Le trio de Bristol sort son premier album après deux EPs qui leur ont permis d'affiner leur style. Ils font du punk un peu bourrin, tout en construisant leurs morceaux de manière assez subtile avec des changements de rythmes, des phrases mélodiques qui se répondent, tout ça avec juste une basse, une batterie et une guitare.
À chacune de leurs sorties, MOULD ont un peu plus canalisé leur fougue, sans rien concéder à l'écriture. Pour l'album on entend qu'ils ont voulu bien faire les choses, comme partir enregistrer à Londres avec un producteur de L.A., Sean Oakley (Georgia, La Roux, Sorry). Mais on n'entend pas assez la musique et un peu trop ce son californien qui les entraîne vers le pseudo punk des années 90s davantage taillé pour MTV que pour une quelconque conscience politique ou existentielle.
Dès Misanthrope, le morceau d'ouverture, le groupe veut tout donner, et on y entend de belles choses dans l'intro, ou la reprise après le pont, mais aussi des choses un peu plus banales comme le traitement de la voix. La tension retombe rapidement sur Float, sur lequel le groupe choisit la facilité et suit les règles canoniques du punk. Pour nous déboussoler définitivement, Emotive Language commence comme du jazz fusion, accélère vers du punk, break sur des hurlements métal, et finit dans des chœurs de gros rock de festival. Tapes va taper dans le grunge des années 90s...
MOULD sont donc à l'aise dans beaucoup de styles, mais la formation aurait sans doute gagné à peaufiner leur propre son. Dans le rock, les groupes qui veulent se démarquer, et sortir de leur cave, doivent miser sur l'originalité de leur son ou l'efficacité de leurs mélodies. Autant on peut miser sur le plaisir qu'on prend à faire quelque chose, mais parier sur le génie ne suffit pas.
Ce mélange d'espoir et de cynisme laisse un goût amer qui est peut-être voulu, on pourrait traduire le nom de leur album par "L'Espoir Fait Vivre", et les paroles de Falling Posture mêlent une résignation lucide et une fatigue existentielle ("When reinvention feels too late, Make the most of the scraps, Feed the imposter , We're gonna end up like, Everyone else, maybe that's fine". On voudrait que le groupe fasse un choix : celui de l'acceptation et de la frustration qui va avec (il y a un tas de grands albums nourris à ça), ou une forme d'espoir plus ou moins naïf.
Sur Humm, MOULD sont sur le point de trouver leur voie, avec un refrain cabossé et des couplets bien énervés, on en voudrait plus comme ça.