Le comble des canicules estivales auxquelles nous allons devoir nous habituer, c'est paradoxalement la réduction brutale de contact avec le soleil. Qu'à cela ne tienne ! Cassia, généreux et soucieux de notre santé, nous apportent pour la fin de l'été une cure sonore de vitamine D intercontinentale, à prendre à intervalle régulier pour le reste de l'année.
Ce qui aurait pu être une sorte de réponse britannique à Vampire Weekend s'est vite révélé être un groupe à la personnalité à la fois forte et discrète. C'est tout l'enjeu du groupe, se fondre dans le paysage tout en devenant indispensable. Telle des globules blancs dont nous ne sommes pas conscients du fonctionnement, la musique de Cassia s'immisce dans le corps sans que l'on comprenne vraiment comment ça marche.
Véritable playlist « Summer Vibes », chaque chanson du groupe élargit encore un peu leur univers estival à la douce euphorie positive, tout en se renouvelant sans lasser depuis quatre albums. Les basses de Lou Cotterill sont rondes et voluptueuses, les guitares afro-pop, se parant parfois d'influences latino, d'un groove charnel… et que dire de la voix de Rob Ellis, d'une coolitude inaltérée malgré les divers registres de tons employés, de la sensualité grave à la voix de tête affriolante. La batterie, jouée à une main par Jacob Leff, lui permet de gérer les claviers de l'autre. Un exercice d'indépendance qui démontre, s'il le fallait encore, le talent et l'aisance rythmique des trois compères.
Same As always, par exemple, déploie un thème entêtant à deux guitares pour son intro, qui rejouent les motifs, séparément, pour accompagner la voix sur le couplet et le refrain. Jusqu'au pont, toujours soutenu par les deux guitares hypnotiques se répondant, auxquelles s'ajoute un pad lumineux aux accords riches et une voix déformée bizarrement chaleureuse.
Juste après, another one down utilise un rythme chaloupé pour guider une guitare aux fortes effluves flamenco. La chanson, composée sur un mode mineur, aurait très vite pu aller chercher une corde sensible ou plomber l'ambiance, mais le traitement du son, assez sec et dansant, arrive à générer instinctivement ces mouvements du corps qui la font basculer dans une atmosphère légèrement douce-amère, sans jamais verser dans la mélancolie pure.
De l'approche bossa de pilot à l'indie-pop plus ample de praise, en passant par le funk de 2nd life et son synthétiseur spatial, ce sont toutes les couleurs dont se parent les rayons d'un soleil entamant sa descente vers l'horizon que le groupe nous donne à entendre sur ce lemon gelato. L'album se termine d'ailleurs sur la phrase « back to the sun », concluant une be as you are crépusculaire. Ils pourraient aisément se permettre des climax cinématographiques explosifs et des envolées sonores massives, mais c'est paradoxalement l'absence d'éclat qui en fait tout l'intérêt.
Une musique lumineuse, adaptée aux balades d'automne, aux trajets en voiture hivernaux, aux soirées printanières entre amis, aux voyages solitaires les yeux fermés… Finalement, Cassia nous offrent album après album une interprétation colorée de l'ambient théorisé par Brian Eno : une musique qui s'entend autant qu'elle peut s'écouter.