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The Loft

Badges

The Loft - Badges
Chronique Album
Date de sortie : 08.05.2026
Label : Tapete Records
4
Publié par Quentin Perriault, le 4 mai 2026
The Loft sont définitivement de retour ! Vous savez, ce groupe qui a seulement sorti une poignée de singles marquants avant de se séparer en plein concert puis de se reformer en 2025 ? Celui à l'esthétique plus-cool-tu-meurs, aux chansons indie-pop et à l'ambition mesurée... Ah, là, vous ne l'avez plus.

Il faut dire qu'il n'y a rien d'évident dans cette histoire : un an après leur premier album Everything Changes, Everything Stays The Same, lui-même quatre décennies après leur séparation, The Loft reviennent avec Badges, qui s'avère encore plus dépouillé que le précédent. Ici, ce sont l'efficacité et l'immédiateté qui priment : sur dix morceaux, la moitié dure moins de trois minutes et aucun ne sort du schéma couplet / refrain / couplet / refrain / solo / refrain. On ne s'apprête clairement pas à plonger dans de multiples couches de pédales d'effet complexes et le twang caractéristique des guitares branchées quasiment en direct dans l'ampli résonne à chaque coup de médiator. L'aspect DIY de leurs débuts se ressent également grâce à des prises que l'on imagine live, une note allant faire un petit tour sur la frette d'à côté dès l'intro de la première piste. Celle-ci, Happenstance, pourrait être le remaster d'une chanson oubliée de Buddy Holly. Difficile de croire que la charmante voix juvénile aux accents rock-antique qui surnage le combo double guitare-basse-batterie soit celle d'un musicien de soixante-cinq ans.

Le second titre, Sad Comedian, raconte la chute d'un acteur : « We all know that joke's not funny but he's gonna tell it over again (...) He's not happy with the love and the glory, he's not happy, you know the story ». Un peu plus loin, sur Ex-Lovers And Long Lost Brothers, Pete Astor chante « The years don't care about our faces, don't care about our names / The years are there every single day as we slowly fade away ». Certes, les gens vieillissent et traversent diverses périodes dans leur vie, mais la musique reste. C'est toujours une question qui se pose à la sortie d'un album, quel qu'il soit : faut-il le prendre dans le contexte de son année de sortie, ou pas ? Est-ce qu'un album tourné vers le passé ne parle pas tout autant de l'époque dans laquelle il est créé ? Finalement, que l'album ait été conçu en 2026 ou qu'il s'agisse d'enregistrements oubliés des années 80, Badges est ce qu'il faut d'intemporel, c'est-à-dire fait sans calcul, avec ce flegme anglais détaché qui finit toujours par séduire.

À l'arrivée, le dépouillement et l'évidence dès la première écoute des morceaux (1955, Campervan, Beautiful Problem) ne les empêchent pas d'être accrocheurs, et leur charme indéniable apporte même un certain réconfort. Car à défaut d'être originaux, ils sont écrits avec soin. La production indie voire lo-fi n'a pas l'ambition d'en faire des oeuvres, juste des chansons honnêtes aux mélodies agréables, faites à la main. Du pur pop-rock à l'os, efficace plus qu'il n'est simple et dont la production qui respire a le grand bénéfice de ne pas fatiguer l'oreille.

Quelques chansons apportent une légère tension par un contraste de tons et des teintes plus mélancoliques, à l'image de Goodbye Saturday Night, dont le titre est répété tout du long, comme une pensée obsédante portée par une guitare plus libre et un chorus caressant une ambition plus épique. Ou encore Junk Shop et sa mélodie au spleen assumé, se développant principalement autour de trois notes répétées. Rob Rides The Sunset conclut les dix pistes sur une balade toujours sans surprise majeure, mais agréable, que l'on pourrait croire inspirée par The Coral ou The Kooks. C'est le coeur passionnant de l'entreprise, les gros groupes à guitares british qui viennent le plus facilement en tête tout au long de l'écoute de Badges sont tous postérieurs à la première existence de The Loft : The Libertines, Franz Ferdinand, The Vaccines, Maxïmo Park...

Faut-il en conclure que sans The Loft 1982, pas de The Loft 2026 ? Ou est-ce que The Loft 2026, c'est The Loft 1982 ? Ne vous attendez donc pas à être surpris ou dérouté. Mais, contrairement à d'autres reformations plus bruyantes, chaque piste suinte le plaisir de jouer ensemble des chansons pures. Ce qui, parfois, est largement suffisant. Le bénéfice intemporel du rock qui ne se prend pas la tête.
tracklisting
    01. HAPPENSTANCE
  • 02. SAD COMEDIAN
  • 03. CAMPERVAN
  • 04. 1955
  • 05. BEAUTIFUL PROBLEM
  • 06. EX-LOVERS AND LONG LOST BROTHERS
  • 07. GOODBYE SATURDAY NIGHT
  • 08. C'MON LET'S HEAR IT FOR NOW
  • 09. JUNK SHOP
  • 10. ROB RIDES THE SUNSET
titres conseillés
    Campervan, Ex-Lovers And Long Lost Brothers, Junk Shop
notes des lecteurs
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