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Formal Sppeedwear

Punch Card

Formal Sppeedwear - Punch Card
Chronique Album
Date de sortie : 11.09.2026
Label : Melodic Records
4
Publié par Franck Narquin, le 8 septembre 2026
Solidement ancrés sur nos radars depuis la sortie de leur premier EP éponyme chez Melodic Records en 2024, Formal Sppeedwear publient enfin leur premier album, Punch Card. Il faut dire que le groupe évolue en quasi-autarcie artistique et a pris le temps de fignoler son style et de digérer ses nombreuses influences, allant de Talking Heads à Yellow Magic Orchestra en passant par Neu!, DEVO, XTC ou encore les quatre premiers albums de Peter Gabriel (autrement dit avant que ça ne devienne tout naze). Alors qu’à Londres ou Manchester les groupes doivent enquiller les projets à un rythme de maboul au risque de perdre leur statut de Next Big Thing, le temps est plus lâche à Stoke-on-Trent, ville des Midlands propice à la créativité tant il n’y a rien à y faire d’autre que de devenir génial (ou chômeur). Si vous avez raté les premiers épisodes, ne vous inquiétez pas, on va tout vous expliquer, à commencer par ce drôle de nom.

Eh oui, Jamy ! Le « p » surnuméraire de Formal Sppeedwear provient d’une faute de frappe sur une cassette envoyée à quelques maisons de disques. Beck Clewlow pensait la corriger plus tard, mais le groupe finit par adopter l’accident. Depuis, toute leur musique semble consister à en provoquer d’autres avant de les replacer avec une précision maniaque. C’est ce qui explique qu’on puisse adorer Formal Sppeedwear pour leur art du chaos maîtrisé ou rester hermétique à une formule jugée trop savamment élaborée. On pourrait leur adresser le même reproche qu’à Paul Thomas Anderson, dont Punch-Drunk Love s’ouvrait sur un accident de voiture aussi violent qu’inattendu, saisissant le spectateur tout en surlignant l’audace et l’inventivité de son auteur. De Punch-Drunk Love à Punch Card, il n’y a qu’un pas, tant le groupe semble vouloir nous rappeler toutes les trois mesures à quel point il est brillant. C’est le cas dès Hit ’n’ Run, qui ouvre l’album sans introduction, comme si nous prenions la chanson en cours de route. Génial ou un brin pédant ? On laissera chacun en juger même si finalement l'un n'empêche pas l'autre.


Pour apprécier pleinement le résultat, il faut revenir à son mode de fabrication. Beck Clewlow (chant, basse, synthétiseurs) prépare généralement une première ossature à base de boîte à rythmes, de basse et de fragments numériques. Connor Wells (batterie, percussions, guitare et synthétiseurs) intervient volontiers comme arrangeur, construisant de nouvelles sections, tandis que Charlie Ball (guitare et synthétiseurs) apporte ses lignes obliques et ses textures. Les rôles restent toutefois poreux car tous trois découpent, assemblent et recomposent l’ensemble, parfois pendant plusieurs mois. De ce processus naissent des chansons ultrasophistiquées qui, bien qu’hyper référencées, imposent d’emblée un son Formal Sppeedwear immédiatement reconnaissable.

Avec ses titres en forme de jeux de piste cryptiques (Knutmo 1-5, Aardvark x2), son humour absurde (Who Needs Spain Ball?) et ses paroles issues d’associations phonétiques qui évoquent une écriture automatique passée à la moulinette numérique, Punch Card ne cesse de jouer avec l’auditeur. Celui-ci est invité à se perdre joyeusement dans un dédale musical truffé de références culturelles, de clins d’œil locaux et de private jokes. Le titre de l’album est d’ailleurs lui-même un clin d’œil revendiqué à Metal Box de Public Image Ltd. Dans les deux cas, l’objet fournit à la fois le titre du disque et une sorte de programme pour sa musique. Chez PiL, trois vinyles enfermés dans une boîte métallique imposaient à l’auditeur leurs propres conditions d’écoute. Chez Formal Sppeedwear, la pochette découpée comme une carte perforée devient une métaphore de composition : des informations discontinues, des vides et des fragments transformés en instructions par la machine.


Punch Card propose douze chansons racées aux structures complexes et aux incessants changements de rythme qui s’enchaînent tambour battant. Tout cela pourrait rapidement virer à la démonstration indigeste, mais Formal Sppeedwear n’oublient jamais leurs fondamentaux. Il y a toujours une mélodie à laquelle se raccrocher, une ligne de basse élastique ou suffisamment de groove pour faire décoller le morceau. Si le trio cultive un cool arty indéniable, il ne sacrifie jamais l’efficacité à la sophistication. Le tout est produit au scalpel, avec une précision et une nervosité presque maladives.

En témoigne Indecent, largement improvisé puis enregistré en une prise live, qui fait se télescoper la pulsation funk et reptilienne de Fame de David Bowie avec les collages électroniques et les découpes chirurgicales d’Art of Noise. Sur le papier, on pourrait craindre le pastiche pour esthètes nostalgiques des années 1975-1985. À l’arrivée, rien ne sent la naphtaline ou le passéisme rance. C’est même l’une des grandes réussites de Punch Card, récupérer les codes d’une musique vieille de plus de quarante ans et les faire sonner comme s’ils venaient d’être inventés en 2026. Impossible également de ne pas penser à David Byrne lorsque Beck Clewlow chante. Même débit nerveux, mêmes exclamations et même phrasé décalé, mais le mimétisme est ici aussi assumé que réussi.


Tout au long du disque, la section rythmique fait monter très haut le cardio. Il faut attendre l’ultime Friedrich Backs Up Nothing pour enfin souffler et trouver la sortie du labyrinthe. Porté par les violoncelles manipulés de Lili Holland-Fricke, le morceau délaisse l’agitation générale pour une étrange mélancolie et laisse entrer une émotion que le groupe avait jusque-là soigneusement dissimulée derrière ses prouesses.

Avant-garde pop, art-rock, synthpop, wonky post-punk : depuis leurs débuts, chacun y va de sa petite étiquette. Elles sont toutes justes et toutes insuffisantes. Formal Sppeedwear ne cherchent d’ailleurs pas à échapper aux codes, mais préfèrent les piller avec méthode, les découper en petits morceaux et les recoller de travers jusqu’à ce qu’on ne sache plus très bien d’où ça vient ni où l’on est. Bienvenue dans le cerveau de ces grands malades de Formal Sppeedwear.
tracklisting
    01. Hit 'n' Run
  • 02. Who Needs Spain Ball?
  • 03. Indecent
  • 04. Knutmo 1-5
  • 05. Aardvark x2
  • 06. A Concise History
  • 07. Fleas
  • 08. Wait (Hatchet Gets A New Hide)
  • 09. The Ballad Of DCB
  • 10. New Brother
  • 11. Appointment
  • 12. Friedrich Backs Up Nothing
titres conseillés
    Hit 'n' Run - Indecent - The Ballad Of DCB
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