste, tout en reconnaissant qu'elle permet de maintenir la proximité qui fait le charme de l'album... Toutefois, quitte à en tirer une leçon, on pourra en prendre une similaire à celle du film du même nom : l'important n'est pas la consécration, mais l'accomplissement de soi que l'on trouve en essayant d'aller la chercher.
tracklisting
    01. Hurricane Girl
  • 02. Just Say No!
  • 03. Everybody Talks
  • 04. Mountain Sized
  • 05. The Great Plains
  • 06. English Tea
  • 07. Ropeburn
  • 08. LA
  • 09. Daisy Chain Reaction
  • 10. Summer Rolls
titres conseillés
    Everybody Talks, The Great Plains, Summer Rolls
notes des lecteurs
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