Chronique Album
Date de sortie : 10.07.2026
Label : Polydor
Publié par
Pierre-François Long, le 10 juillet 2026
Il y a trois ans, les Rolling Stones avaient publié Hackney Diamonds, qui aurait constitué une conclusion tout-à-fait honorable à leur pléthorique discographie. Et pourtant, les revoilà avec Foreign Tongues, album constitué de quatorze nouveaux titres enregistrés au gré de plusieurs sessions, et toujours sous la houlette du producteur Andrew Watt, qui avait déjà officié sur Hackney Diamonds, mais aussi sur la dernière livraison de Paul McCartney.
Premier constat sans avoir écouté aucune note : les Stones ont renoué avec deux défauts dont ils s'étaient pourtant débarrassés lors de leurs deux derniers disques studio, à savoir une pochette hideuse, et une durée (62 minutes) excessive. Foreign Tongues aurait été amputé de trois ou quatre titres, il ne s'en serait pas plus mal porté. Les Stones démarrent par un blues rugueux, Rough And Twisted, qu'on peut sans prendre de risque qualifier de morceau purement stonien. Ni meilleur, ni moins bon qu'un autre, mais pas désagréable. In The Stars, premier vrai single, porté par un refrain redoutablement efficace, fait parfaitement le job. On n'en dira pas autant du Jealous Lover qui suit : alors certes, Mick Jagger nous ressort son falsetto période Emotional Rescue, c'est rigolo, mais le morceau traîne quand même sérieusement la patte. Mr Charm mélange ensuite Star et Shattered de façon assez flagrante, et même si on ne peut évidemment pas reprocher à Mick Jagger, Keith Richards et Ronnie Wood de sonner comme les Stones, on est aussi en droit de se demander ce qu'apporte au final cet auto-recyclage.
Divine Intervention est en revanche une bonne surprise : titre très pêchu, enlevé, qui bénéficie de la participation – très discrète – de Robert Smith à la guitare. On valide. Ringing Hollow est la première ballade de service, assez sobre, rappelant par moments Far Away Eyes avec une tonalité assez country. C'est balisé mais efficace. Tiens, revoilà Robert Smith, cette fois aux chœurs – et donc nettement plus audible – sur Never Wanna Lose You. Quasi copie conforme de Mess It Up présente sur l'album précédent, mais Mick Jagger a beau en faire des caisses vocalement, le titre tourne très vite en rond. Heureusement, Hit Me In The Head, avec son tempo très speed, redonne un coup de fouet à l'album. Accessoirement, c'est le seul titre ici sur lequel on peut entendre le regretté Charlie Watts, et sa frappe sèche très au fond du temps reconnaissable immédiatement.
La première surprise du chef arrive ensuite, avec une reprise du You Know I'm No Good d'Amy Winehouse. Relecture assez fidèle, avec l'harmonica remplaçant les cuivres. Le groove est là, l'envie aussi, ça passe. La seconde surprise du chef débarque juste après, avec Some Of Us, le morceau de l'album chanté par Keith Richards. Alors même que ce mid-tempo ne révolutionne strictement rien, il y a une profonde nostalgie qui s'en dégage, et les Stones prouvent ainsi qu'ils sont encore capables, du haut de leur âge certain, d'écrire des morceaux susceptibles d'émouvoir leur auditoire. On n'en dira pas autant du Covered In You qui suit, titre totalement dénué d'intérêt, sonnant plus comme du Mick Jagger solo en pilotage automatique, ce qui fait beaucoup de défauts. Et ce n'est pas la présence d'un certain Paul McCartney qui vient éviter le plantage. A noter que la voix de Mick Jagger subit un traitement très curieux sur ce titre, étant parfois à peine reconnaissable. Side Effects relève un peu le niveau derrière, mais l'album marque clairement le pas sur cet enchaînement de titres.
Heureusement, les deux derniers morceaux sont de bonne facture. D'abord la longue (6 minutes et 13 secondes) Back In Your Life, qui déploie une montée en puissance savamment dosée et sur laquelle Ronnie Wood claque un solo comme on ne l'en croyait plus capable (encouragé par un « Come on, Ronnie ! » lâché par Mick Jagger). Ensuite, une petite reprise de Chuck Berry, Beautiful Delilah, qui vient en écho à Rolling Stone Blues, reprise de Muddy Waters, qui venait clôturer Hackney Diamonds. Les Stones, aidés ici par un autre Smith, en l'occurrence Chad, aux percussions, payent ainsi de nouveau leur tribut à une de leurs influences majeures, sans pathos et avec une sincérité qu'on ne peut leur contester.
Bilan des courses : un album à l'évidence trop long, mais qui contient malgré tout de bonnes choses, et qui ne sonne pas du tout comme un disque réalisé par des octogénaires. Foreign Tongues n'entame en rien la légende des Rolling Stones, mais il faut bien reconnaître qu'il ne lui apporte rien non plus.