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Hard-Fi

Sweating Someone Else's Fever

Hard-Fi - Sweating Someone Else's Fever
Chronique Album
Date de sortie : 19.06.2026
Label : V2 Records
35
Publié par Quentin Perriault, le 18 juin 2026
Le retour, quinze ans après un troisième effort cruellement creux (pour ne pas dire catastrophiquement raté), qui sonnait comme un groupe n'ayant déjà plus rien à dire, avait déjà de quoi faire lever un sourcil. Mais que Hard-Fi reviennent en plus avec un album dont la pochette représente un moustique aspirant le sang d'une peau innocente a clairement de quoi faire lever l'autre. C'est donc les yeux bien ouverts, mais les oreilles partiellement inquiètes, que l'on lance l'écoute, sur le premier single dévoilé.

They Ain't Your Friends ouvre donc les hostilités sur les chapeaux de roue : voix en choeurs typiques des succès du groupe, batterie syncopée, ligne du titre répétée toutes les quatre mesures, touche électro discrète, jeu de ping-pong Clashien entre la basse et la guitare, paroles directes et désabusées, avec une légère patine de boomer mais conscientes d'elles-mêmes (« Fake friends on Facebook / fake friends on your phone (...) I know, I know this should come as no surprise / but it's hard to see sometimes ») débitées avec un accent et un grain de voix immédiatement reconnaissable. Une entrée en matière énergique, brouillonne juste comme il faut, avec son petit synthé au tremolo désuet en deuxième partie de chanson, comme rajouté par peur de ne pas en faire trop.

Jusqu'ici, plutôt une bonne surprise, mais le véritable (et unique) coup de théâtre stylistique vient de la chanson suivante, Digo Nada, que nous vous laissons découvrir ci-dessous :


L'album sonne exactement comme la compilation rock.mp3 d'un collégien des années 2000 aux goûts pas encore tout à fait assurés : les Killers enchainant sur Manu Chao (oui, c'est un petit divulgachage du paragraphe précédent), un riff electro un peu bas de gamme, une ballade au piano pour montrer qu'on est aussi un romantique sensible, une chanson des Clash parce qu'on connait ses classiques, une piste avec du saxophone parce que c'est l'instrument préféré d'un grand de la famille qu'on admire, etc. Redécouvrir ce CD gravé en 2026 nous amuserait, jugeant l'ensemble ampoulé, fatiguant, pompier ou agaçant. Et pourtant, il appelle une envie, un plaisir palpable d'essayer, de s'amuser, de découvrir, avant que la vie d'adulte nous assène de ses dictats assassins sur le besoin de rester à sa place, de ne surtout pas déborder. Jusqu'à se rendre compte que, finalement, cet âge où tout est possible qui semblait acquis comme étant derrière nous pourrait très bien se fondre dans ce que l'on est devenu.


S'enchainent donc des chansons aux riffs et mélodies immédiates (Humpback Whale, Always and Forever), à la structure et aux arrangements plus tordus et riches que ce qu'elles voudraient bien nous faire croire (A Rose Electric et les contre-mélodies R'nB / Gospel de Krysten Cummings), malgré l'ajout quasi systématique de sons vaguement ringards à mi-parcours. La science de la mélodie accrocheuse et du refrain immédiat de Richard Archer est elle toujours bien présente.
Alors que l'album affiche rapidement les couleurs de sa culture, le groupe a le mérite de digérer ses influences et de les faire passer à travers son propre filtre. L'inquiétude qui peut ressortir des paroles (Looking For Fun, avec son riff tranchant, questionne justement la disparition du plaisir dans tous les domaines... tel un moustique contaminant le sang qu'il vient d'aspirer (ça y est, vous pouvez relâcher votre sourcil).

Certes, ce n'est pas la renaissance du phoenix que personne n'attendait, reste qu'il a le mérite de tenter lui-même de relancer un feu au milieu de ses propres cendres embarrassantes avec un album à l'urgence et l'énergie indiscutables. Si on ne peut donc leur enlever une véritable soif musicale et un retour loin d'être paresseux ; la créativité pas tout à fait canalisée couplée aux débordements dépareillés qui en feront le charme pour certains (l'auteur de cette chronique) risquent d'être d'un terrifiant mauvais goût pour d'autres.
tracklisting
    01. THEY AIN'T YOUR FRIENDS
  • 02. DIGO NADA (FEAT. MIKE KALLE)
  • 03. YOU RULE MY HEART (WHEN THE SUMMER'S GONE)
  • 04. HUMPBACK WHALE
  • 05. LOOKING FOR FUN
  • 06. A ROSE ELECTRIC (FEAT. KRYSTEN CUMMINGS)
  • 07. ALWAYS AND FOREVER
  • 08. ARISE
  • 09. AIN'T GOING OUT TONIGHT (FEAT. KRYSTEN CUMMINGS)
  • 10. NOW AND THEN
  • 11. DON'T GO MAKING PLANS
titres conseillés
    They Ain't Your Friends, Looking For Fun, A Rose Electric
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notes des rédacteurs
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