Les multiples activités artistiques de Suki Waterhouse peuvent encore être des portes d'entrée à sa musique. Arrivée à son troisième album, elle nous a cependant largement prouvé qu'aucun contexte n'était nécessaire pour l'apprécier. Entrons donc directement dans ce qui nous intéresse ici : la musicienne.
Il faut imaginer une petite boîte de diapositives aux couleurs éclatantes. On ouvre d'abord le cache, puis on regarde chaque image de quelques centimètres et, déjà, elles racontent quelque chose. Quand, enfin, les images se projettent une à une sur la toile, surprise : elles bougent. Les détails se déploient tels de micro scénettes. Bienvenue dans Loveland.
Dès les multiples couches de synthés, d'orgues, de guitares et de harpes qui introduisent Back In Love, on est transporté dans une pop scintillante et troussée assez méticuleusement pour apparaître complètement intemporelle. La production est fine, pleine de détails qui bâtissent une humeur aux couleurs pastel. On passe d'une diapositive à l'autre, et si chacune nous projette dans un lieu différent, on reconnait bien la patte de l'autrice. Des ballades plus acoustiques Notting Hill et Seasons au pop-rock désinvolte de Jukebox ou Tiny Raisin, jusqu'au rock 90's de Puppy Dog Eyes, les compositions conservent leurs éclats scintillants. La voix de Suki Waterhouse, variée et en pleine maîtrise de son impact, s'amuse de nuances et d'effets, qui donnent corps à des chansons introspectives mais légères.
Sans grand « tube » ultra évident au premier abord, chaque chanson finit par devenir son propre petit tube grâce à ses mélodies catchy, sa patine légèrement rétro et ses couches scintillantes. Plus qu'un grand feu d'artifice balancé la poitrine bombée, la musicienne distille sans effort de petites odes pétillantes à la richesse musicale se dévoilant au fur et à mesure des écoutes. When I Get Drunk (I Want You Boy), sorte de slow-disco qui calme le rythme, en est un représentant évident : basse en slapping, cocotte de guitare et batterie minimaliste sur les couplets, le refrain ouvre le spectre sonore avec une réverbération et une instrumentation discrètement cinématographique à la retenue très appréciable car promettant de nombreux retours. Seules peut-être Morals et Loveland, les deux chansons précédant la belle Weirdo qui clôt l'album, commenceraient-elles à peine à expliquer une formule magique jusqu'ici intouchable. Mineures plus que désagréables, elles ont en plus le bon goût d'être courtes.
Bien que reposant sur des structures éprouvées, avec Loveland, Suki Waterhouse trouve un entre-deux confortable entre dream-pop lumineuse et pop-rock plus enlevée, qui lui permet de sculpter de petits hymnes intimistes à la portée aussi universelle qu'intemporelle. Ne perdez pas votre projecteur magique, vous risquez de ressortir régulièrement la boite à diapositives de ce territoire de l'amour...
tracklisting
01. BACK IN LOVE
02. ANY MAN
03. HAPPY WITH IT
04. NOTTING HILL
05. TEARDROPS
06. WHEN I GET DRUNK (I WANT YOU BOY)
07. JUKEBOX
08. SEASONS
09. TINY RAISIN
10. ALMOST
11. PUPPY DOG EYES
12. MORALS
13. LOVELAND
14. WEIRDO
titres conseillés
Happy With It, When I Get Drunk (I Want You Boy), Seasons