Comme énoncé lors de notre précédente
rencontre scénique à l'Adidas Arena en novembre dernier, alors en format visite de courtoisie car le groupe se produisait en première partie de Mumford & Sons, nous retrouvons The Vaccines cette fois-ci en tête d'affiche au Bataclan de Paris pour célébrer comme il se doit les quinze ans de
What Did You Expect From The Vaccines?. Un premier album qui a fait beaucoup de bruit, évidement dans le bon sens du terme, car la formation menée par Justin Young, ce dernier alors dans sa prime vingtaine et encore dans sa phase Kurt Cobain s'agissant du look, avait réussi à « secouer le cocotier » du rock indé britannique, proposant une pop rock très carrée, ultra efficace et parfaitement orchestrée.
En 2011, la
chronique de Sound Of Violence à propos du disque concluait sur cette question : « Groupe d'une mode ou groupe d'avenir ? ». Quinze années après, si la rédactrice derrière son écran passe son après-midi à rédiger ces quelques lignes plutôt qu'à se rendre en réunion avec tout un tas de gens barbants, c'est bien que la seconde hypothèse s'est révélée juste. Quinze ans à écouter fidèlement les albums studio de The Vaccines, à suivre les pérégrinations scéniques du quatuor et d'assister aux changements de line-up qui ont vu partir Pete Robertson et Freddie Cowan, ce dernier pourtant le guitariste à l'origine du « son Vaccines »
Ce qui n'a pas changé, c'est le leadership de Justin Young qui depuis a maîtrisé ses mèches blondes à grand renfort de gomina et a opté pour un look dandy italien circa 1977 du plus bel effet. Mais surtout, c'est toujours sa plume qui guide le style de The Vaccines, le groupe pratiquant depuis ses débuts l'art d'une pop indé ultra vitaminée, dont l'effet euphorisant ne s'est jamais estompé depuis tout ce temps.
Le premier album ayant eu un réel succès tant au Royaume-Uni qu'en Europe, l'occasion de célébrer cet anniversaire en fanfare était à ne pas manquer. Pour se faire, The Vaccines ont eu la très bonne idée de se produire dans des salles à taille humaine, permettant une certaine proximité avec leur public. Un public qui a réussi à se renouveler et le nombre important de fans à peine sortis des bancs du lycée fait plaisir à voir. Ils sont évidemment entourés de fidèles de la première heure, et comme le soulignera Justin lui-même, le nombre de tee-shirts d'époque ce soir rend compte de la loyauté des fans français.

Le Bataclan affiche presque complet, ce qui nous laisse un peu d'espace pour respirer et surtout danser au son de The Vaccines. Mais avant cela, nos amis ont eu l'idée plus qu'ingénieuse d'inviter en première partie un groupe dont on ne se serait jamais douté le croiser en leur compagnie, les foutraques brummies
GANS. Souvenez-vous fidèles lecteurs, ça n'est pas plus tard que vendredi dernier que nous avons épousé les murs ruisselants du POPUP! en leur compagnie, pour un premier
concert parisien en tête d'affiche qui a fait trembler les fondements du club. Nous appréhendions donc la réaction d'un public plus enclin à se dandiner et à frapper des mains plutôt qu'à pogoter au sein d'une fosse. Et pourtant... GANS, soit Euan et Thom, toujours accompagnés de leur ami saxophoniste et flûtiste Tommy, vont durant une courte demi-heure embraser le Bataclan. Pour ce faire, un florilège de morceaux issus de leur premier album
Good For The Soul, privilégiant les plus dansants, avec leur nouveau single à paraitre
Self-Psychosis et ses nappes synthétiques enivrantes.
GANS ont tout à gagner en se produisant dans des salles de tailles conséquentes, ainsi les deux garçons déboulent sur scène en conquérants, saluant les présents avec un très cordial « Motherfuckers » et les invitant immédiatement à bouger tout leur soûl. La musique de GANS, qui manie parfaitement les codes du noise rock, permet sans même connaitre une note de leur répertoire de se mettre à danser immédiatement, et avec Thom comme Euan se plantant devant cette masse qui leur fait face, les spectateurs se plient plus que volontiers aux demandes de chanter, lever les bras, les agiter de gauche à droite et surtout, de créer ce qui sera le seul et unique circle pit de la soirée. C'est un public littéralement conquis, voire déjà accro, qui applaudit à tout rompre GANS dont on est certains qu'ils sont sortis de ce set avec un nombre important de nouveaux fans.

Puis, la température redescend un peu dans la salle, le temps pour
The Vaccines de prendre place sur la scène. Ce soir, Justin se présente à nous toujours tiré à quatre épingles, chemise rouge vif, pantalon noir à pinces et bottines italiennes de rigueur, les effets de la gravité sur les sangles abdominales liés à l'entrée dans l'âge mûr ne le touchant absolument pas. Il est accompagné de Árni Árnason, dernier des membres fondateurs à la basse, Timothy Lanham à la guitare, Yoann Intont à la batterie et Matt Hitt aux claviers. Le set se divise en deux parties, tout
What Did You Expect From The Vaccines? suivi d'un florilège de hits avec en prime un inédit intitulé
Ten Year Too Far qui figurera sur le prochain album dont on nous annonce déjà la mise en boîte.
The Vaccines sont en concert comme les réunions entre anciens camarades de classe : malgré des chemins qui divergent, on se retrouve comme si on s'était quittés la veille. La pop rock rutilante des Anglais agit comme une cure de vitamine C en cela qu'elle distille une dose d'énergie immédiate, quel que soit notre état de fatigue. Justin continue d'attirer tous les regards, occupant tout l'espace avec une grâce très féline qui rend le personnage encore plus charismatique.

On perçoit un peu moins ses camarades mais ils sont pourtant bien là, et le plaisir que tous prennent à interpréter des singles devenus emblématiques comme
Handsome,
Teenage Icon,
Wreckin' Bar (Ra Ra Ra) ou
All My Friends Are Falling in Love est communicatif. Ce soir, Justin Young sera très généreux en remerciements adressés aux fans qui leur permettent de continuer à faire de la musique depuis tout ce temps. On se remémore tous ensemble à cette occasion la première scène des Vaccines à la Flèche d'Or en 2011, un concert qualifié d'irréel par ce groupe qui n'en menait pas large à l'époque. Un sacré chemin parcouru et malgré des disques ces dernières années qui ont tendance à se confiner dans une certaine zone de confort, on ne boude pas notre plaisir en live car c'est là que réside tout le sel de The Vaccines.
Cette soirée anniversaire fut à la hauteur de nos attentes, la célébration des quinze ans de vie en disque de The Vaccines ne pouvant mieux se concrétiser qu'entre amis, dans une salle de concert à danser aussi fougueusement que Justin Young à l'écoute de ces titres qui sont tous devenus des classiques de notre culture rock. Un groupe aussi fidèle envers ses fans que ces derniers envers lui, voilà l'exemple parfait de la relation longue et stable à laquelle on aspire tous dans nos vies.