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Super Furry Animals
Getdown Services

Manchester, O2 Apollo - 21 mai 2026

Live-report par Laetitia Mavrel

L'histoire débute au milieu des années 90. Entre deux numéros 1 signés des frères Gallaghers atterrit dans les charts une drôle de soucoupe volante provenant du Pays de Galles, petit état mal connu des Français si ce n'est pour son rugby et son chanteur de charme à torse très poilu, Tom Jones. Et pourtant, quelques compatriotes ont déjà commencé à se faire un nom, comme les Manics Street Preachers époque marxiste et Feeder époque look de chanteur à minettes. Nos prétendants ne rentrent dans aucune de ces catégories et pour cause : doté d'un nom improbable et de références musicales ultra éclectiques, ils vont pourtant entériner la merveilleuse ère du « Cool Cymru », soit la domination éphémère mais iconique de la scène indé galloise durant l'ère Britpop.

Les Super Furry Animals, appelés Furries par leurs fans dévoués, ont entre 1996 et 2003 et leurs six premiers disques (Fuzzy Logic, Radiator, Guerilla, Mwng, Rings Around The World et Phantom Power) apporté de la fraîcheur, de la folie et une touche encore jamais entendue précédemment dans le rock britannique. Avec leur imaginaire cartoonesque et leurs prestations live surréalistes, les Furries ont marqué les esprits de toute une génération qui a grandi avec eux. S'en suivirent trois autres disques (Love Kraft, Hey Venus! et Dark Days/Light Years) où déjà on pouvait ressentir les affinités divergentes des uns et des autres. C'est en 2009 que SFA (autre surnom entré dans les mémoires) ont ouvert une parenthèse pour se laisser le temps d'aller explorer d'autres horizons. C'est ainsi que Gruff Rhys a poursuivi sa carrière solo entamée quelques années auparavant en nous proposant une pop poétique et romanesque, imprégnée de culture galloise. N'ayant jamais officiellement annoncé leur séparation, les Furries refirent parler d'eux dès 2015 en repartant furtivement en tournée tout en sortant une compilation retraçant leur carrière.

Après cela, plus rien. Les membres ont continué leurs pérégrinations en solo ou dans des side-project comme Das Koolies qui réunit tous les membres de Super Furry Animals à l'exception de Gruff Rhys. Et malgré les appels désespérés des fans, ça n'est qu'avec des rééditions enrichies de leurs albums que Super Furry Animals ont entretenu la flamme. Jusqu'à un jour de septembre 2025 où un étrange teasing montrant les musiciens ensemble apparaissait sur les réseaux sociaux, accompagné d'affiches mystérieuses collées dans les rues de Cardiff. Le résultat fut l'annonce d'une tournée britannique en mai 2026 avec neuf dates entre Dublin, Pays de Galles, Glasgow, Manchester et Londres. La communauté des fans se retrouva alors en état de choc et la mise en vente vit les billetteries littéralement exploser sous la pression. Malheureusement, rien de prévu sur le continent, voilà pourquoi votre chroniqueuse s'est mise dans les starting blocks pour ne rien rater de ce retour providentiel. Notre périple nous mènera de Manchester à Londres pour trois concerts. Notre baluchon magique et son matériel de reporter a quant à lui œuvré dans la cité mancunienne, à l'O2 Apollo.


C'est alors l'occasion de retrouver deux hurluberlus croisés en fin d'année dernière sur la scène du Trabendo : Getdown Services. Josh Law et Ben Sadler, les Luigi et Mario du rock, ont l'honneur d'ouvrir pour les Gallois sur quelques dates, dont la dernière ce soir. Nous appréhendions un peu l'accueil réservé à ces deux larrons et leur musique bidouillée, c'était sans compter sur leur incroyable bagou, pour ne pas dire grande gueule, que les deux anglais arrivent sur scène en arrosant copieusement le public de petits noms pour l'inciter à commencer à mettre le souk avant l'arrivée des gallois.
Forts de leurs commentaires loufoques, Getdown Services remportent haut la main le défi de faire danser et sauter la foule, leur musique entre guitare lourde et boucles dance alternative rappelant tout de même de bons souvenirs à la ville qui a vu naître l'acid rock. Le groupe titille le public, ce dernier le lui rend bien, les garçons finissent torse nus et leurs danses très approximatives font le bonheur des spectateurs dans une fosse dont le sol baigne déjà dans des marres de bière et de gobelets vides. Malgré un répertoire limité, Getdown Services réussissent à étirer en longueur leurs titres et sous un éclairage très criard, lancent sérieusement les hostilités. Pour les retardataires, ils seront de retour à Paris le 27 juin en première partie des Babyshambles au festival Days Off.


