Pa-pa-pa-la-pa-pala, Neil Hannon est de retour ! Irlandais préféré des Français, le génial homme à tout faire derrière The Divine Comedy joue deux soirs d'affilée dans la prestigieuse (et pompeuse) Salle Pleyel. Désormais habitué aux grandes salles, le groupe vient défendre son dernier album
Rainy Sunday Afternoon, avec au programme un Best Of, des raretés, et surtout, comme souvent, pas mal d'alcool.

La première partie est assurée par
a lazarus soul, groupe de Dublin qui entame la soirée avec une chanson empreinte d'une grande gravité aux paroles sans détour sur l'état du monde. La pénombre éclairée par des lumières très simples convient parfaitement pour mettre en avant le propos. Cela ne se fait pas sans grands renforts de motivation sur les larsens, qui reviennent souvent par la suite, qui alterne entre shoegaze et dad rock. Avec toujours une tension diffuse, c'est une musique pour se rendre compte que même si tout va mal, ce n'est pas une raison pour basculer dans une misanthropie du plus mauvais effet. Le groupe semble surpris de l'attention qui leur est portée, surtout pour une première partie, et remarque le contraste avec le côté joyeux à suivre de The Divine Comedy (ce serait à nuancer vu la subtilité de Neil Hannon, mais passons).
A 21h pétantes, et après une pause dont la musique chic était parfaite pour l'immersion dans ce qui va suivre,
The Divine Comedy arrive sous la forme de Neil Hannon avec son chapeau et ses lunettes de soleil, accompagné de six musiciens : Tosh Flood (guitare), Simon Little (basse), Andrew Skeet (piano), Lucy Wiklins (violon), Ian Watson (clavier) et Tim Weller (batterie). C'est
Achilles, premier morceau du dernier album, qui ouvre le concert. Le son est parfait, clair, et la chanson pleine de bravoure et de lyrisme lance idéalement le concert en rappelant l'influence de Scott Walker sur The Divine Comedy, tant au niveau de la structure que de la façon de chanter. Seul un grand rideau est dressé derrière la scène, ce qui lui donne des airs de théâtre cabaret d'ombres chinoises, convenant parfaitement à
The Last Time I Saw The Old Man : la description au ralenti des effets de la maladie d'Alzheimer voit son effet théâtral décuplé par cette mise en scène et tient tout le monde en haleine. Neil Hannon nous salue de son chapeau avant de commencer ses blagues qui ponctuent la plupart de ses pauses en concert. La première bascule du set s'effectue avec l'impressionnant
When The Lights Go Out All Over Europe, morceau clé de
Promenade, deuxième album du groupe et qui permet de mesurer le chemin parcouru depuis plus de trente ans : si l'écriture est immédiatement reconnaissable, la flamboyance des débuts est aujourd'hui plus canalisée dans une instrumentation plus maîtrisée.

L'ambiance tranche avec
Assume The Perpendicular, plus sautillante mais qui parvient à transférer une partie de la mélancolie de la chanson précédente pour que cela fonctionne. C'est bien la mélancolie qui sert de fil conducteur avec
Rainy Sunday Afternoon, morceau-titre du nouvel album. On a beau être un mardi soir avec du soleil, la chanson fonctionne très bien, surtout en se concentrant sur les paroles qui comparent les grands et petits conflits (c'est nécessaire pour comprendre le morceau et la pertinence de la musique). « This song ends in jazz, that's where we all go » paraît-il, pourtant bien peu de jazz est à relever sur
Bang Goes The Knighthood, chanson qui a déjà seize ans, ce qui est peu dans le référentiel de The Divine Comedy remarque Neil. Cette chanson assez déstabilisante est l'occasion pour lui de se battre avec son câble de microphone pour mimer les paroles, qui prouvent une nouvelle fois leur importance, surtout quand il s'agit de s'efforcer de réhabiliter un album mal-aimé et pourtant très représenté ce soir avec quatre extraits.
Après deux faux départs (le deuxième était volontaire) pour cause de médiators de guitare plus confortables que d'autres (« The drugs are kicking in » selon Neil, qui n'a pas encore consommé la moitié de l'alcool qu'il boira dans la soirée), le deuxième très grand moment de la soirée arrive avec
A Lady Of A Certain Age, chanson la plus acclamée jusqu'ici. Inutile de préciser pourquoi tant tout le génie de The Divine Comedy y transparaît, tant dans la musique que dans les paroles. Retour à la légèreté ensuite avec
At The Indie Disco et
Neapolitan Girl, les deux autres extraits de
Bang Goes The Knighthood. Sur la deuxième, le violon fait son effet immédiatement, ce qui montre qu'il en faut parfois peu pour faire tenir une chanson debout.
Troisième sommet avec l'enchaînement
Songs Of Love/Our Mutual Friend, qui portent l'émotion à son pinacle. Sur
Our Mutual Friend, surtout, l'habituelle traduction des paroles dans le jeu scénique fait toujours frissonner. De telles chansons parfaites, si elles constituent un passage obligé de tout concert de The Divine Comedy, fonctionnent toujours à merveille, et rappellent à quel point Neil Hannon est un songwriter d'une classe à laquelle bien peu peuvent prétendre.
Bad Ambassador, cette fois extraite de
Regenerations, serait à réhabiliter. L'influence de la production de Nigel Godrich continue à s'entendre en live. C'est ensuite l'heure de la pause rafraîchissante, où Neil présente tout le groupe en leur distribuant à boire (et en faisant souffrir le contrebassiste qui doit donc jouer pendant dix minutes d'affilée). Neil prétend rester à l'eau par exigence professionnelle, ce que les quelques couacs sur les paroles et les multiples détours par la bouteille de vin démentissent sans surprise. Pas d'interruption pour passer à
Mar-a-Lago By The Sea. Bien que toute chanson parlant si ouvertement d'un sujet aussi repoussant que Donald Trump parte généralement avec un handicap, celle-ci, avec son ambiance glaçante et ses airs de contemplation de beauté perdue, fonctionne toujours.

