Retrouver Gruff Rhys à Paris est toujours synonyme d'évasion. Le baladin gallois, lorsqu'il se produit en solo, nous immerge à la seule aide d'une guitare et de quelques boites à rythmes qu'on croirait sorties de l'atelier d'un savant fou dans son monde où poésie et fantaisie règnent en maitres. En cette nouvelle soirée au doux parfum printanier, c'est à l'Archipel, cinéma de quartier situé à quelques pas de la gare de l'Est, que Gruff nous donne rendez-vous. Les salles se transformant selon les besoins en petites salles de concert quand l'écran fait place à une estrade éclairée de quelques spots colorés, l'intimité et le velours bleu des sièges offrent au gallois un joli petit écrin pour nous faire découvrir son dernier album,
Dim Probs.
C'est un disque tout en gallois qu'il nous présente dans son intégralité, assis sur l'estrade avec sa guitare semi acoustique et sa tables garnie de boitiers. A l'image de la soirée dédiée à
American Interior qui s'était déroulée à Petit Bain l'an passé, c'est seul que Gruff va nous raconter cette nouvelle histoire, celle de
Dim Probs : album recueil de souvenirs tantôt gais, tantôt tristes, dont l'interprétation tout en gallois est un hommage à sa langue maternelle et à la culture galloise dont Gruff se fait un de plus grands ambassadeurs dans le petit monde du rock indé.

La salle qui se remplit petit à petit réunit autant de fans fidèles que d'habitués de la salle de cinéma, donnant un public hétéroclite et dans tous les cas curieux. Un public qui sera comblé ce soir car l'univers de l'album est un petit film en lui-même. Comme il nous l'avait raconté lors de notre dernière
interview, Gruff s'y livre de façon personnelle, son titre lui-même ironique car signifiant « aucun problème » dans notre monde actuel pourtant au bord du cataclysme. Les morceaux sont comme des petites histoires, à la suite les unes des autres, très empruntes des souvenirs de jeunesse de Gruff, à l'époque où il ne pratiquait même pas l'anglais.
C'est donc comme dans une nouvelle que nous entrons, entrecoupée des commentaires et anecdotes toujours très drôles et caustiques de Gruff, qui se trouve être un conteur né. Le musicien tente d'expliquer le principe de ses courts morceaux, tout en s'essayant à une petite leçon de linguistique galloise, les « crrr », « frrr », « rrr » ou autres prononciations de sa langue étant uniques en leur genre. Une fois tout
Dim Probs interprété, c'est une autre exploration qui débute, celle de la discographie solo de Gruff dans son intégralité (moins
Yr Atal Ghenhedlaeth, le tout premier essai restant bien trop rare selon nous). Un petit medley de chacun des albums est proposé, de
Pang! à
Sadness Sets Me Free, en passant par
Bablesberg,
Candylion et le magnifique
Seeking New Gods jusqu'aux mythiques
American Interior et
Hotel Shampoo. C'est durant une heure et trente minutes que Gruff nous immerge dans son monde fait de pop qui a révélé une autre facette de l'icône Cool Cymru qu'est le leader de Super Furry Animals.

Et à ce propos, n'est-ce pas en cette belle année 2026 que le retour providentiel des Furries va enfin avoir lieu ? Malheureusement, c'est uniquement au Royaume-Uni que les festivités se dérouleront avec une série de concerts en salles dès le mois de mai, évidement déjà sold-out, puis au travers d'une poignée de festivals cet été, toujours de l'autre côté de la Manche. N'était-ce donc pas l'occasion de venir spoiler ce grand évènement avec, sans que quiconque ne s'y attende, l'interprétation de
Gathering Moss, titre issu du debut album
Fuzzy Logic, qui fête trente ans de bonheur à l'écoute de ce groupe iconique. De quoi se faire mettre en ébullition notre baluchon mais en attendant, c'est un Gruff Rhys toujours aussi modeste et sympathique que l'on retrouve au petit espace bar en fond de salle, prompt aux saluts et aux dédicaces de la poignée de vinyles de
Dim Probs que Monsieur vend lui-même, et avec le sourire.
C'est une nouvelle soirée dans le monde bucolique et facétieux de Gruff Rhys que nous avons vécue, un moment où tous nos soucis s'effacent pour laisser place à la joie simple provenant des notes d'une guitare acoustique et d'une langue aux consonances étranges mais tellement poétique. « Dim Probs » ce soir donc, et cela nous fait grand bien.