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Railcard

Two Steps At A Time

Railcard - Two Steps At A Time
Chronique Album
Date de sortie : 18.09.2026
Label : Skep Wax Records
4
Publié par Quentin Perriault, le 15 septembre 2026
La légende veut que tous les gens ayant acheté le premier album du Velvet Underground ont ensuite entrepris de créer leur propre groupe. Il aura juste fallu cinquante ans aux membres du supergroupe Railcard pour que leurs chemins se croisent. C’est d’ailleurs la première question qui saute aux oreilles : nouvel album de chansons originales, bandes sonores découvertes dans des archives perdues des années 60, réinterprétations de partitions trouvées dans un vide grenier anglais ? Que ça soit le son, les instruments, les voix ou les musiciens eux-mêmes, l’ensemble est impossible à dater, car, à l’image d’un rêve de feu David Lynch, les époques s’entrechoquent pour n’en former qu’une seule, celle de l’imaginaire collectif.

Two Steps At A Time, l’album, commence avec la chanson homonyme, ballade rétro portée par la voix juvénile troublante et les coups de médiator sans fioritures de Rachel Love (Dolly Mixture), rapidement soutenue par la batterie et les contre-mélodies vocales de Ian Button (Thrashing Doves, Death In Vegas). Balançant l’air de rien entre les choeurs lumineux, les ponts échappés du The Piper at the Gates of Dawn de Pink Floyd et les sifflements désinvoltes, la bande s’amuse avec un plaisir immédiatement communicatif. Peter Momtchiloff (Heavenly) à la basse ainsi qu’Allison Thomson à la trompette et aux claviers complètent le groupe, dont l’origine nous est racontée dans la lumineuse 1962 Forever : « 1962 est une très belle année, nos anniversaires sont proches les uns des autres, alors on a monté un groupe ». Car oui, les quatre jeunes gens qui emplissent nos oreilles de juvéniles mélodies sucrées sont tous nés... en 1962. Les jeunes, si vous n’avez pas pu former le groupe de vos rêves au lycée, prenez-en de la graine, il n’y a pas d’âge pour le rock’n’roll !


La qualité indéniable de Railcard vient de la façon dont ils appréhendent très littéralement le fait de « jouer » de la musique : ils s’amusent (on parle, avec la compilation de leurs EPs, de plus de vingt chansons composées en une grosse année), et nous emmènent avec eux. Les jeux vocaux d’entrelacements et de questions-réponses ponctuent les petites histoires racontées et ajoutent un aspect mise en scène, presque comédie musicale ou commentaires d’images vintage à la chronologie floue. Leur musique vient directement d’un endroit et d’une époque qui a retourné la table : il n’y a plus besoin de savoir la lire pour la ressentir, et, encore mieux, pour la jouer. C’est une question de plaisir, d’attitude, d’expérimentations plus que de gammes et de modes.

Car Railcard savent très bien ce qu’ils font (de telles harmonies vocales ne s’improvisent pas), mais l’expression, l’énergie et l’allégresse qu’ils injectent dans chaque chanson en font 50% de la saveur. Hillman Minx en est un exemple : la basse martèle ses deux notes tête baissée, la guitare sature, la batterie respire et la trompette vient colorer le tout avec délicatesse, dans un écrin moderne sans surproduction ou épaississement factice du son. Flannelette prend la suite avec un titre plus construit et dream-pop, où l’orgue supporte des choeurs larges, teintés par un motif de trompette et une basse plus terre à terre qui ancrent la chanson.


Si l’ensemble pourra paraître répétitif aux allergiques à la nostalgie, le groupe peut se faire légèrement plus tortueux, notamment sur la très belle Snow Blind, à la progression harmonique plus complexe, camouflant des émotions moins évidentes derrière un refrain pop conclu par des « paparapapa » sixties et se terminant sur des notes d’un synthé sorti de nulle part, ou encore Runaround avec ses courts ponts à la trompette free-jazz. Finalement, on ne sait plus si on écoute une indie pop qui découle des Kinks et des Ronettes, ou au contraire un hommage aux origines de la dream pop moderne.

L’album déroule donc un ensemble de chansons à la patine délicieusement rétro, d’une époque où musique pop rimait avec kaléidoscope. Un bonbon intemporel qui convoque avec lui tout un imaginaire coloré, simple en apparence, et, surtout, joueur. Une pop glorieuse et charmante dont l’énergie charnelle et analogique fait naitre une mélancolie inversée : le bonheur d’un souvenir que nous n’avons pas eu besoin de vivre.
tracklisting
    01. TWO STEPS AT A TIME
  • 02. 1962 FOREVER
  • 03. HILLMAN MINX
  • 04. FLANNELETTE
  • 05. FOXY
  • 06. I'M A DISASTER
  • 07. PAPER THIN
  • 08. UNSTABLE NEIGHBOUR
  • 09. RUNAROUND
  • 10. WHEN YOU SAY YOU LOVE ME SOMETHING'S WRONG
  • 11. SNOW BLIND
  • 12. SUNDAY SUN
titres conseillés
    Two Steps At A Time, Hillman Minx, Flannelette
notes des lecteurs
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