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LA Priest

Into The Sky

LA Priest - Into The Sky
Chronique Album
Date de sortie : 28.08.2026
Label : Domino Records
4
Publié par Franck Narquin, le 24 août 2026
« We shall not cease from exploration, and the end of all our exploring will be to arrive where we started and know the place for the first time » - T. S. Eliot, Four Quartets

Vingt ans plus tard, Sam Eastgate retourne au club. À la fin des années 2000, il y passait ses nuits avec son groupe Late Of The Pier, météore de la nu rave dont l'unique album, Fantasy Black Channel, faisait danser guitares et synthétiseurs dans un même chaos fluorescent. Dans les salles voisines s'agitaient Klaxons ou New Young Pony Club, tandis qu'un jeune producteur allemand nommé Alex Ridha faisait parler les machines sous le nom de Boys Noize. Les deux hommes se connaissent depuis cette époque, « quand nous étions encore à peu près des adolescents ».

Depuis, la fête s'est éloignée. Late Of The Pier ont disparu et Sam Eastgate est devenu LA Priest, artisan solitaire passant trois albums à ralentir le tempo, construire ses instruments et chercher de nouvelles formes. Mais pendant le confinement, un vieux désir remonte, celui d'un disque de house entièrement construit à partir de samples. Le projet est abandonné au profit du contemplatif Fase Luna, puis ressort quelques années plus tard. « Je revisite un style que je n'avais plus fait depuis longtemps », explique Sam Eastgate. Et pour retourner au club, autant y aller avec quelqu'un qui se souvient encore de l'adresse : il appelle Boys Noize. Ensemble, ils écrivent, produisent et mixent Into The Sky.


Sam et Alex ne cherchent pas tant à remonter le temps qu’à boucler la boucle. Sam Eastgate retrouve une musique électronique plus physique, un ami de jeunesse et jusqu'à une vieille idée de pochette. Cet œuf suspendu au-dessus d'une caisse claire avait été imaginé près de vingt ans plus tôt pour Fantasy Black Channel. Un « full-circle moment », selon ses propres mots. Car un cercle ne consiste pas à faire marche arrière, il ramène au même endroit après avoir changé. Entre Late Of The Pier et Into The Sky se sont glissés trois albums de LA Priest, des années d'expérimentations et une musique devenue plus intérieure. L'anglais revient ainsi vers les couleurs de sa jeunesse avec tout ce qu'il a appris depuis dans ses bagages.

Dans ses bagages, justement, Sam Eastgate a ramené des machines qui portent elles aussi les traces de son parcours : la boîte à rythmes Gene 616 construite de ses mains, le Korg 800 DV déjà présent sur Inji, puis le Polygene conçu dans son sillage. « Jusqu'où peut-on aller avec seulement quelques sons ? Combien d'émotions différentes peut-on exprimer avec une ou deux machines ? », demande-t-il. Après des années d'exploration, LA Priest choisit donc la contrainte.

Cette économie de moyens s'entend. Rayon pose la grammaire du disque avec la voix douce et tremblante de Sam Eastgate flottant sur l'électronique métallique de Boys Noize. Sur No Other, Breathe ou Ever No, leur rencontre dessine une électro-pop en demi-teinte qui évoque Hot Chip, et plus encore les disques solos d'Alexis Taylor. La palette est étroite mais les nuances nombreuses, au risque parfois d'une certaine uniformité. À mi-parcours, Can't Get Enough laisse davantage parler les machines et ouvre une seconde moitié plus minimale, électronique et aventureuse. Curieusement, à mesure qu'il cherche la piste de danse, Sam Eastgate semble s'en éloigner.


« Pendant longtemps, j'ai voulu faire de la musique pour l'esprit. Celle-ci est davantage faite pour l'esprit ET pour le corps. J'ai fait ce disque pour qu'on puisse danser dessus », explique Sam Eastgate. Il veut retourner danser en club, mais il n'a plus tout à fait les jambes de ses vingt ans et surtout plus tout à fait leur insouciance. La fête à laquelle il nous convie sur Into The Sky n'a rien d'un remake, c'est une fête vue depuis l'autre bout de la vie qu'il a menée depuis. Le temps du morceau-titre, pourtant, l'illusion est parfaite. Into The Sky surgit comme un flash de 2008, frontal, immédiat, hédoniste. Puis le morceau s’arrête. Le reste de l'album préfère traîner près du bar, à regarder la piste avec une tendresse un peu grave. Sailor choisit l'épure, Time enveloppe des sonorités presque industrielles dans une étrange douceur. La mélancolie et le goût de l'expérimentation accumulés pendant sa carrière solo s'interposent constamment entre Eastgate et le dancefloor. Il peut retrouver le BPM, pas l'insouciance.

Voilà peut-être le plus joli paradoxe du disque : Sam Eastgate voulait réaliser son premier album sur lequel danser du début à la fin, mais le single Into The Sky en est presque le seul véritable banger. Le morceau-titre ressemble moins au résumé de l'album qu'à son fantasme. Comme si le musicien avait donné au disque le nom de la fête dont il rêvait avant d'y retourner. Reste l'œuf suspendu au-dessus de la caisse claire sur la pochette d'Into The Sky. Équilibre parfait ou instant précédant le crash ? Peut-être les deux. Sam Eastgate est revenu là d'où il était parti sans redevenir celui qu'il était. La boucle est bouclée. Au-dessus de la caisse claire, l'œuf, lui, n'est toujours pas tombé.
tracklisting
    01. Rayon
  • 02. No Other
  • 03. Voices
  • 04. Breathe
  • 05. Ever No
  • 06. Can't Get Enough
  • 07. Sailor
  • 08. Into The Sky
  • 09. Time
  • 10. Message
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    Into The Sky - Breathe - Rayon
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