Chronique Album
Date de sortie : 19.06.2026
Label : V2 Records
Publié par
Bertrand Corbaton, le 17 juin 2026
Nous avions quitté les Londono-Néo-Zélandais de The Veils quelques mois plus tôt, après la sortie de Asphodels. Cet album s'inscrivait dans la lignée de ...And Out of the Void Came Love et confirmait la direction prise par le groupe de Finn Andrews : rompre, à plusieurs égards, avec les dix premières années de son existence. Il faut dire que les dernières années illustrent un besoin d'épurer le style, une recherche du simple sans sacrifier la beauté ou l'émotion si caractérise de l'écriture de Andrews.
Ceux qui attendaient un retour aux sources en seront pour leur frais, et il ne sera pas question d'attendre quelque chose de leur nouvel album Fragile World qui puisse rappeler l'approche de Swimming With Crocodiles sur Total Depravity, et encore moins de la puissance de Lavinia sur The Runaway Found. Vous pensez ici à un groupe qui n'existe plus vraiment et qui navigue désormais sur d'autres mers.
En revanche, Fragile World pioche à différents instants dans le passé récent du groupe. Ainsi, sur New Day nouvelle mouture vous rappelleront quelque chose de familier. Tout cela va devenir de plus en plus évident au fil du temps, le voyage à travers Fragile World s'inscrit dans une continuité de ce que vous aviez entendu sur Asphodels.
Si le piano sur High Hopes ou Are You Awake Tonight est se fait parfois plus discret laissant la place aux nappes vaporeuses et à quelques accords de guitares acoustiques, The Veils se sont engagés sur un chemin dont ils peinent, ou ne semblent pas vouloir, s'écarter.
Alors bien sûr tout ceci est très beau, il se dégage une sérénité engageante du duveteux My Foolish Heart, ou de Aurora, et le talent de composition de Finn Andrews ne peut être mis en défaut. Pourtant, quelque chose ne tourne pas rond, et on se sent assez vite à l'étroit dans ce monde, certes fragile mais parfois à quelques égards assez ennuyeux. On voudrait débroussailler ces hautes herbes pour pousser la balade dans cette forêt, ou souhaiterait sauter de cette falaise pour s'envoler par-delà les nuages, mais la sensation de rester enfermer dans de jolies petites pièces trop bien décorées est latente et fatigue rapidement.
Tout cela sonne bien trop propre, et malgré de petits instants clairs obscurs emplis de beauté comme sur le final These Are The Days et In This Heart, l'ensemble manque de surprise et semble bien trop évident pour réellement nous arracher à notre ennui.
Depuis plusieurs albums, The Veils mettent leur talent d'écriture au service de petites scénettes qui tournent en rond, et le besoin de se renouveler souvent avancé par Sophia Burns saute de moins en yeux. Le problème est qu'en dépit de tout son talent, il n'est pas possible d'écrire à chaque tentative un morceau comme The Ladder. Toute l'émotion qui ressort de Fragile World n'y fera rien, The Veils paraissent être en boucle, abusant de ressorts émotionnels de plus en plus prévisibles et éculés, au point que le risque de devenir une caricature guette dangereusement le groupe. L'idée de s'accrocher à un fil conducteur peut se comprendre, néanmoins, il est peut-être temps de passer à autre chose.