En cette période où le soleil et son dôme de chaleur nous dessèchent jusqu'à la moelle, une catégorie de la population est particulièrement en danger. Encore plus fragiles que nos ainés ou nos jeunes enfants, les goths, ces étranges personnages aux longs manteaux noirs, plateform shoes à chaines et yeux fardés de khôl risquent l'extinction. A défaut de pouvoir se réfugier dans la fraicheur d'une grotte (nous déconseillons tout de même les caves d'HLM, certaines rencontres peuvent y être désagréables), c'est via leurs écouteurs qu'ils trouveront le salut à l'écoute de Mouth Ulcers et leur EP Silent Pictures.
Mouth Ulcers sont Zak Watson et Josephine Rose au chant et à la guitare, Jamie-Lee Culver à la basse et David Zbirka à la batterie et nous viennent de Londres. Leur cold wave gothique très marquée par le tout début des années 80 est un choix affirmé, voire osé en cette époque où les guitares se veulent plus tranchées et expressives et où l'on cherche plutôt à attirer la lumière plutôt qu'à la confiner. Tous les ingrédients sont réunis : riffs primaires de guitare atmosphériques et lancinants, qui se répètent inlassablement tout au long du morceau, ligne de basse lourde qui gronde en arrière-plan comme le ferait le tonnerre, une batterie presque pulsatile, tout cela porté par le chant d'outre-tombe de Zak.
L'EP se constitue de sept plages et cette recette se répète ainsi fidèlement sur chacun des morceaux, rendant l'exercice de distinguer un titre par rapport à un autre quasi impossible. La lecture du disque est à faire d'un trait et pris dans la torpeur de la chaleur écrasante, il est alors aisé de sombrer dans cette chape brumeuse où les sons résonnent comme des échos lointains. Sortis de cette opacité, et si l'on prend un peu de hauteur, on constate que malgré un jeu très honnête de la part de ces quatre jeunes musiciens, il n'y a aucune étincelle et des morceaux tels Western Horror Story ou Closer To You se bornent à la linéarité. Malgré des looks et une attitude très marqués de la part des membres du groupes, les morceaux se suivent et se ressemblent tous, ils ne font que glisser placidement à nos oreilles, là où le style de Mouth Ulcers mériterait de sortir son épingle du jeu plutôt que de demeurer dans la longue catégorie des avatars de leurs vénérables aïeux.
Silent Pictures de Mouth Ulcers, avec sa volonté de coller aux codes glacés et crépusculaires de la dark wave, se contente de pratiquer le mimétisme, ne réussissant pas à marquer son identité propre. Espérons que leur prochain essai leur permettra de trouver le petit plus pour se détacher du lot.