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Big Truck

Midday At The Middleway

Big Truck - Midday At The Middleway
Chronique Album
Date de sortie : 28.08.2026
Label : Marshall Records
35
Publié par Quentin Perriault, le 27 août 2026
Alors que son compère de Soft Play Issac Holman a sorti un album solo en mai dernier, dans une esthétique Do It Yourself allant jusqu'à donner l'impression d'être enregistré avec des écouteurs de téléphone, Laurie Vincent revient de son côté avec un nouveau groupe au nom portant tout un programme : Big Truck. Si la production a plus de patate et les compositions plus de raffinement, leur premier album, enregistré en quatre jours dans les Marshall Studios, est également empreint d'un fort héritage punk dans sa conception.

L'entrée en matière donne le ton : sur un tempo moins urgent et des guitares plus lisibles que sur son duo originel, Feel Me?..., qui se fait plus accueillant sans lisser les coins pour autant, pourrait sortir d'un album récent de The Kills. Riff de guitare net et ne tombant pas là où on l'attend, batterie matraquée avec rigueur, basse s'échappant sur les couplets, pré-refrain-mantra, refrain sur le riff initial... Le groupe aime naviguer entre les vagues et le ressac pour constamment jouer avec la structure de son morceau.
Central Reservation Blues brouille ensuite les pistes avec une guitare acoustique portant la rythmique du morceau et la voix de Laurie allant creuser une fragilité tout à fait inattendue. On balance cette fois du côté de The Cure voire Echo & the Bunnymen. Une balade versant dans la pop maligne, dont chaque jaillissement de synthé new wave vient lécher les oreilles tel un labrador bourru venant s'excuser de son énergie parfois incontrôlée. La production, intelligente, garde des éléments bruts tout en gonflant le son, ce qui permet de mettre la chanson au centre du son et de faire sortir chaque élément au bon moment pour une tension gracile et constante.


Les orgues pop penchant parfois vers la soul de Justin Myles ne quitteront plus les prochains titres, alors que la frappe nette de Sam Coppin apporte un petit groove insidieux, qui fait naviguer les chansons dans des contrées toujours frontalières et jamais trop bien définies. Collided vient confirmer la vulnérabilité dont la voix de Laurie Vincent peut faire preuve, à laquelle s'ajoute une guitare éreintante, presque aquatique dans son rapport au rythme, bien que cédant à une petite facilité avec une phrase blues-rock déjà entendue mille fois en 70 ans de guitare électrique.

Head So Full (algae riddim) fait la part-belle à la créativité de la batterie, sur un riff entêtant sur lequel Asa Thallon, le dernier membre du groupe, tisse des couleurs complémentaires du bout de sa guitare tranchante. On retrouve sur les deux pistes suivantes une approche très 70's, avec un orgue Hammond emprunté au prog-rock de Deep Purple autant qu'au blues des Doors, la batterie jazzy confortant encore plus cette impression.
C'est finalement dans le registre pop-punk que la musique de Big Truck est la plus touchante, Surf The Suffering et Rebounder s'offrent la liberté mélodique et les harmonies vocales des meilleures chansons britannique du genre. Le groupe semble finalement avoir pris au mot le genre dans lequel ils évoluent : le rock. Plus que de serpenter sur la paroi de la roche en question, ils la taillent et la façonnent au fur et à mesure pour la moduler à leur image.

Arrivée à la neuvième piste, changement d'atmosphère avec un Interlude sombre et court, comme un orage que l'on voit se renforcer au loin. Au dessus du piano lo-fi et des textures grondantes vient se poser un parlé-rappé pas très éloigné de Kae Tempest, entre le renoncement et la fièvre s'alimentant elle-même. Les deux chansons suivantes poursuivent l'album comme un film ayant sciemment placé la conclusion attendue à la fin du deuxième acte, et réservant encore une dernière partie inattendue.


Heavensent semble, comme son nom l'indique, venir d'une inspiration complètement différente, plus paradisiaque et entièrement tournée vers la lumière. Il faut deux minutes à la batterie pour faire son arrivée entre des guitares acoustiques et une mélodie de piano minimaliste. D'une simplicité très à l'ancienne, d'une époque où les Rolling Stones pouvaient vous assommer avec deux accords sur quatre minutes, sur un tempo légèrement fluctuant et un renouvellement constant dans l'attaque et le placement des cordes que seuls des musiciens possédés par leur art et jouant ensemble peuvent faire sonner.

Une ambition à rebours dont l'album se fait témoin, car il en ressort principalement un plaisir de créer ensemble et de partager les chansons aux amis, dans la cave mal isolée du batteur, en faisant profiter les voisins au passage. Un groupe composé de musiciens à l'expérience dépassant souvent les caves mal isolées et au matériel choisi avec plus d'attention que ce qui leur passe simplement sous la main, mais l'esprit est le même. Un ensemble plus pop et discrètement punk qu'attendu, qui permet de répondre sans sourciller à la question la plus délicate depuis de nombreuses décennies : Le rock ? C'est ça !
tracklisting
    01. FEEL ME?…
  • 02. CENTRAL RESERVATION BLUES
  • 03. POLYESTER VIBRATIONS (AND THE HANDSTAND CURRENCY)
  • 04. SURF THE SUFFERING
  • 05. COLLIDED
  • 06. HEAD SO FULL (ALGAE RIDDIM)
  • 07. REBOUNDER
  • 08. DRESS FOR ALL WEATHERS
  • 09. INTERLUDE
  • 10. HEAVENSENT
  • 11. KEEP ON TRUCKING
titres conseillés
    Central Reservation Blues, Surf The Suffering, Rebounder
notes des lecteurs
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