Londres a toujours eu le chic pour enfanter des figures à la croisée des scènes, mais rares sont celles qui font tomber les frontières entre les genres avec une telle aisance. Derrière le pseudonyme Master Peace se cache Peace Okesie, silhouette longiligne, énergie féline et verbe tranchant, héritier autant de l'indie rock britannique que des cadences hip-hop de son adolescence. Une hybridation qui n'a rien du collage opportuniste : chez lui, tout a l'air de sortir de son histoire et de ses titres. En témoigne How To Make A Master Peace, premier véritable album à la fois manifeste et journal de bord, qui injectait dans des formats courts une fraîcheur juvénile devenue rare à l'heure des productions trop lisses.
Un an jour pour jour après une première partie remarquée au concert de Franz Ferdinand à la Cigale de Paris, l'agitateur indie revient avec Stupid Kids, un EP de six titres qui confirme qu'il ne s'agissait pas d'un feu de paille. Produit par Dan Carey (Wet Leg, Kae Tampest, Fontaines D.C.) et Julian Bunetta (One Direction, Sabrina Carpenter), le disque pousse plus loin cette esthétique hybride : guitares brûlantes, beats tranchants, écriture plus introspective. There's No More Underground déboule sans fioritures, porté par un riff sec, une basse droit au but et une urgence punk dans la vitesse comme dans l'économie des arrangements. Okesie n'interprète pas ses chansons, il les incarne - cela s'entend dans les gémissements, les éclats, la tension permanente. My Guitar prend la suite avec la même énergie mais bascule vers le club, quelque part entre rock dansant et conscience hip-hop, avec en filigrane l'efficacité rythmique de Franz Ferdinand.
Spin The Block évoque un croisement entre un hymne de Bloc Party où le bassiste de The Wombats serait venu renforcer les rangs, et qui aurait tout à fait sa place dans une pub iPod Nano des années 2000. Good Times agit comme un shoot d'optimisme simple et contagieux. À l'inverse, Fuck It Up, en duo avec Declan McKenna, transforme l'échec en moteur collectif : guitare lumineuse, refrain fédérateur, message limpide - avancer, même de travers, mais ensemble.
Au fond, Stupid Kids parle de grandir en se sentant incompris, de neurodiversité, d'image de soi et de pression sociale. Moins fougueux et festif que ses premiers brûlots mais plus affirmé dans le propos, l'EP s'impose comme une déclaration générationnelle lucide. Plus qu'une promesse, Master Peace apparaît désormais comme une anomalie nécessaire dans le paysage indie britannique : un artiste capable de réconcilier guitare et club, introspection et exubérance, héritage rock et pulsation hip-hop.
tracklisting
1. There's No More Underground
2. My Guitar
3. Spin The Block
4. Good Times
5. Stupid Kids
6. Fuck It Up (feat. Declan McKenna)
titres conseillés
There's No More Underground, Spin The Block, Good Times