Un an après son album Dreamstate, Kelly Lee Owens s'offre une récréation avec KELLY, EP de quatre titres paru chez dh2, le label dance de George Daniel (The 1975, Monsieur Charli XCX au civil). Quinze minutes de techno euphorique et résolument club, où la galloise lâche prise, s'amuse comme une folle et nous invite à la rejoindre dans la nuit. Pas de physio effrayant, pas de liste d'attente, ce soir c'est ouvert à tous. Un club démocratique où même le videur sourirait si Kelly le lui demandait.
1h00 : ASCEND
L'entrée du club ne se fait pas par les portes mais par une phrase : « It's all outside your mind ». Kelly la scande jusqu'à dissoudre toute pensée parasite. On sent les premières gouttes de sueur glisser dans le dos, signe que le corps commence à reprendre ses droits. Les BPM grimpent sur une production organique signée Ghost Culture et un mix chirurgical de David Wrench. Tout est calé, tout respire et tout s'imbrique à la perfection. On franchit le seuil, on s'arrime à la pulsation et on monte d'un étage. La nuit s'ouvre comme un rideau de fumée qu'on traverse sans réfléchir. Plus de narration, seulement une direction, ailleurs ou higher. On ne choisit pas, on suit.
2h00 : 132 TECHNO
La salle s'est remplie et la transe commence à coller à la peau. Le titre joue franc jeu, son nom dit tout. Techno à 132 BPM, George Daniel pour l'architecture et Kelly pour la trajectoire. Le beat avance droit comme un rail et froid comme une dalle. Ça frappe sans violence. Rien n'explose, au contraire, ça monte encore et encore, sans point culminant. L'énergie s'étire, se retient et se densifie. Le corps se synchronise, l'esprit abdique, la nuit avance et nous avec.
3h00 : DESCEND
Le plancher semble glisser d'un centimètre, puis de deux, juste assez pour faire vaciller la réalité. Soudain, tout bascule, non pas vers le calme, mais vers un espace instable et presque liquide. Les basses vibrent comme des piliers souterrains, la mélodie chancelle et la voix se reflète en écho dans toutes les directions comme dans une salle aux miroirs brisés. On titube, les repères se dérobent, on n'est plus au club mais sous le club, dans une salle parallèle où les règles ne tiennent plus. On perd le fil et c'est exactement ce qu'il fallait. De toute façon, la lucidité à 3h du matin, c'est comme le dernier métro, tout le monde prétend qu'elle existe, mais personne ne la voit jamais.
4h00 : LOSE YOUR HEAD
Deuxième souffle ou Second Life. À ce stade, la fatigue se dissout dans l'adrénaline. L'extase se cale à 136 BPM sur des beats martiaux et un mantra hypnotique, « Lose your head, let's go, lose your head, let's go ». On comprend soudain que l'ordre n'est pas métaphorique. Le corps prend le relais, sans négociation. Le dancefloor bascule en communion physique. Plus personne n'a de prénom, juste une pulsation commune. La rave atteint son point d'incandescence. On obéit parce qu'il n'y a plus rien à quoi résister. On devient la foule et la foule devient la musique.
Quand les lumières se rallument, il reste une certitude. Si KELLY était censé être une simple récréation, Kelly Lee Owens vient de prouver qu'elle a le talent rare de transformer un simple détour en expérience totale. C'est court, libre, fiévreux et largement suffisant pour donner envie d'y retourner dès demain soir. Comme toutes les meilleures nuits, on vient pour un verre ou pour quelques tracks et on repart au petit matin avec des souvenirs. Parfois même des bons.