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Franz Ferdinand

Paris, Olympia - 25 mars 2026

Live-report par Jordan Meynard

Franz Ferdinand font partie de ces groupes que l'on continue de suivre presque par réflexe. Ceux dont les premiers disques tournent encore régulièrement chez soi, dont on connaît les chansons par cœur, et dont on ne rate jamais vraiment les passages en concert. Avec le temps, pourtant, un léger décalage s'installe. Pas une rupture, plutôt une impression diffuse : la musique est toujours là, mais quelque chose s'est déplacé. Les Écossais, eux, n'ont jamais vraiment déserté Paris. Bien au contraire : depuis 2022, ils s'y sont produits pas moins de neuf fois, avec seulement deux albums récents à défendre. Une présence quasi permanente qui doit sans doute beaucoup aux attaches françaises d'Alex Kapranos. La relation avec le public parisien reste d'ailleurs intacte. Pour cette tournée promotionnant The Human Fear, Franz Ferdinand investissent l'Olympia pour deux soirs. Le groupe semble désormais privilégier les salles de taille moyenne plutôt que les grands Zénith. On peut se demander si ce choix relève d'une stratégie liée au remplissage ou d'une volonté de renouer avec des lieux plus proches du public. Le fait que les deux dates affichent complet tend à montrer que le pari n'était pas si risqué.


Sur scène, la sobriété domine. Quelques pieds de micros, une batterie surélevée et une structure oblique qui traverse la scène - dont l'utilité restera finalement assez mystérieuse. Pas d'artifice, pas d'écran, pas d'amplis visibles. Le dispositif intrigue un instant, puis s'efface derrière l'essentiel : les chansons. Car Franz Ferdinand version 2.0 n'est plus tout à fait celui qui avait débarqué au milieu des années 2000 avec son élégance nerveuse et ce sens presque chirurgical du riff dansant. Depuis les départs de Nick McCarthy et Paul Thompson, le groupe s'est recomposé autour de Dino Bardot, Julian Corrie et Audrey Tait. Cela fait désormais près d'une décennie que cette formation existe. Pourtant, on a toujours le sentiment que cette incarnation du groupe cherche encore son identité - ou qu'elle l'a trouvée ailleurs, dans quelque chose de plus lisse, moins tranchant. Un phénomène que d'autres formations ont connu, à l'image de Kasabian après leurs propres bouleversements.

L'ouverture avec The Dark Of The Matinée rappelle immédiatement ce que Franz Ferdinand savent faire : des grooves tendus, des refrains qui claquent et un sens du rythme redoutable. L'Olympia répond sans attendre. Mais la dynamique retombe presque aussi vite. Les titres récents, comme Night Or Day, s'insèrent honnêtement dans le set mais déclenchent surtout une écoute attentive plutôt qu'un véritable élan. Le concert avance ainsi par à-coups. Quelques classiques - Do You Want To, No You Girls, plus tard Michael - rappellent l'efficacité implacable du catalogue. Entre ces moments, les morceaux plus récents - The Doctor, Build It Up - installent un tempo différent, plus posé. Musicalement, rien ne dépasse : les nouveaux musiciens sont impeccables, tout est en place, propre, maîtrisé. Peut-être trop.

Franz Ferdinand ont longtemps vécu d'un certain déséquilibre. Nick McCarthy apportait ce jeu de guitare sec et haché qui faisait claquer les morceaux. Paul Thompson, lui, amenait une forme d'imprévisibilité, presque de chaos. Leur absence ne se mesure pas en virtuosité mais en tempérament. Julian Corrie occupe désormais une place importante avec ses claviers, qui redessinent parfois la texture des morceaux. Walk Away, notamment, apparaît ralenti, presque suspendu, dans une version qui divise. Pendant longtemps, la salle reste donc dans un entre-deux curieux. La fosse danse, mais sur place, comme contenue. Les gradins observent davantage qu'ils ne participent. Rien à voir avec les explosions collectives que provoquaient autrefois les concerts du groupe. Alex Kapranos, lui, reste fidèle à lui-même : élégant, chaleureux, ponctuant le concert de quelques phrases en français. À cinquante-quatre ans, le chanteur n'a rien perdu de son énergie ni de sa générosité.


Et puis arrive Take Me Out. Quinze morceaux auront été nécessaires pour que la soirée bascule réellement. Le riff suffit : la réaction est immédiate. Les gradins se lèvent, la fosse se transforme enfin en véritable vague en mouvement. Certains morceaux possèdent ce pouvoir-là, simple et imparable. La fin du concert aligne ensuite les valeurs sûres : Outsiders, avec son final toujours partagé autour de la batterie, puis le rappel et ses classiques - Darts Of Pleasure, Ulysses et This Fire. La mécanique fonctionne toujours. Mais à force de revenir aussi régulièrement en France, on ne peut s'empêcher de penser que la formule gagnerait à se renouveler un peu.

C'est peut-être là que se situent aujourd'hui Franz Ferdinand : dans cet espace un peu étrange où les chansons continuent de prouver leur force, tandis que le groupe qui les joue semble avoir troqué une part de son tranchant contre une forme de maîtrise. Et qu'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas de regretter mécaniquement le passé ni de refuser l'évolution d'un groupe qui existe depuis plus de vingt ans. Les musiciens changent, les envies aussi, et il serait absurde d'attendre qu'un groupe reste figé dans l'état où on l'a découvert. La musique que propose aujourd'hui Franz Ferdinand reste solide, parfois même inspirée. Mais sur scène, quelque chose tient désormais à un fil. Les équilibres ont bougé : Bob Hardy demeure fidèle au poste mais est toujours aussi discret, les nouveaux venus assurent avec sérieux, et au centre de tout cela Alex Kapranos reste plus que jamais le véritable point d'ancrage. En y repensant, l'image de la scène n'était peut-être pas anodine. Cette arche minimaliste plantée au milieu du plateau, dont on cherchait presque l'utilité au début du concert, finit par ressembler à une métaphore involontaire du groupe aujourd'hui : une structure simple, tenue par peu d'éléments, mais suffisamment solide pour continuer à porter les chansons.

Franz Ferdinand reste un excellent groupe de scène. Les concerts sont solides, les tubes efficaces, le plaisir réel. Mais il fut un temps où leurs prestations ressemblaient moins à une démonstration qu'à une décharge électrique permanente. Cette tension-là s'est un peu dissipée. Reste un catalogue impressionnant, et un public toujours fidèle. Et dans une époque où tant de groupes disparaissent aussi vite qu'ils apparaissent, durer relève déjà d'une forme d'élégance.
setlist
    The Dark Of The Matinée
    Night Or Day
    Right Action
    Do You Want To
    The Doctor
    Walk Away
    No You Girls
    Audacious
    Stand On The Horizon
    Build It Up
    The Fallen
    Bar Lonely
    Michael
    Love Illumination
    Take Me Out
    Outsiders
    ---
    Darts Of Pleasure
    Ulysses
    Hooked
    This Fire
photos du concert
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