Chronique Album
Date de sortie : 05.06.2026
Label : AWAL
Publié par
Adonis Didier, le 11 juin 2026
Un grand homme a dit un jour : « si la deuxième meilleure chanson d'un album c'est celle qui ressemble à du Phil Collins, c'est probablement mauvais signe ! ». D'un concours de chant à l'école jusqu'à la première partie de Sting dans des arenas, l'histoire de Dea Matrona est une ligne courbe. Un trait tiré au crayon depuis Belfast à travers toutes les grandes figures du rock mainstream des années 70s et 80s, avec au bout de la feuille ce deuxième album intitulé Hate That I Care. Deux ans après For Your Sins, belle surprise funky, glam et rock qui datait autant de 2024 que de 1973, le duo Orláith Forsythe et Mollie McGinn revient capitaliser sur ce succès avec un deuxième effort radicalement plus orienté vers les radios et les stades.
Au revoir le fuzz et la teinte crado qui parsemait l'album aux péchés, la production est lissée à la mort, l'écriture aussi, et comme moins et moins en musique ne fait pas plus, le tout ne rend pas mieux qu'une version aseptisée de tous vos titres rocks préférés du siècle dernier. Synthèse de ce constat, l'éponyme Hate That I Care ouvre sans choisir entre la ballade emo et la pop-rock de papa, et en musique comme dans la vie, hésiter c'est mourir. Le piano passe devant les guitares sans trop savoir ce qu'il fait là, rien n'accroche l'oreille, le refrain reste involontairement dans la tête, et c'est étonnamment la « Philcollinsesque » My Own Party qui va le mieux s'en sortir dans ce marasme RTL2. Une chanson ultra-pop et ultra-assumée qui va au bout de son intention et qui n'a pas l'air de vivre le cul entre deux chaises, profitez en, ça n'arrivera pas souvent aujourd'hui.
On continue avec A Rebel Song, du blues-rock acoustico-électrique égaré dans la pampa d'un remake de Django, on pousse les portes d'un saloon et on se casse la gueule dans Aisling, de la goth-wave qui s'embourbe dans un refrain pop sans âme et sans punch, et alors qu'on perd doucement espoir, John Doe tend une main héroïque au bord de la falaise et rattrape ce qui peut l'être. Les guitares crachent enfin leurs poumons, des souvenirs de For Your Sins ressurgissent, on se rappelle ce qu'on trouvait au projet Dea Matrona et le pourquoi du comment on a accepté de parler de ce disque, et c'est les yeux dans les yeux et sous la pluie que l'on implore l'album d'un air de chien battu : ne me donne pas d'espoir !
Un espoir qui, on s'en doutait, ira un peu nulle part. Wait poursuit de manière d'autant plus terrible que la chanson emprunte à Alice In Chains et Soundgarden, le tourment et la crasse remplacés par une guitare Chérie FM et un fond de baignoire un peu sale. Un pastiche radio friendly qui s'écoute correctement mais qui visera la ménagère ou le TikTok kid effrayé par le grunge plus que le ou la fan de rock, à l'image de Magic Spell et Siren Song. Un petit couple taillé pour les grands espaces, qui se paie carrément le luxe de faire du Last Dinner Party mainstream, parce que oui, à côté de Dea Matrona, The Last Dinner Party c'est Iron Maiden.
Enfin, on passera sous silence Summer Rain et Told U I'm Strange, avec l'avantage que les chansons s'oublient d'elles-mêmes, pour piler directement devant une conclusion peu réjouissante : à une époque où le rock revient enfin à la mode, Dea Matrona prennent la tangente et entament un virage pop pas tout à fait assumé qui nous laisse sur le bord de la route, le pouce en l'air en attendant que passe le tour bus de Florence Road. Et franchement, tant mieux pour Orláith et Millie si ça marche pour elles. Dans cette économie on ne blâmera personne de vouloir jouer dans des stades et empocher la moula, mais on ne passera pas sous silence que certains le font mieux que d'autres.
Dea Matrona, toujours so damn dangerous, plus pour les oreilles que pour le cœur désormais.