Avec un entre-deux diffusant une vidéo des platines des Super Furry Animals en train de jouer les DJs avec des petits mots personnalisés pour chacune des soirées, c'est donc dans une ambiance de club à 2h du matin que le concert commence mais de façon assez étonnante. C'est en effet dans la pénombre, vêtus de noirs, sous des rayons blancs aveuglants rendant la scène peu visible que Gruff Rhys, Huw Bunford, Guto Pryce, Cian Ciaran et Dafydd Ieuan débarquent sur scène. C'est un groupe bizarrement réservé que nous retrouvons sur la première partie du set qui déballe pourtant dès le premier titre la marchandise. L'entrée se fait sur les échos de sirènes de Wherever I Lay My Phone (That's My Home) , hymne prémonitoire de la servitude des hommes à leurs portables. Muni d'un téléphone gonflable en forme de brique tel celui que manipulaient Mulder et Scully au début de X-Files, Gruff entame le concert sur une note sarcastique. C'est à partir de là que la série tant attendue de tubes défile, les six premiers albums du groupe étant mis en avant, éludant leur fin de discographie pourtant dotée de sacrées perles.

On aperçoit les premiers sauts et pogos dans la fosse, l'ébriété chère aux salles de concert anglaises aidant, mais il faudra attendre une dizaine de titres et l'arrivée de la couleur dans le light show dès Hello Sunshine pour que le public se réveille vraiment. Gruff Rhys sort alors de son immobilisme en se rapprochant du bord de scène, les visuels deviennent psychédéliques, les lumières stroboscopiques à faire tomber les épileptiques comme des mouches et nous entrons dans la seconde phase avec l'artillerie lourde Fuzzy Logic, Radiator et Guerilla, entre Play It Cool,God ! Show Me The Magic, Receptacle For The Respectable qui voit Gruff assurer le bruitage en croquant des carottes ou des céleris et qui s'amuse à frotter sa guitare contre celles de Bunf et Guto tels des mousquetaires qui croisent les épées, le psychédélique Night Vision, le rebotique Slow Life et l'envoûtant Demons, point culminant du set où le public en reprend intégralement les paroles.


C'est évidement le moment où les accessoires apparaissent, avec les traditionnelles pancartes upgradées en néons électriques où les « LOUDER », « APE SHIT » et autres « SFA OK! » enflamment la salle. Les costumes sont attendus de pied ferme, ainsi c'est Gruff le premier qui se déguise en ouvrier de chantier à la veste orange fluo, s'arme d'un casque intégral entre Bioman et homme requin pour laisser la salle quelques instants quand ses collègues le rejoignent en coulisse pour tous revenir sur l'hymne de SFA The Man Don't Give A Fuck habillés en yétis. C'est alors l'apothéose du concert et finalement ce sont deux heures montre en main qui se sont écoulées durant lesquelles les gallois nous ont rappelé pourquoi ils demeurent des maîtres en la matière malgré plus de quinze ans sans nouveau disque.

C'est sur le message « THE END / Y DIWEDD » que le concert se termine, pataugeant dans ce qui est devenu un océan de bière, entourés de fans qui se prennent dans les bras les uns des autres tant les retrouvailles ont été émouvantes. On se mêlera les deux soirs suivants à Londres aux mêmes fans dévoués mais dans une fosse transformée en mosh pit déchaîné, ces derniers renouant probablement avec leur fougue juvénile pour cette fin de tournée. Repartons-nous alors pour de nouvelles aventures ou cette tournée miraculeuse est-elle le chant du cygne ? Connaissant les Super Furry Animals, on ne peut décemment rien prévoir. Tout ce que l'on sait, c'est que malgré le temps qui a passé, l'expérience Super Furry Animals demeure incomparable et l'on espère un passage en Europe afin d'en faire profiter aussi les fans français car, même dix ans après, SFA OK !
setlist
    Getdown Services
    Head Down for the Conversation
    Evil On Tap
    Get Back Jamie
    Don’t Cheese Me Off Lentils
    I Can't Die Like That
    Eat Quiche, Sleep, Repeat
    The Radiator
    Caesar
    Dog Dribble

    Super Furry Animals
    Wherever I Lay My Phone (That's My Home)
    (Drawing) Rings Around The World
    Do Or Die
    Golden Retriever
    Something 4 The Weekend
    Focus Pocus / Debiel
    If You Don't Want Me to Destroy You
    Ice Hockey Hair
    Hello Sunshine
    Northern Lites
    Ymaelodi â'r Ymylon
    Run! Christian, Run!
    Juxtapozed With U
    The Piccolo Snare
    Let The Wolves Howl At The Moon
    Demons
    Play It Cool
    Receptacle For The Respectable
    God! Show Me Magic
    Mountain People
    Slow Life
    Night Vision
    The Man Don't Give A Fuck
photos du concert
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