Chronique Album
Date de sortie : 10.07.2026
Label : Ninja Tune
Publié par
Jérémi Desplas, le 7 juillet 2026
Premier album du trio londonien Ebbb, Shallow Hits se veut comme l'aboutissement d'un groupe électro-pop qui a déjà suscité l'enthousiasme de la critique avec plusieurs singles et des concerts avant-gardistes mélangeant la musique à des projections vidéo sur une grande toile derrière laquelle les membres du groupe étaient cachés. L'enthousiasme est donc de mise pour un espoir important de l'année. Malheureusement, force est de constater que cet album ne tient qu'à moitié ses grandes promesses.
N'y allons pas par quatre chemins : Shallow Hits contient au moins un morceau vraiment bon, à savoir Side On, qui réussit à mélanger un beat complexe évoquant Aphex Twin avec une construction inspirée, où chant, chœurs et synthés se mélangent impeccablement. Les paroles, sur des rêves brisés et des attentes déçues, sont parfaites pour nous maintenir en haleine. Le morceau-titre vaut également le détour, avec sa rythmique toujours inspirée et sa structure à tiroirs. Bien que sonnant assez nettement pop, le morceau est très convaincant, bien construit, et efficace sans céder à la facilité, comme MGMT peuvent réussir à le faire (avec des sonorités différentes). Cet enchaînement est excellent, et un album entier à ce niveau aurait été une grande réussite qui aurait très bien porté son nom.
Néanmoins, ces éclaircies remarquables qui érigent légitimement Ebbb au rang d'espoir surnagent au milieu d'un album que guette le spectre du remplissage. C'est particulièrement audible sur le début et, dans une moindre mesure, sur la fin : les morceaux laissent entendre un savoir-faire réel, chacun étant construit autour d'une instrumentation ayant sa propre ambiance, mais ils manquent souvent d'une consistance émotionnelle plus affirmée, et a fortiori, sont trop souvent enveloppés de textures sonnant trop parfaites, trop artificielles pour vraiment nous emporter.
Prenons par exemple Remedy, qui vient juste après les deux meilleurs morceaux : son rythme downtempo pourrait être intéressant, surtout avec les coupures à la guitare, mais manque cruellement d'une étincelle ou d'un élan qui le feraient sonner comme autre chose qu'une méditation sans souffle sur sa capacité d'attention qui s'étiole. Les quatre premiers morceaux de l'album sont, et ce n'est pas idéal, les plus faibles, avec les différentes phases des chansons qui n'ont pas grand-chose à voir les unes avec les autres et des voix traitées au vocoder qui, sans être pénibles, ne sont pas utilisées de la façon la plus intéressante qui soit.
Pourtant, il y a bien des passages où certaines sonorités sont suffisamment originales pour faire tendre l'oreille, comme sur Now You Know ou Pander. La fin de l'album poursuit cet effort, mais sans parvenir à le transcender. Les cordes sur You've Got Me Where You Want Me évoquent The Divine Comedy et tous les descendants musicaux de Scott Walker, mais n'arriveraient que difficilement à se hisser au niveau d'une chute de studio d'un de ces artistes. Moving On et Youth parviennent à revenir à un meilleur niveau avec plus de dynamique, ce qui rééquilibre quelque peu l'album.
Une frustration ressort de l'écoute de Shallow Hits : la musique en elle-même est remarquablement bien construite, mélangeant divers instruments et influences, le tout en étant suffisamment éclairci pour laisser à entendre de nombreux détails. Malheureusement, un album est plus qu'un accompagnement musical, et le manque de chaleur perceptible sur une moitié de l'écoute donnent inexplicablement l'impression que des morceaux, pourtant aboutis, sont comme des brouillons, auxquels il faudrait rajouter un ingrédient discret mais si essentiel pour les achever.