Après avoir livré avec son groupe The New Eves l’un des meilleurs premiers albums de 2025, Nina Winder-Lind aurait pu profiter de l’été pour souffler un peu mais c’était manifestement trop lui demander. La chanteuse, poétesse et multi-instrumentiste suédoise installée à Brighton publie donc Wild Love, un premier disque solo qui reprend la flamme du groupe en baissant légèrement la lumière. Ce qui devait être un simple EP réunissant quelques chansons écrites au fil de l’eau dans un tour bus ou chez elle a finalement pris la forme d’un album.
Cette escapade a donné naissance à un disque plus modeste et plus intime mais pas moins beau ni moins émouvant. Il possède le charme de ces œuvres nées sans autre ambition que celle de faire de la musique. Ces parenthèses créatives offrent à leurs auteurs une liberté retrouvée et touchent parfois plus juste que leurs projets les plus ambitieux. Cameron Winter en a récemment offert un bel exemple avec Heavy Metal, échappée solitaire aussi fragile que bouleversante, loin des constructions plus foisonnantes de Geese. Wild Love appartient à cette même famille d'œuvres qui semblent avancer sans calcul, simplement portées par le plaisir d'écrire et de jouer. On est souvent plus juste lorsqu'on cesse de vouloir l'être.
Nina résume elle-même parfaitement l'esprit du disque : « Au fond, l'essentiel, c'est que je suis en vie (...) Ce sont toutes des chansons d'amour, en réalité ». Mais Wild Love n'a rien d'une retraite contemplative. Derrière son dépouillement, la fougue de The New Eves demeure intacte. L'album explore l'expérience féminine, rend hommage aux « foremothers » et célèbre les filles dans une société patriarcale qui cherche encore à les enfermer, comme sur le splendide Girls.
Sur ces onze titres naviguant entre folk des années 70 et post-punk, les influences de Patti Smith, Lou Reed ou Nico affleurent sans jamais être dissimulées. Nina Winder-Lind ne cherche pas à les camoufler mais à leur rendre hommage. Elle parle leur langue plutôt qu'elle ne les imite. Les claviers de Songs For Drella traversent Girls, la fougue de Horses irrigue Headfirst, tandis que l'ombre de Transformer plane ici et là sur le disque. Loin de l'exercice de style, elle s'approprie cette grammaire pour mieux y injecter sa propre sensibilité, jusqu'à oser un final doo-wop aussi inattendu que réussi sur le poignant Love you so.
Wild Love ne pouvait pas se contenter d'être un EP tant chaque chanson semble appeler la suivante. Un disque libre, romantique et sauvage, comme une escapade d'été qui devait durer un week-end et dont on repousse sans cesse le retour.