Everythingness d'atmos bloom ressemble à certaines amitiés. Après la description que l'on nous a fait de quelqu'un, lorsque vient la première rencontre, on croit tout comprendre de la personne que l'on a en face de nous. Elle semble en plus assez assurée pour ne pas avoir besoin de nous. Et puis, une remarque nous fait sourire. Une phrase nous surprend par sa profondeur, un choix lexical décale légèrement notre appréhension initiale, et une attitude bien plus chaleureuse qu'attendue finit par remettre en cause ce que l'on pensait savoir sur elle. Au fur et à mesure, on s'en approche, on participe, on en arrive même à être en demande d'interaction. Une fois l'album terminé pour la troisième fois, on pense ne plus pouvoir se passer de sa présence douce et réconfortante, de son regard en biais sur les choses et de ses sorties inattendues mais contrôlées.
Comme une partie de pellicule découpée dans un long flow de pensées et d'images de vacances, chaque chanson porte avec elle l'avant et l'après. Thorns ouvre avec un riff de guitare psychédélique nageant dans un chorus réverbéré, au-dessus d'une basse indiquant la tonalité. Puis une deuxième guitare rajoute une couche de voyage en même temps que l'arrivée de la batterie. Le tout mue trois fois, sans fard ni fanfare, avant l'arrivée de la voix. La musique se dépouille partiellement et une mélodie estivale s'installe, avant un pont en contre-pied, plus inquiet, rejoint par la voix et des cymbales discrètes qui transforment la chanson initiale… avant de retomber sur ses pieds.
Ce flux presque aquatique de micro changements, comme une météo changeant la même petite portion d'océan, est une constante dans tout l'album. Une écoute attentive sera récompensée par les multiples couches et l'inventivité constamment renouvelée des instruments. De l'océan, on garde également cet état de flottement où chaque vague apporte une hauteur et une énergie légèrement différente. Si les changements sont donc subtils, les instruments changeant assez peu (des guitares et pédales d'effets typiques du genre) et la voix encore moins, cela n'empêche pas le groupe/couple de passer du rêve cotonneux (Island et ses pads mouvants) à de la bedroom pop (Everything, plus direct, jusqu'à son pont effectuant un pas de côté), voire au psych-rock tendance shoegaze (Feel et ses guitares sur-saturées).
Chaque chanson se déploie et se resserre comme des respirations humaines. Waiting commence sur une batterie puis un arpège de guitare claire, avant l'arrivée d'une grosse couche de saturation. Trente secondes plus tard c'est une guitare acoustique qui a pris le relais et la saturation s'adoucit avec une nouvelle ligne mélodique plus douce. Et la chanson de prendre le chemin inverse pour finir sur l'arpège du départ soutenu par le mur saturé en fond. Seul élément ne bougeant presque pas, la voix de Tilda Gratton reste dans un certain confort de registre mesuré voire feutré. N'ayant pas une personnalité vocale extrêmement marquée (peut-être par choix stylistique), en dehors de Plain Sailing, plus ludique, elle utilise ces limites pour donner une cohérence à tout l'album et jouer sur les notes plus que sur les techniques vocales.
Finalement, on finit par moins écouter les chansons en attendant un passage précis ou pour savoir où elles vont que pour voir comment elles vivent. Les textures des guitares entrelacées aux mélodies vocales créent du vivant, comme le grain d'une pellicule passant sur les matières d'une image. Un album prouvant que doux n'est pas niais et que la créativité ne doit pas forcément sauter aux yeux pour charmer. Alors cet ami, même sans le savoir, c'est peut-être vous. Ce qui est sûr, c'est que si vous écoutez atmos bloom sans a priori, vous risquez de vous en faire un nouveau.