Pour leur cinquième album, Temples décident de pousser les murs, quitte à faire vaciller quelques dogmes. Leur précédent disque, Exotico, produit par Sean Ono Lennon, n'a pas eu le succès critique ou commercial attendu, et c'était le signe pour eux qu'il fallait revoir leur manière de composer, et même d'enregistrer. A ce stade de leur carrière, ils refusent de sortir deux fois le même album et cherchent encore à se dépasser, ce dont on leur est gré. Alors après un changement de label, c'est leur manière d'écrire qu'ils ont donc revue. Exit les producteurs, le groupe fait tout lui-même et ajoute une grosse touche d'électro et de pop à leur musique qui passe du psychédélisme 70s à un son plus dancefloor des années 90s.
Là où certains groupes à guitares apportent des machines comme une solution à une panne d'inspiration, dans le cas de Temples, cela sonne comme une démarche consciente et naturelle. On retrouve leurs gimmicks habituels, mais auxquels s'ajoutent une dimension dansante, et un usage plus pop de la voix. Les guitares sont toujours bien présentes, et elles s'invitent même dans les samples, mais c'est la batterie prend des tempos beaucoup plus enlevés et funky avec la basse.
Jetstream, sorti en début d'année, avait déjà donné une première indication sur leur nouvelle orientation. Mais Revelations apparaît comme une vraie surprise avec des samples de chants Grégoriens en introduction et une évolution qui rappellent les Pet Shop Boys ! Passé le choc, le morceau est très bon, et se trouve dans le meilleur des deux mondes, celui de musiciens qui savent ce qu'ils font, mais avec la fraîcheur et la spontanéité d'un groupe qui a trouvé son premier tube.
Au fil des morceaux, une évidence s'impose : leur musique est devenue très accrocheuse sans tomber dans les recettes racoleuses grâce à un gros travail de composition et d'arrangements tant sur le chan et la rythmique que les mélodies. Et même s'il y a toujours une certaine mélancolie qui s'échappe de leurs chansons (Blue Flame, Jaguar), c'est plutôt une nostalgie à la New Order que des idées sombres et morbides à la Massive Attack.
Avec Bliss, Temples réussissent un album ambitieux qui donne un nouveau départ à leur discographie sans renier leur style. Je suis maintenant curieux de voir comment ils les transposeront sur scène et l'influence que cela aura sur l'interprétation de leurs classiques.