Vendredi tout est permis, mais pas d'Arthur à Brighton pour l'ouverture de ce troisième jour du Great Escape !

A la place on retrouve
Twat Union au Daltons, de l'excellent punk entre musique et comédie : rien qu'avec le nom, on avait compris. Le syndicat de la chatte (pas l'animal) dans un petit bar face à la plage, qui allume un public conquis autant par la musique que par l'art du stand-up déployé par Kate Mac et sa troupe de joyeuses saltimbanques de l'émeute. Le groupe distribue des morceaux de tissu rouge que le public brandit pendant
Red Flag, Kate s'enroule dans une serviette pour chanter
Period Sex avant que ça n'en foute partout puis enlève son short pour en révéler un second en entamant
UTI. Une chanson sur les infections urinaires soutenue par un short avec du feu au niveau de la (miaou) : Twat Union en une phrase.
Une vision salutaire, satirique et hilarante du punk féministe qui transmet à sa manière les problèmes vécus chaque jour par les femmes et certaines autres minorités. On termine alors logiquement par
Singer Of The Band, Kate invite un homme sur scène, lui offre un tambourin, et pourtant tout le monde pense qu'il est batteur, bassiste, guitariste, parce que c'est forcément la meuf la chanteuse dans le groupe ! Il est donc le moment de citer toutes ces femmes qui ne sont pas la chanteuse de Twat Union, Alice Rivers aux claviers, Lucie Bowls à la guitare, Beth Hopkins au saxophone, Tessa Alison à la basse et Harriet Sibley à la batterie.
On passe rapidement backstage pour discuter quinze minutes avec le groupe avant de revenir devant la scène du Daltons pour
SLAG, petite sensation rock découverte cette année avec leur premier EP
Losing. Amelie Gibson en robe et talons compensés argentés à paillettes, assortie avec son claviériste Seb Cooper, et à cinq sur scène la puissance de feu est absolument fantastique. SLAG est un groupe encore inconstant dont la musique se cherche parfois, mais à qui l'on pardonne absolument tout pour les hauts procurés dans des envolées comme
Losing,
Private Gyno ou
Face Off. Entre indie rock 2000 et rock orchestral, SLAG est un peu le bon côté de Mozart l'Opéra Rock si cette référence parle encore à qui que ce soit. Un groupe slag et schlag qui écrit son nom au scotch derrière ses guitares et sur ses ceintures, mais qui est devenu en une demi-heure l'un de nos préférés du festival !
Tournée de la ville et des interviews, on croise Opus Kink dans une ruelle, The Orchestra (For Now) en balances, Dea Matrona au détour d'un matcha latte, avant de retourner au Shipwright's Yard, une cour intérieure utilisée chaque année pour les concerts non-officiels présentés par Republic Of Music. Un concert plaisir d'
Opus Kink et toute une après-midi en hommage à un pilier de la communauté musicale de Brighton : James Borrer. On se prend une petite bière dont l'argent sera reversé à la famille de James et à la lutte contre le cancer colorectal, et on profite un peu à l'étroit des toutes nouvelles chansons du groupe du Kink :
Come Over, Do Me Wrong et
I'm A Pretty Showboy. « hello Brighton, nous sommes DEADLETTER », enfin DEADLETTER avec des bonnes chansons comme
I Love You Baby,
St Paul Of The Tarantulas et
1:18. Et même si ce n'est pas le meilleur concert d'Opus Kink qu'on ait vu, les boys jouant littéralement dans un recoin de garage au ras du sol, un concert d'Opus Kink est toujours une occasion à ne pas manquer !

D'un groupe fantastique à un autre groupe fantastique, c'est aussi ça le Great Escape alors on se glisse en vitesse dans les crashs de
The Orchestra (For Now) et on profite d'une setlist écrite par des gamins qui sont autant des petits cons insolents que des petits génies. Au milieu des chansons sont cités le Great Escape évidemment, mais aussi TikTok, Live Nation, Kerrang!, le NME, billboard, le BIMM Music Institute, le Arts Council of England, le Departments for Business & Trade, l'Independent et les copains de DIY. Bouffer à tous les râteliers, c'est le message de Joe Scarisbrick et de son magnifique t-shirt « For Sale » : The Orchestra (For Now) sont à vendre, et ce sera forcément une bonne affaire !
