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CQ Wrestling

Resistance

CQ Wrestling - Resistance
Chronique Album
Date de sortie : 22.05.2026
Label : Truth Records
35
Publié par François-Xavier Espiau, le 22 mai 2026
S'il est vrai que les modes musicales vont et viennent, certaines sont plus tenaces que d'autres et tiennent le haut du pavé depuis plusieurs décennies. La déflagration planétaire du grunge des années 90, avec en tête de pont Nirvana (et les puristes auront raison de dire que ce n'est pas juste), a laissé des traces durables. En effet, l'arbre a bien caché une forêt très dense, tant pléthore de groupes ont occupé et investi massivement ce nouvel espace. Le shoegaze a malgré tout réussi le double tour de force d'exister réellement, à part entière, en tant que style musical, durant cette courte période autour des années 90/95, avec des groupes emblématiques (My Bloody Valentine, Slowdive ou Ride pour ne citer qu'eux) mais aussi, à durer, en restant fidèle à ce son bruitiste si particulier. Aujourd'hui, les groupes de post-punk et de « shoegaze revival » ne peuvent nier ces héritages qui ont façonné le goût des guitares saturées, remplies de fuzz, au tempo ralenti et aux voix évaporées.

C'est bien cette première impression qui s'impose à l'écoute du nouvel et second album des anglais de CQ Wrestling : nous revoilà projetés en 1995. Mais à la différence de ces années de désillusions portées par Kevin Shield et consorts, les textes des deux amis Charlie Woods et Jake Mac sont plus engagés et, malgré la dénonciation de la noirceur du monde, il reste une note d'espoir à la fin. Coûte que coûte.

Le parcours du duo, des bancs de l'école jusqu'à Glastonbury, a tout du rêve du musicien anglais. Encensé par la presse, signé par un gros label, engrangeant tournée sur tournée, CQ Wrestling ont vu petit à petit leur objectif leur échapper, à en perdre le contrôle. Le décès brutal du père de Jake Mac a été un détonateur émotionnel et artistique, malgré lui : un retour aux sources, à la liberté créatrice retrouvée, mais plus sombre aussi. Avec une conscience plus affûtée sur le monde qui se délite partout et un regard terriblement réaliste et désabusé de la politique, la dérive vers un shoegaze d'un nouveau genre s'est orchestrée naturellement.

La pochette de nouvel opus donne le ton : de la couleur claquante sur un fond gris et triste. L'allégorie flagrante d'un monde qui s'enfonce toujours un peu plus dans la violence sous toutes ses formes mais aussi avec des havres de paix et des endroits lumineux ouverts vers les autres. On pourrait y voir une forme de représentation quasi mystique du shoegaze rien qu'avec cet artwork. Les premiers morceaux du disque sont très bien faits, les lascars savent y faire : guitares saturées, voix trainante, faussement mélancolique, mais avec la touche de modernité qui a fait la signature de shame ou IDLES. Le riff aigu court, percutant, simple et bien en avant. Ça fonctionne, indéniablement, mais, car il y a un mais, tout ceci a déjà été entendu : de Placebo (le riff de Health+) à Deftones en passant par Soundgarden.

C'est finalement au milieu de l'album que vient la première étincelle : Finish Line semble s'etre frayé une chemin entre un album de Mogwai et de Ride. La seconde et malheureusement dernière, sera Forgive & Regret, titre très Morrissey, qui se fait plus calme et laisse au chanteur d'amener sa voix devant sans s'égosiller. Une guitare acoustique bienvenue vient clore le morceau, apportant un peu de répit et de douceur (relative). Plus tard, Guns In Their Hands commence de façon intéressante, comme un titre de Fontaines D.C., avant de faire le grand écart avec du Mudhoney, mais ne convainc pas franchement, à l'instar de l'album.

La production est de qualité, tout s'équilibre bien et les guitares ont bien évidemment la meilleure place dans cet édifice. Le chant est peut-être le talon d'Achille : les envolées sont trop plaintives, quelque peu rocailleuses et cela dessert parfois l'ensemble. Au final, très référencé et efficace, difficile de lui trouver une place tant ce disque est chargé, avec beaucoup d'effets de style. Une forme de générosité probablement, mais dont on en sort un peu fatigué. Il aurait fallu peut-être clôturer par Finish Lane qui rattrape le reste de l'album, pour rester sur une note réellement positive.

Rien de très nouveau sous le soleil donc, mais à l'instar de la pochette : de la couleur dans un monde gris pour annoncer l'été, longboard on Venice Beach, cheveux aux vents, Santa Cruz sous les Vans... Difficile de ne pas aimer cet album si l'on est amateur de shoegaze, avec cependant un sentiment paradoxal : à la limite du trop plein et du déjà vu, mais on écoute jusqu'au bout, happé, car, finalement on a toujours vingt ans.
tracklisting
    01. Pacifico
  • 02. Innocence
  • 03. Smoke Screen
  • 04. Shine Not Burn (Under The Sun)
  • 05. Health+
  • 06. Finish Line
  • 07. Catherine Wheels
  • 08. Forgive & Regret
  • 09. All Change
  • 10. Guns In Their Hands
  • 11. Soft Top
titres conseillés
    Shine Not Burn (Under The Sun) - Finish Line - Forgive & Regret
notes des lecteurs
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