Biffy Clyro et Paris, c'est une longue histoire d'amour. Cela fait plus de vingt ans que les Écossais viennent dans la capitale car ils y ont trouvé un noyau de fans qui traverse comme eux les années, avec une fidélité à toute épreuve. De la Boule Noire au Stade de France, le panel est large et nous prouve que le trio sait parfaitement adapter son rock alternatif à tous les formats. Mais il faut reconnaître que nos amis ont un amour particulier pour l'Olympia, avec quatre passages et tout autant de lettres en néon écarlates à leur nom sur la célèbre devanture.
Rendez-vous est pris sur le boulevard des Capucines en ce premier dimanche de février pour célébrer
Futique, paru en septembre dernier. Un album fort de sens, pour rappel enfanté dans la douleur, les membres du groupe ayant traversé une période de doute avant de toutefois se réunir pour composer à nouveau. Un album très personnel, presque désarmant d'honnêteté, et un trio d'amis soudé qui continue de braver les intempéries. Malheureusement, c'est bien sans James Johnston que le groupe prend la route cette année, ce dernier ayant dévoilé sur les réseaux sociaux qu'il devait se préserver mentalement, tout en rassurant ses fans sur le fait qu'il prenait en attendant bien soin de lui.

Mais rassurez-vous, Biffy Clyro ne font, quoi qu'il puisse leur arriver, jamais les choses à moitié. Et ça n'est pas peut dire lorsque l'on découvre la scène de l'Olympia revêtue d'une estrade massive à deux niveaux, toute en contreplaqué façon bois au nom imprononçable de chez IKEA, avec les enceintes incrustées et une série de marches menant à chacun des niveaux. Accompagnant Simon Neil et Ben Johnston, on retrouve les musiciens de tournée Mike Vennart et Richard Ingram respectivement à la guitare et aux claviers, ainsi que la bassiste Naomi McLeod, venue occuper la place de James. Deux violonistes sont également présentes, et tout ce petit monde, à l'exception de Ben installé au premier étage, changera de position pendant tout le set. Une petite mise en scène qui rajoute encore plus de mouvement à la très grosse synergie créée par le rock fort en décibels de Biffy « Fucking » Clyro (doit-on le rappeler ?).
Ce qui marquera surtout la soirée c'est le flot incessant de flashs stroboscopiques ainsi que l'avalanche de néons extrêmement forts, avec une petite tendance au rouge incendiaire, qui rendront presque impossible de discerner correctement la scène. Une chose est certaine, en 2026, Biffy Clyro ont les moyens de se mettre en valeur, hissant leurs concerts en énormes spectacles son et lumières. Nous sommes donc privilégiés de déguster le show dans les murs de l'Olympia, le groupe se produisant partout ailleurs dans des arénas de dizaine de milliers de personnes.
Pour ce qui est de la setlist, elle est comme toujours avec Biffy Clyro très généreuse. Seront privilégiés ce soir
Futique et les deux derniers gros succès que sont
A Celebration Of Endings et
Only Revolutions. C'est bien à compter de ce dernier que le groupe s'est fait un nom sur la scène internationale, et cela se ressent bien à l'écoute de
Bubbles,
The Captain ou
Instant History, qui se transforment en petits bulldozers faisant trembler le sol de l'Olympia. Simon, probablement conscient du petit vide que laisse l'absence de James, attire ainsi toute l'attention sur lui. Malgré la présence de sept personnes sur scène, on a d'yeux que pour le chanteur guitariste, torse nu, qui monte et descend les escaliers pour se hisser à tous les niveaux de l'estrade, son chant puissant et souvent à fleur de peau continuant de faire des merveilles.
Futique est donc bien exploité, et cet album franchit haut la main l'épreuve du live. Le single
A Little Love entame le concert de façon convaincante avec Simon toujours au plus près du public avec sourire et guitare en mode mitraillette, suivi de
Hunting Season, autre petit hymne de stade de ce dernier disque. On retrouve plus loin le très beau
Friendshipping et la traditionnelle ballade un peu trop sirupeuse, ici
Goodbye, qui sait néanmoins charmer le flot de spectateurs qui entame depuis les premiers morceaux quelques vagues de crowd surfing et autres mini circle pits.
Avec toujours un bon équilibre entre furie et accalmie, Biffy Clyro déroulent un set à la limite du Best Of, si ce n'est l'absence un peu regrettée par les plus anciens fans des trois premiers disques,
Blackened Sky,
The Vertigo Of Bliss et
Infinity Land. Au final, peu de surprises mais une setlist solide, on enchaîne donc les morceaux les plus dynamiques de
Black Chandelier à
Wolves Of Winter, en passant par un
Bubbles qui prend toujours plus d'ampleur en live. Avec le public à l'unisson sur
Who's Got A Match et
Mountains, ce sont de véritables moments de communion qui prennent place. Retour au calme quand Simon saisit sa guitare acoustique et qu'il entame
Machines avec Ben au microphone, tous les deux assis dans les marches, avant le final explosif qui voit s'enchainer
The Captain,
Living Is A Problem Because Everything Dies et, pour un atterrissage en douceur avec le titre clôturant depuis quelques temps les shows,
Many Of Horror.
Ce fut à nouveau un concert très riche, avec ce qu'il faut de tension et d'émotion, toujours en montagnes russes avec Biffy Clyro, dont le rock alternatif devenu plus sage mais non moins passionné continue d'envoûter les foules, même si ces dernières sont un peu plus réduites dans l'Hexagone. Cela n'empêche pas les écossais de rester fidèles à leur public français et c'est ainsi tout à leur honneur de continuer à nous offrir leurs shows devenus de très grosses machines, un succès mérité et un groupe parti pour remettre ça encore quelques années, comme il nous le confirme dans
Futique : « This Ship Is Built To Last ».