Ce soir, ce ne sera pas une séance popcorn et film d'auteur au cinéma l'Archipel à Paris mais bien un de leurs fameux concerts en catimini, dans une ambiance très intimiste et confortablement assis dans la salle de projection transformée pour l'occasion. Les ambiances alors obtenues sont uniques, c'est donc l'écrin parfait pour y accueillir James Leesley, auteur compositeur se cachant derrière le pseudonyme de Studio Electrophonique.
Souvenez-vous, il y a tout juste un an, nous découvrions l'univers poétique et calfeutré de
Studio Electrophonique lors de la parution de son debut album éponyme. Un de ces choix rédactionnels fait de façon aventureuse, alors à la recherche de la nouveauté qui nous fera vibrer, notre volonté étant de mettre en avant un maximum de talents émergents plutôt que d'attendre que U2 proposent à nouveau de la musique de qualité. Ici, nos attentes ont été comblés car James Leesley et sa pop très minimaliste d'une grande subtilité a de quoi apaiser tous les esprits tourmentés.

Direction le boulevard de Strasbourg entre Gare de l'Est et Gare du Nord pour pénétrer dans le cinéma et nous installer dans ses sièges bleus. Ce soir, James Leesley ne se présente pas en solo mais accompagné d'un autre guitariste et d'une claviériste en les personnes de Simon Tong (ex-The Verve) et Elizabeth Alker. Un trio qui donne du relief aux chansons volontairement dépouillées de
Studio Electrophonique, les deux guitares au piqué doux et vibrant et les notes de l'orgue dont on nous explique qu'il est une véritable petite antiquité, transporté non sans peine depuis Sheffield et avec lequel nos amis jouent en live pour la première fois.
Une tonalité très sepia qui donne encore plus d'authenticité aux morceaux simples et poignants de James. La setlist pioche dans les deux EPs
Buxton Palace Hotel et
Happier Things, ainsi que l'album
Studio Electrophonique, celui-là même qui nous a fait tomber sous le charme de l'anglais. On retrouve avec délice
Taxi Ride,
How Can I Love Anyone Else ou
Too Many Lonely Nights, des titres mélancoliques et pourtant interprétés sans trémolos, le chant de James étant au contraire très lumineux. Nous découvrons pour la première fois les plus anciens morceaux comme
I Don't Think I Love You Anymore ou
Buxton Palace Hotel et nous nous félicitons d'avoir rattrapé le train en marche, les émotions que distille James Lessley dans ses compositions, bien que souvent de nature triste, réussissant à nous enchanter par leur simplicité.

Quelques échanges cocasses interviennent durant le petit set de quarante cinq minutes, comme cette introduction par James de la cassette qu'il tente d'illustrer à l'image de chaque ville où il se rend avec un joueur de football. En France, c'est Eric Cantona qui se retrouve donc en illustration et à propos duquel il nous explique qu'il a failli jouer pour Sheffield mais s'est outré de devoir faire ses essais sur une pelouse artificielle, le temps dehors ne lui permettant pas de fouler le gazon naturel du stade. Une occasion manquée pour Sheffield et une anecdote très rigolote, connaissant l'amour de James pour le football.
Sheffield n'a pas eu Eric mais regorge néanmoins de fabuleux talents musicaux. Des plus populaires (Pulp, Richard Hawley, Arctic Monkeys …) aux plus discrets mais tout aussi talentueux comme Studio Electrophonique qui nous a ce soir emmenés en balade dans son petit monde baigné d'une douce mélancolie où la sincérité prime. Une très jolie parenthèse dans le tumulte actuel et un artiste que nous espérons retrouver en disque et en live rapidement.