Très grande joie d'entendre ensuite
To The Rescue (souvent réclamée par quelques spectateurs durant le concert), point d'orgue de
Foreverland (facilement l'un de ses cinq meilleurs albums, ce qui n'est pas rien vu sa discographie). En opposition à la chanson précédente, c'est ici un hymne à la compassion et à l'entraide qui emporte tout sur son passage, avant
The Heart Is A Lonely Hunter, l'une des (la ?) meilleures du dernier album. La rengaine « life is just a shadowplay » trouve son illustration parfaite avec les ombres qui se déploient en arrière-plan (celui-ci aurait-il été déployé juste pour ces paroles ?).
Other People, deuxième extrait de
Foreverland en apesanteur, est expédié avant le début du Best Of obligatoire. En premier lieu, un
Absent Friends en apothéose avec les lumières scintillantes et les grandes envolées à pleine puissance. Ensuite,
Becoming More Like Alfie et
Generation Sex, sans temps mort et témoins de sa capacité à écrire des tubes légèrement éloignés de son style actuel mais toujours efficace, surtout avec le lancer de verre de vin sur scène. Enfin, vient
National Express repris par toute la salle, pas sa meilleure chanson mais qui, accompagnée d'un style à toute épreuve et conclu par un lâcher de tambourin, prouve que The Divine Comedy, c'est aussi la classe, encore la classe, toujours la classe.
Après ce Best Of comme fin officielle, le rappel permet de remettre en avant des perles un peu plus cachées, comme
In Pursuit Of Happiness et son break final. Neil étant visiblement (un peu) affaibli par un mal de tête (que les différentes boissons chaque soir ne doivent sûrement pas arranger) nous qualifie de « human paracetamol » avant de jouer
Invisible Thread, chanson d'au-revoir parfaite et toujours aussi émouvante. La conclusion
Tonight We Fly est obligatoire, et cette chanson restant toujours aussi fantastique, on comprend pourquoi.
Malgré les circonstances (le mal de tête, la salle un peu trop pompeuse pour des concerts aussi sincère) qui font que ce n'était probablement pas le meilleur concert de The Divine Comedy, la qualité du répertoire et le personnage de Neil Hannon font que, quoi qu'il arrive, un concert de The Divine Comedy reste un moment à part, d'émotion et de camaraderie. Tonight, we fly, encore une fois.
Je m'autoriserai un petit coup de gueule pour finir : dans cette salle à deux pas des Champs-Elysées où la doudoune sans manche est plus fréquente que la veste en cuir, et malgré le respect montré par l'essentiel du public, il arrive de croiser une engeance à l'évidence autant dotée en capital financier qu'en âge qui passe une tête en considérant qu'un concert qui coûte un prix loin d'être anecdotique est leur distraction de la soirée comme pourrait l'être une mauvaise série en ligne. Sérieusement, venir voir The Divine Comedy et s'en aller pendant
Tonight We Fly pour éviter de faire la queue aux toilettes, voire ne pas revenir après la première partie ? Quitte à choisir des gens énervants en concert, ceux de ma génération essaient généralement toujours d'avoir au moins l'apparence de vrais fans.