Huit, le chiffre porte bonheur dans la culture chinoise. Huit ans, l'âge de Blaine Harrison lorsqu'il a fondé le groupe avec son copain William Rees, et enfin huit comme le huitième album de Mystery Jets. Après A Billion Heartbeats, un album de transition après le départ de William, A Hole To See The Sky Through prend le virage d'un disque très produit et élégant jusqu'au clinquant qui s'éloigne définitivement du son un peu brut rappelant le rock des 60s, celui des groupes qui avaient alors joué sur leur île d'Eel Pie (les Rolling Stones, les Who, Pink Floyd).
La page est tournée : autour de Kapil Trivedi, le batteur du début, et de Blaine Harrison à la guitare et au chant, il fallait des musiciens avec une connexion forte, quoi de mieux que des jumeaux donc pour compléter le groupe, à savoir Eddie et Ollie Taylor. Les guitares sont plus proéminentes, blindées d'effets, alors que la voix se fait intense à la manière des chanteurs romantiques.
Blaine Harrison a ainsi un nouveau groupe, et aussi une nouvelle fiancée. Il est tout simplement heureux et je suis juste un monstre de préférer les artistes quand ils sont torturés, mais A Hole To See The Sky Through I est sirupeux comme un morceau de U2 à la sauce Take That. Doomsday Waltz est grandiloquent à la Queen avec mille couches d'instruments et de fioritures scintillantes, Long Lonely Road est une jolie ballade ensoleillée qui semble écrite pour l'Amérique insouciante des années 60n et Soul River un slow, avec cordes, pour la soirée du lycée dans les années 70s. J'accroche davantage avec la rythmique funky et les phrasés musicaux étranges de Flea Joint qui me fait penser à un mix entre Radiohead, les Red Hot Chili Peppers et... Mystery Jets.
À la production, on trouve Leo Abrams qui a travaillé sur des albums de Wild Beasts, Ghostpoet ou Brian Eno, mais qui a aussi joué avec Anhoni, Goldfrapp ou Ed Sheeran. Il avait tout le savoir-faire pour pousser la production et les arrangements aussi loin que le groupe le souhaitait. Mystery Jets avaient manifestement envie d'aller très loin et de montrer ce qu'ils pouvaient faire. L'inspiration y est sans limite, y compris dans la pochette et le nom de l'album inspirés d'une œuvre de Yoko Ono, dont la rétrospective à la Tate Modern de Londres était l'occasion de (re)découvrir une grande artiste qui est bien plus que la femme d'un Beatles.
« It's a long lonely road, if you're lost this song got you home » chante le groupe, mais même si l'album est très bien fait, il m'a perdu.