Bien en vue à l'entrée de La Maroquinerie, l'affiche jaune pétant annonçant le concert déclare tout de go que « The Summer Starts Here ! » (une référence semble-t-il, à la mythique émission de TV anglaise « Ready Steady Go ! », l'une des premières consacrées au rock et à la pop). Le thermomètre a déjà commencé à sérieusement s'emballer quelques jours auparavant, mais il fait plutôt bon dans la salle en sous-sol. Et, comme me le fait fort judicieusement remarquer Mister Robert Gil, au vu de la couleur musicale de la soirée, il y avait peu de risques de surchauffe liée à d'intempestifs pogos... Quoique, le meneur de The Spitfires, Billy Sullivan, n'étant pas manchot sur scène, il peut sans doute susciter quelques émules dans la salle.

Si la température monte de quelques degrés, c'est grâce à l'accoustic soul de
Lucca Mae. En novembre 2024, la jeune Londonienne avait déjà ouvert un set lillois de Laurie Wright, une autre figure de la scène rock vintage Outre-manche. La silhouette gracile et le sourire facile, le talon aiguille marquant le tempo sans faillir, elle a vite fait de conquérir la salle, qui n'est encore qu'à demie remplie. Avec pour seule compagnie sa Squier, elle distille des airs teintés de blues, voire même de country. Sa voix subtilement éraillée par moment, forte et fragile à la fois, n'a pas à rougir vis à vis de celle dont elle se veut l'héritière. Les textes de son premier album
The Truth Is parlent eux aussi d'amour déçu et de rupture, mais ils sont néanmoins moins sombres que ceux de son modèle Amy Winehouse. Elle sifflera même de manière guillerette sur
Wasted qui clôt son set.

Chemisettes Fred P, tee-shirt au logo Two Tones, les symboles de la culture « Mod » abondent parmi la foule. Peu de jeunes, hormis un trio d'enthousiastes blondinettes accompagnées d'un daron, toutes heureuses de truster le premier rang de la fosse. Un air rappelant vaguement une BO de western retentit, et Billy Sullivan déboule sur scène sans crier gare. Depuis la reformation de The Spitfires, le line-up sur scène bouge quelque peu autour de notre auteur-compositeur originaire de Wattford. Ce soir, c'est le jeune et brillant Jacques qui squatte derrière la batterie, et la basse est tenue de main de maître par le vétéran Fred Jimenez (compagnon de route de Jean-Louis Murat, Bertrand Burgalat et Johnny Hallyday). Ce dernier a remplacé Sam Dimond depuis quelque temps déjà. Comme lors de leur set au Point Ephémère en décembre dernier, c'est
The Great Divide qui ouvre le feu. Sullivan nous sert une version bien plus rentre-dedans que sur
MKII, son dernier album en date. Il donne ainsi la tonalité de l'ensemble du set, hargneux à souhait autant que mélodique.
Un plaisantin hurle « More guitars ! », ce qui fait rigoler Sullivan. De temps en autres, sur la bande qui les accompagne, on capte bien quelques vagues sons de trompette (
Life Worth Living) ou de claviers (
Over And Over Again). Mais ils sont vite couverts par la guitare rugissante du chef de gang et la basse tout-terrain de Jimenez. Ce dernier est aussi à l'aise sur les rythmiques ska énervées (
Something Worth Living) que sur la décharge de plomb façon Clash. Jacques n'est pas en reste, se surpassant même lors du rappel sur
The New Age. Pour le plus grand plaisir des rude girls et boys présents, le Sullivan's Show en mode power trio nous gratifiera à la fin d'une cover des Specials.
Seul petit bémol, même si le leader de The Spitfires et le bassiste helvète étaient totalement raccords musicalement, il manquait un peu de complicité physique entre eux deux. Installés chacun à un bout de la scène, on aurait apprécié les voir croiser un peu plus le manche devant la batterie de Jacques.