Asha Lorenz et Louis O'Bryen se connaissent depuis leur tendre enfance. A l'adolescence, ils bricolent quelques morceaux dont le tonitruant
Starstruck qui attire sur eux tous les regards de la scène indé londonienne. Domino Records les signe sur la foi de ce seul single et leur ouvre l'autoroute du succès indé.
Pourtant Sorry vont préférer faire l'école buissonnière plutôt que de confirmer leur statut d'élèves surdoués. Ils vont sortir deux albums formidables mais volontairement tordus, refusant les hits évidents. A deux doigts du split, ils reprennent des forces et sortent avec
COSPLAY un des meilleurs albums de 2025, gorgé de morceaux imparables mais jamais putassiers ou attendus. Le grand groupe qui sommeillait en eux venait enfin d'éclore en pleine lumière. Pas le genre de grand groupe à emporter des stades, mais plutôt du genre à enflammer nos cœurs. Il ne leur restait plus qu'à devenir un grand groupe de scène et nous le prouver ce soir au Trabendo à Paris dans une chaleur éreintante qui nous contraindra à de fréquentes pauses fraîcheur.

Seule sur scène avec sa guitare, un séquenceur et un ventilateur, la londonienne
Sarah Meth nous dévoile en première partie ses chansons rêveuses et atmosphériques, entre dream pop, folk lo-fi et indie rock brumeux. Un peu hagards à cause de la chaleur, on se laisse porter par sa musique qui se propage telle une brume rafraîchissante. Comment ne pas craquer devant la délicatesse de
Computer Love ou
Bromance Is Dead ? Sans forcer, il n'aura fallu qu'une petite demi-heure à Sarah Meth et sa voix cristalline pour nous conquérir. Une très belle découverte.

Lorsque
Sorry entrent en scène, la réponse à notre question ne tarde pas à tomber. Oui, les Londoniens sont devenus un grand groupe de scène. Pas en transformant leurs chansons en hymnes calibrés pour les festivals ni en sacrifiant leur singularité sur l'autel de l'efficacité. Simplement en accumulant suffisamment de grands morceaux pour tenir une salle entière dans le creux de leur main. Dès
Right Round The Clock et le formidable
Jetplane, le groupe impose son rythme et ne le lâchera plus. Les années ont enrichi le répertoire de Sorry, qui peuvent désormais enchaîner les titres de haute volée tout en variant constamment les ambiances. Les moments d'euphorie succèdent aux passages plus contemplatifs avec une fluidité remarquable. Là où certains de leurs anciens concerts pouvaient parfois connaître quelques flottements, celui-ci avance avec l'évidence tranquille des groupes qui savent exactement où ils vont.

Louis O'Bryen demeure fidèle à lui-même, cool et impassible comme s'il attendait son bus un dimanche matin dans le nord de Londres. À l'inverse, Asha Lorenz occupe désormais l'espace avec une assurance réjouissante. Haute comme trois pommes, cachée derrière d'immenses lunettes mouche qui lui mangent la moitié du visage et qu'on jurerait empruntées à Bono, elle harangue la foule sans jamais perdre son charme étrange. Le public lui rend bien. Malgré une chaleur accablante qui transforme progressivement le Trabendo en serre tropicale, les premiers rangs chantent, dansent et finissent même par pogoter sur les irrésistibles
Starstruck,
Echoes,
Jive ou
Waxwing. À l'autre extrémité du spectre émotionnel,
Life In This Body et
Antelope rappellent toute la sensibilité du groupe.
Intense, puissant, touchant et remarquablement maîtrisé, ce concert confirme ce que l'on pressentait depuis longtemps. Sorry ont grandi sans rien perdre de leur âme.