Let's dance, let's rock, let's fucking dance-rock ! Voici ce que nous évoquaient Adult DVD à la sortie de leur premier EP puis de leurs sets orgasmiques au Supersonic à Paris. Nous parlions alors d’une musique étourdissante, jubilatoire et parfois brillante, mais manquant encore de finesse et de singularité.
Deux ans après l’EP Next Day Shipping, Adult DVD suivent la même route, mais avec le coffre plein à craquer. Davantage de références, davantage de sons et davantage d’effets. Leur premier album ne change pas la formule, il la pousse au contraire jusqu’à la saturation. La pochette résume assez bien la méthode Adult DVD, une accumulation d’objets du quotidien agglutinés dans un rose criard, presque vulgaire, mais cadrés par le travail très propre de Peter & Paul, studio de branding sheffieldien. Leur musique fonctionne de la même manière, empilant les références 90s et 00s, citant pêle-mêle Madchester, acid house, post-punk, big beat et guitares britpop dans une forme de surenchère permanente. Le résultat est d’ailleurs moins big beat par le son que par l’esprit. Il y a quelque chose de roublard, immédiat, excessif et parfois facile, mais terriblement jouissif, à la Fatboy Slim.
Le revers de cette surenchère est que ce premier album fonctionne plus comme une succession de singles (plus ou moins) imparables que comme un album en tant que tel. Il faut accepter la saturation de références que nous imposent Adult DVD pour pleinement apprécier leur démarche. Car leur musique a gardé quelque chose de la culture lad et de la Cool Britannia, fondamentalement 90s. Il faut que tout soit gros, drôle, immédiat, dansant, un peu vulgaire et surtout impossible à ignorer. Avec, par-dessus, la vieille mécanique de l’âge d’or du NME, chaque morceau voulant être le nouveau meilleur single du monde pendant quatre minutes.
D’entrée, Adult DVD frappent fort. Do As I Please déboule sans sommation. Big beat, sirène et basse façon Block Rockin’ Beats doublée de l’énergie festive des Happy Mondays passée à la moulinette acid house de Technique de New Order. Tout, tout de suite. « In your face » comme ligne de conduite. Coffin Dodger traverse ensuite l’Atlantique pour une sorte de LCD Soundsystem sous acide, tandis que Cold Caller ressort les grosses guitares britpop et que Minimal Criminal n’a de minimal que le titre. À force de vouloir constamment charger la mule, Jesus Christ Supercar finit même par peiner à s’élever au septième ciel tant il devient balourd.
Le groupe retrouve heureusement de l’allant avec le survitaminé Cowboy On Aisle Three, puis s’accorde avec The Steaks Are High une petite respiration groovy, à défaut d’être franchement finaude. World’s Best Boss, clin d’œil à The Office (meilleure série du monde et accessoirement l’une des meilleures séries britanniques) amorce le virage le plus excitant de l’album, celui du club. All I Need arrive encore un peu au forceps, avant un très beau tiercé final. Ghillie Suit convoque Underworld, l’acid house et la rave UK 90s avec une évidence presque insolente ; Real Tree Lee imagine les Chemical Brothers embarquant Sleaford Mods à l’arrière d’un van, puis Rolling Face part dans un délire techno/UK garage lancé à mille à l’heure. C’est précisément quand Adult DVD cessent de vouloir prouver qu’ils peuvent tout faire en même temps qu’ils deviennent les plus convaincants.
À boire, à manger, de quoi danser, de quoi headbanger. N’est-ce pas là l’essentiel ? Car ici l’énergie prime sur l’analyse. Des bangers, quelques ratés. So what ? Trêve de blabla. Let's dance, let's rock, let's fucking dance rock !
tracklisting
01. Do As I Please
02. Coffin Dodger
03. Cold Caller
04. Minimal Criminal
05. Jesus Christ Supercar
06. Cowboy On Aisle Three
07. The Steaks Are High
08. World's Best Boss
09. All I Need
10. Ghillie Suit
11. Real Tree Lee
12. Rolling Face
titres conseillés
Do As I Please - Cowboy On Aisle Three - Ghillie Suit