Sans surprise aucune, l'Olympia à Paris affichait complet ce samedi, et ce depuis belle lurette, pour la seule date française de Suede à l'occasion de la tournée Dancing With The Europeans. On se souvient de leur dernier passage dans la capitale en octobre 2022 pour un concert génialissime à la Maroquinerie. Voir Suede jouer intégralement
Autofiction, suivi de classiques et de b-sides, dans une salle de cette dimension était presque inespéré. Leur retour dans la salle mythique de la rue Coquatrix s'annonçait tout aussi passionnant.

En guise d'ouverture, ce sont les Écossais de
swim school qui sont venus chauffer la salle. Le public, composé majoritairement de quinquagénaires - probablement fans de la première heure de Suede - peut ainsi profiter de la puissance et du son lourd et brut du quatuor d'Edimbourg. En les écoutant jouer live, on pense à l'époque grunge de Hole voire de L7, même si Alice Johnson, en robe moulante et bottes noires, est la seule femme du groupe. Elle tient joliment son rang face à cette énergie déversée par ses camarades pendant une trentaine de minutes. Les titres s'enchaînent quasiment sans baisse de rythme et les jeunes musiciens semblent vraiment s'en être donné à cœur joie. Alice avouera d'ailleurs, avant
Heaven, ultime morceau du soir, que ce concert aura été leur meilleur de la tournée avec Suede. Au final, sept titres pour un concert maîtrisé et musclé d'un groupe que l'on va suivre de près.
Changement de plateau avant l'arrivée sur scène du groupe très attendu du soir. Pendant que des morceaux de The Cure, d'Echo & The Bunnymen, des Ramones ou encore de The Smiths sont diffusés, des images alternant entre la pochette d'
Antidepressants, Suede en différentes couleurs, ainsi que le slogan que l'on retrouve sur une des faces du vinyle ou sur le CD de l'album, « broken music for broken people », sont projetées sur les murs de l'Olympia. Entre la tendance musicale des deux derniers albums et ces morceaux diffusés, on peut s'attendre à un concert puissant et énergique.

La fumée envahit une bonne partie de la scène avant l'entrée des cinq musiciens de
Suede. Le public est enthousiaste et Brett Anderson ne va pas faillir à sa réputation de showman. Dès l'entame de
Disintegrate, il arpente la scène parisienne de long en large et pousse le public à chanter avec lui. Le son est parfaitement calibré. Richard Oakes est très concentré sur sa guitare et contribue, comme le reste du groupe, à nous emporter dans une orgie de décibels. Cette tournure post-punk de Suede depuis deux albums nous a vraiment surpris et surtout enchantés, mais ce soir il apparaît comme une évidence que l'audience est venue avant tout pour les tubes. Après un « Bonsoir Paris » entonné par Brett, celui-ci descend pour la première fois dans le pit, près de son public, pour une version rageuse de
Trash, reprise à l'unisson par la salle.
Animal Nitrate, puis
The Drowners, premier gros succès du groupe paru en mai 1992, sont deux moments de grand bonheur pour les fans. On sent une vraie surexcitation, à la fois sur scène et dans l'audience. Après une interprétation bouillonnante de
Personality Disorder, celle-ci va retomber le temps de
The 2 of Us, sur laquelle Brett, en position allongée puis agenouillée, livrera une version poignante, délicatement accompagné au piano par Neil Codling.
Replongée brute avec l'explosive
Turn Off Your Brain And Yell, avant un retour aux tubes de
Coming Up pour
Filmstar, sur laquelle le dandy anglais prend plaisir à faire tournoyer le câble de son micro. Puis le groupe fait un détour par
Head Music avec un
Can't Get Enough, qui ravit l'audience. Passant en revue des chansons de leurs deux derniers disques, Suede dynamitent l'Olympia, notamment avec la fabuleuse
She Still Leads Me On. Le pied est mis sur le frein lorsque Brett Anderson et Richard Oakes se retrouvent seuls sur scène pour une sublime performance acoustique de
The Wild Ones, sur laquelle le public sera une fois encore mis à contribution vocalement.

Le set approche de la fin : entre nouveau bain de foule et tubes imparables, Suede savent parfaitement comment mettre une audience dans sa poche. À l'issue d'un
Beautiful Ones des familles, le groupe quitte la scène mais revient très rapidement pour deux ultimes morceaux : le rugissant
Dancing With The Europeans, suivi de
Saturday Night, morceau de circonstance, mettant cette fois un point final à 1h35 de concert endiablé.
On imagine parfaitement Brett Anderson lessivé à l'issue d'une telle performance. Intenable du début à la fin, et parfaitement accompagné par ses quatre musiciens, le chanteur a montré qu'à cinquante-neuf ans il avait plus que jamais la patate. Suede reste un groupe à voir au moins une fois sur scène dans sa vie.