Vendredi soir, 20h, alignés sur le trottoir contre un mur de briques encore brûlant des rayons de soleils absorbés tout au long de cette nouvelle journée de canicule, une poignée d'irréductibles rockeurs patientent avant de pénétrer dans le Supersonic Records, fort heureusement climatisé (désolé pour notre empreinte carbone). La raison de notre présence est le retour attendu dans la capitale de l'un des groupes les plus cool et brillants que l'Angleterre nous ait donné ces vingt dernières années : The Wave Pictures.
Pour les trois quarts d'entre tous (le quart restant se partageant entre fidèles lecteurs pointus et journalistes aux goûts plus que raffinés), ce nom n'évoque rien. Et pourtant, après vingt albums de pop folk lumineuse, The Wave Pictures continuent malgré ce non-succès commercial à nous régaler de leur musique au frontière du lo-fi, de l'americana et de la pop ensoleillée et fleurie des années 60. Un patchwork qui continue de faire des miracles, preuve en est
Gained/Lost, dernier opus paru il y a quelques semaines qui nous a de nouveau totalement enchantés.

Notre dernière
rencontre avec David Tattersall, Franic Rozycki et Jonny Helm remonte à juin 2022. Ce soir-là, c'est sous des averses aux allures de fin du monde que nous nous rendions au Point Éphémère, qui plus est soir de finale à Roland Garros et durant le festival préféré des buveurs de kombucha, We Love Green. Résultat des courses : le match et le festival furent annulés en raison des intempéries alors que le concert de nos amis, alors en présence d'un petit comité d'une cinquantaine de spectateurs, battit son plein en réchauffant les cœurs et les chaussures détrempées.
The Wave Pictures connaissent un énorme succès de mérite et s'amusent encore de leur semi anonymat sur la scène internationale malgré ces longues années au service de la musique. Cela rend alors leurs venues encore plus précieuses car l'on sait que leur présence dans la capitale est principalement motivée par le seul plaisir de retrouver ce noyau de fans fidèles. Ce soir, l'ambiance est décontractée. Très décontractée même, les spectateurs les plus attentifs décelant chez nous trois amis une certaine euphorie en montant sur scène. Les musiciens semblent avoir bien débuté les festivités entre eux, probablement en terrasse, rendant les mines plus que réjouies.
Le set est comme très souvent avec le groupe improvisé, l'absence régulière de setlist sur scène nous faisant penser cela. De plus, le plaisir qu'ils prennent à étirer sur une dizaine de minutes leurs titres donne au concert des airs de session de jam entre amis, réunis ici autour de pintes de bière et de shots d'alcool non identifié mais qui semble extrêmement fort, à la vue de la grimace de Franic en l'avalant cul sec.
On reconnait cependant des morceaux qui sont devenus leurs « singles » les plus connus, tels
I Love You Like A Madman,
Pea Green Coat, le génial
Spaghetti et l'un des plus anciens morceaux du groupe écrit il y a trente ans maintenant et chanté par Jonny,
Sleepy Eye, qui voit ce dernier quitter sa batterie pour se planter devant les spectateurs, en alternant chant au micro et a capella. On retrouve également quelques morceaux de
Gained/Lost comme
Faded Wave Pictures T-Shirt, titre très drôle qui permet de préciser que ces mêmes t-shirts seront disponibles au stand de merchandising à la fin du concert.

Une majorité de lecteurs découvriront probablement The Wave Pictures à la lecture des ces quelques lignes, nous en profitons donc pour planter le décor : trois musiciens hors pair dont un guitariste (David) et un bassiste (Franic) à la dextérité qui n'a rien à envier aux musiciens les plus doués de la scène américaine des années 60 et 70. Les longs riffs plus ou moins improvisés sont joués de façon modeste, sans disto ni pédalier gargantuesque, d'où cette authenticité qui décrit parfaitement leur style. Une reprise nous est offerte dès le début de set, le magnifique
Green River de Creedance Clearwater Revival qui, interprété par la voix douce de David, prend des allures plus dépouillées mais sonne tout aussi intense.
Seul petit couac à cette soirée à la cool : un set très court d'à peine une heure. Ça n'est pourtant pas le manque de matériel qui peut expliquer cette brièveté. Non plus le manque d'enthousiasme des spectateurs présents qui à la fin du concert vont rester de longues minutes en hurlant et en tapant des mains pour inciter le groupe à revenir. Peine perdue mais nous ne leur en tiendrons absolument pas rigueur car le set s'est déroulé dans une ambiance extrêmement bienveillante et amicale, avec ce petit soupçon d'ébriété légère qui a apporté beaucoup d'allégresse au tout, et la très bonne humeur du groupe a été plus que communicative.
On quitte donc la salle ravis de cette nouvelle rencontre qui nous a fait débuter le week-end sur une touche ensoleillée (en plus de celui qui tape encore un peu trop fort sur nos têtes), et on remercie The Wave Pictures de continuer à venir à la rencontre de leurs admirateurs français toujours très fidèles. Ces anglais demeurent encore et toujours des ovnis dans le paysage rock britannique malgré l'excellence de leur musique, et cela les rend uniques.