Ce soir, l'affiche que nous propose le Supersonic à Paris nous permet de retrouver un des chouchous officiels de la rédaction. Loin de nous l'idée de faire du favoritisme dans la longue liste des groupes à EPs que nous poussons à la force de nos petits bras de journalistes non-payés, et pourtant, il y a de crushes qui se transforment en véritable romance. En cette soirée de février un peu morose (principe même d'une soirée de février), un groupe aura réussi à nous faire sortir de notre canapé, où nous étions pourtant afférés à regarder les Irlandais et les Gallois retrouver leur vitalité sur les terrains de rugby : Hallan.
Découverts lors de la parution de leur tout premier EP
Reporting Live From The Living Room Floor en 2021, mais privés alors de concerts à cause du COVID-19, c'est deux ans après, toujours à la Bastille, que nous avons, lors de la sortie du second EP
The Noise Of A Firing Gun, enfin confirmé tout le bien que nous pensions de cette formation issue de Portsmouth et qui regorge d'influences toutes plus addictives les unes que les autres.
Quelques autres prestations après, toujours à Paris, nous étions sur les starting blocks pour réceptionner le très attendu debut album. Mais pour ce dernier nous patienterons encore un peu et en attendant, nous voilà gratifiés du retour de Hallan sur scène au Supersonic, ces derniers achevant une mini tournée en France pour nous présenter quelques inédits à paraître sur leur troisième EP à venir le 11 avril,
Agapao. Hallan, toujours formés de Conor Clements, Josh Ransley, Joshua Tweedale et Adam Mills, ont déjà parcouru à de nombreuses reprises la France, pays qui les a le plus accueillis en dehors du Royaume Uni, et au sein duquel ils ont établi une véritable connexion avec le public français. Le Supersonic étant devenu leur seconde maison à Paris, cette nouvelle soirée leur étant dédiée valait bien de quitter son pilou pilou du samedi soir.

Le club est, comme tous les week-ends, rempli dès les premiers concerts de la soirée. Nous en profitons pour retrouver dès 21h30 une autre formation, celle-ci de Liverpool, que nous avions croisée pour la première fois en live il y a un peu moins d'un an en ces même lieux, mais à l'époque ouvrant pour les Galloises d'Adwaith :
Monks. Ne s'étant pas départis de leurs chapkas ni de leur lunettes noires (mais ayant eu la gentillesse de laisser tomber les breloques dorées qu'ils portaient alors au cou), les anglais transforment à nouveau durant trente petites minutes le Supersonic en véritable boîte de nuit (comme on le disait à l'époque des Macumbas ou autres Baltos). Car Monks continuent, avec leurs trois synthés et nombreuses boîtes à rythmes, à distiller un electro disco qui nous renvoie il y a bien longtemps. Toujours armés d'une guitare, qui continue elle aussi à ne pas se laisser assez entendre selon nos goûts personnels, les garçons, jamais avides de démonstrations de danse sur scène histoire d'attirer le chaland qui se planque au bar ou derrière le poteau du Supersonic, offrent à nouveau une démonstration qui, bien que très entrainante, continue de nous convaincre seulement à moitié. On sent en effet qu'avec un peu moins d'usages de boucles trop répétitives, ils pourraient, à l'instar de VLURE ou Adult DVD, démultiplier leur potentiel, en rendant le tout un peu plus organique. A suivre donc, peut être cette année avec de nouveaux morceaux.

Quelques pas de danse et jets de fumée plus tard, le club est fin prêt à accueillir ceux qui appartiennent maintenant au clan de la rue Biscornet,
Hallan. Égaux à eux même, ce sont toujours ces quatre garçons aux looks de jeunes expert comptables qui déboulent sur scène (si ce n'est la coupe blonde afro d'Adam, et sa moustache « à la Asterix »). En tête de gondole, Conor Clements, fan de costume cravate et de lunettes de prof de maths, qui une fois sur scène se transforme en pile électrique, hurlant dans son micro, adoptant des passages en spoken word qui le font alors ressembler à un prêcheur venu distribuer la bonne parole ou bondissant dans tous les sens comme un épileptique. On l'a bien compris, Hallan, tel un livre qu'on ne doit jamais juger à sa couverture, déploient une énergie qu'on ne leur soupçonnerait pas au premier coup d'œil.
Musicalement, le style du groupe continue sa mue vers un synth rock permettant la passerelle tant aimée entre guitare et dancefloor, toujours avec cette tendance punk gouailleuse à la The Fall, ou tentant selon les singles des percées plus légères, comme sur le nouvel extrait
DNA, aux ritournelles plus joyeuses et dansantes. Sur ce morceau, une série de photos nous sont projetées sur la baie vitrée du Supersonic, alors recouverte de son rideau blanc, où l'on voit plusieurs images de nos amis gamins, le titre étant un hommage aux familles des musiciens.
On passe donc de petites bombinettes post-punk des débuts (
Sich Übergeben,
The Colline Gate,
Money Talks sur lequel le concert se termine avec la fosse en furie et Connor en bon ambassadeur avec le tee-shirt de son groupe sur le dos), à nouveautés que l'on découvrira lors de la sortie de leur prochain EP (
DNA) ou futur premier album (
Iscariot, The Great White Silence, Left Hand Shakes et
Sagan). Hallan nous prouvent qu'ils continuent d'évoluer, d'affiner leur style qui s'accorde avec les goûts du moment et surtout d'y prendre un immense plaisir. La soirée se termine avec le groupe qui, dès qu'il quitte la scène, entame une longue série d'embrassades avec de nombreux spectateurs fidèles depuis leur tout premier concert en 2022, confirmant leur statut de favoris de la faune indie parisienne.
Hallan se maintiennent, cinq ans après la découverte au hasard d'une écoute en plein confinement, parmi les rangs de nos plus chers coups de cœur et l'on espère véritablement pour eux qu'ils puisent passer rapidement le cap du premier album.