Je crois que je n'ai jamais vraiment compris à quel moment un festival commence.
À We Love Green, c'est encore plus flou : il y a l'entrée, puis une sorte de phase de trekking dans les bois au milieu des flaques et de la boue avant d'arriver au milieu de la plaine. Mais comme partout, le festival commence réellement à la première bière et à la première ligne de basse résonnant dans la poitrine.
Il fait un temps indécis. Pas assez mauvais pour annuler quoi que ce soit , gris mais moins fidèles aux autres années (on aurait pu le baptiser We Love Rain, à force). Premier concert.
Luvcat apparaît en début de soirée pour débuter en douceur. Petite robe rouge à noeud et choucroute Bardot/Whinehouse et voix texturée presque country/folk. Elle enchaine les titres et son public de fans chante à tue-tête avec elle ses tubes
Matador ou
Vampire At The Beach avec passion telle une diva des années 2000, ambiance MARINA et Lana Del Rey.
© Isaac Ponseele
Second concert.
Max Baby, le producteur / compositeur interprète synesthète (ndlr : faculté rare d'associer le son aux couleurs et textures) originaire du Cher, encore peu connu du grand public, se lance sur scène. L'énergie est toujours là depuis que je l'ai vu sur la plage du Great Escape de Brighton début mai.
Another Idea Of Fun et
Hardcore font planer et bouger le public français et son plaisir d'être sur scène est communicative. Il finit sur son tube
Nothing Ever Changes, hymne pop rock à faire danser les foules. Max ira loin, j'en suis sure.
Puis,
Sébastien Tellier arrive sans créer de rupture visible. Cela faisait un petit bout de temps que je ne l'avais pas vu en live mais j'étais amoureuse des albums
Sexuality et aussi de
My God Is Blue. Il n'a pas changé depuis 2010, look impeccable, chemise scintillante et pantalon blanc, il fait venir l'été à Vincennes plus tôt que prévu. J'écoute avec attention, religieusement presque,
La Ritournelle, L'amour et la Violence, Look ou
Domestic Tasks. Mes petites madeleines de Proust. Soudain, le concert se finit. Je ne sais pas quand la pluie a commencé exactement. Je m'en rends compte trop tard. La bière n'est plus vraiment froide. Moi non plus.
© Mathieu Foucher
Vient ensuite le highlight de la soirée :
Gorillaz. Quatre ans plus tard, le groupe de Damon Albarn revient à la Grande Prairie (déjà pleine de monde alors que la nuit n'est pas encore tombée). Sur scène : une dizaine de musiciens et des choristes. Avant même la musique, un collectif d'Amnesty International chauffe la foule avec un discours politique frontal. Poings levés, slogans, un simple rappel : la musique n'est jamais déconnectée du monde actuel. Puis ça démarre. Damon Albarn apparaît sur les écrans, béret rouge et veste camouflage. Entre posture militaire et ironie, il ouvre le bal avec
The Mountain. L'anglais disparaît, réapparaît, descend vers la foule, remonte et occupe l'espace autour de lui.
Visuellement, c'est une saturation léchée et contrôlée : animations, avatars et écrans géants. Chaque titre a son univers et on passe d'un monde à l'autre sans transition. La pelouse de Vincennes suit le mouvement. Les enfants sur les épaules des parents regardent avec admiration. Gorillaz quittent la scène comme ils y sont entrés, sans vraiment refermer quoi que ce soit de leurs mondes intérieurs.
Little Simz clôture la soirée en beauté . Il y a chez elle cette rigueur presque froide, mais jamais distante. Tout est millimétré, rien ne laisse place au superflu ni à l'improvisation. Pas d'effets inutiles ni pas de chaos gratuit.
Les morceaux s'enchaînent, efficacement :
Venom, Point And Kill et
Woman quasi néo-soul, avant que
Gorilla ne referme le set. Rien ne dépasse, tout est intense mais sans excès.
La foule en redemande, il est bien trop tôt pour rentrer chez soi.