Le groupe qui prépare son premier album nous gratifiera ainsi de trois inédites nommées
Only For The Day,
Kindly Waits et enfin
Charlie's Theme en l'honneur de leur batteur Charlie Hancock, en plus des quelques merveilles de leurs deux premiers EPs. Un groupe étalé sur la scène, avec Charlie tout à gauche sur sa batterie, Neil Thomson à la guitare à sa droite, Millie Kirby à la basse presque en milieu de scène, puis Joe et son piano, Bill Bickerstaff et sa guitare, Lingling Bao-Smith et son violon, et enfin Erin Snape et son violoncelle. Une troupe plus qu'un groupe, qui fait du bruit et quel bruit, Black Country, New Road si Black Country, New Road c'était fun et punk avec un chanteur qui s'enroule son foulard sur la tête et roule sous son piano pour hurler. Alors comme le dit le t-shirt, Sex, Drugs & The Orchestra (For Now), le programme de toute une vie !
On ne cesse de le rappeler, le Great Escape c'est un festival mais c'est aussi tout un tas de choses qui se passent autour de lui à Brighton. Comme une soirée spéciale gratuite organisée par le label [PIAS] (Play It Again Sam) avec des groupes comme PUNCHBAG, Ghinzu, The Haunted Youth ou Gurriers. Des belges, des anglais et des irlandais qui rentrent dans un bar sous les arcades de la plage de Brighton, le début d'une bonne blague et d'une très bonne soirée musicale. Alors bien sûr, le rédacteur avec trop de temps libre a déjà vu trois fois PUNCHBAG et Gurriers et avait surtout envie de rattraper son retard en matière de musique belge, ce qui sera chose faite avec cet incroyable set de
Ghinzu devant cinquante personnes dans une cave.
Je ne vous ferai pas l'affront de vous présenter un groupe que je connais seulement de nom depuis deux ans, ce quintet de bruxellois matures qui va mettre une claque à tous les gens égarés par hasard dans le Beach Club. John Stargasm au piano et au chant tangue dangereusement en bord de scène, écrase dans l'urgence les touches de son clavier en équilibre instable, le reste du groupe fait bloc et soutient son chanteur dans sa contagieuse folie autour des classiques
Do You Read Me,
Dragster Wave et
Blow mais aussi autour du nouvel album du groupe. N'oublions pas que ce concert gratuit sert surtout d'instant promo à un label et au premier album du groupe depuis dix-sept ans,
W.O.W.A, un retour aux affaires qui aura permis de rendre un peu de bonheur à tous les quarantenaires franco-belges et de faire découvrir le groupe à de nouvelles générations.
Plus récent et pas encore aussi culte,
The Haunted Youth viennent présenter leur nouvel album
BOYS CRY TOO sorti tout juste une semaine plus tôt. Du dream-rock emo belge bien produit et lissé sur disque, nettement plus écorché et électrique sur scène. On me dit dans l'oreille que le concert à la plage la veille était horrible pour cause de son et de problème technique, mais dans le Tide beach club rien ne viendra perturber la soirée de Joachim Liebens et son groupe de rebelles adolescents. Joachim qui ne tardera pas à faire tomber le t-shirt pour nous prouver qu'il est bien tatoué de haut en bas, et qui, avec ce deuxième album, passe un cran sonore et rejoint enfin son énergie live. Pour vérification, le groupe va de toute façon nous envoyer la moitié du dit album dont le nom est tatoué sur l'épaule de son chanteur,
castlevania,
deathwish,
emo song et
murder me : oui, ici on est très sombre et très torturé s'il vous plaît. Un grand concert, un son lourd et compressé qui donne la puissance parfaite aux compositions pour leur permettre de s'envoler, quelques mèches remises en place et un jean qui tombe de plus en plus, si vous aimez le dream-rock et vous dessiner des larmes au feutre sur les joues vous savez où ça passe.
On sort du club avant Gurriers, une honte diront certains mais il se fait faim de courir partout depuis midi sans manger. Le Great Escape c'est de la musique mais c'est aussi de l'organisation, une organisation qui sera absente de cette fin de soirée pendant laquelle on tombe par hasard sur
Maddie Ashman, la sensation pop microtonale et violoncelle en plein buzz Angine de Poitrine. Si vous avez l'occasion c'est super, et on en parle beaucoup mieux dans le live report du festival Napoléon Dynamite. Place maintenant à une fin de soirée rap avec Ceebo & friends, et le côté friends sera un petit peu de trop. Des feats de partout, le rythme qui se coupe toutes les trente secondes, pas bien sûr d'où on est tombés alors on part en boîte et on croise des groupes qu'on a vus ou pas pendant la journée. Des français comme Max Baby, des irlandais comme, oh tiens, Gurriers ou Really Good Time, quelques attachés presse ou collègues journalistes, on se fait payer des coups et déjà le lendemain on regrette, mais ceci est un autre live report.
Alors pour aujourd'hui on retiendra le punk hilarant de Twat Union, la puissance débridée de SLAG et le génie incompris de The Orchestra (For Now), le renouveau d'un rock anglais qui n'avait pas besoin de se renouveler mais qui le fait quand même !